Roberto de Mattei parle de Fatima : l’Eglise a besoin de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie

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A l’heure où la Russie se pose volontiers en recours de la chrétienté, enregistrant un évident succès auprès des mouvements de droite et pro-famille en France notamment, le Pr Roberto de Mattei analyse la situation d’une manière fort différente. Il est urgent, a-t-il déclaré lors d’une conférence au Cosmos Club à Washington DC le 27 mars, de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie, selon la demande de Notre-Dame de Fatima il y a 100 ans exactement, pour qu’elle cesse de « répandre ses erreurs dans le monde » mais aussi pour sauver l’Eglise catholique du relativisme qui la ronge de l’intérieur.
 
« Les erreurs du communisme n’ont pas seulement été répandues à travers le monde mais ont pénétré dans le temple de Dieu, comme la fumée de Satan enveloppant et asphyxiant le Corps mystique du Christ », a-t-il déclaré.
 

Le Cœur Immaculé de Marie, recours d’une Eglise en crise

 
La consécration demandée par la Vierge de Fatima est celle de la Russie, explicitement, en union avec tous les évêques du monde. Des consécrations ont certes eu lieu mais jamais dans l’entier respect de ces conditions : Roberto de Mattéi, rejoignant en cela de nombreux analystes parmi lesquels l’exorciste Gabriele Amorth et Mgr Athanasius Schneider, a expliqué qu’à son avis la démarche entreprise en 1984 par le pape Jean-Paul II était incomplète, son entourage ne voulant pas prendre le risque de fâcher l’Eglise orthodoxe en visant nommément la Russie. A l’époque Jean-Paul II avait ajouté dans l’acte de consécration une phrase ne figurant pas dans le texte écrit de sa prière à la Vierge : « Spécialement les nations dont vous avez vous-même demandé la consécration. » Sans doute la consécration a-t-elle été « acceptée » par la Vierge, comme l’a affirmé alors Sœur Lucie de Fatima, mais on ne peut dire que l’ordre soit revenu dans le monde, bien au contraire.
 
« Nous faisons face désormais à ce dont Notre Dame de Fatima nous avertissait si nous ne faisions pas ce qu’elle demandait : la souffrance de l’Eglise et l’annihilation de plusieurs nations », selon le Pr de Mattei.
 
Celui-ci a poursuivi en définissant les « erreurs de la Russie » dont la Mère de Dieu annoncé qu’elles allaient se répandre dans le monde si on ne l’écoutait pas. Il ne s’agit pas principalement du régime communiste athée qui promettait un paradis sur terre aux ouvriers, et qui a provoqué des millions de victimes. L’erreur principale, estime-t-il, est l’« idéologie qui s’oppose à l’ordre naturel et chrétien en rejetant Dieu, la religion, la famille et la propriété privée ».
 

Pour Roberto de Mattei, la consécration expresse de la Russie est urgente

 
Et de rappeler que dès l’origine, la politique des bolcheviques les avait conduits à mettre en place une révolution contre le mariage, la famille, et la morale sexuelle traditionnelle, à travers notamment la légalisation du divorce, de l’avortement et de l’homosexualité, au motif qu’une populace à la sexualité débridée et privée de sa raison serait plus facile à déstabiliser et à manipuler.
 
La Russie, premier pays à légaliser ce crime en 1919 a connu une débauche d’avortements : en 1965, on comptait jusqu’à trois avortements pour une naissance, et son taux d’avortement reste parmi les plus élevés au monde.
 
Tout cela est à mettre en regard de ce que confia Notre Dame aux voyants de Fatima : « Davantage d’âmes vont en enfer en raison de péchés de la chair que pour toute autre raison. »
 
Roberto de Mattei a noté également que la chute de l’URSS il y a une trentaine d’années a permis aux erreurs de la Russie de se répandre sans limite, s’étendant comme la peste à travers l’Europe et l’Occident, s’attaquant à la vie, au mariage et à la famille : « Le relativisme professé et vécu aujourd’hui en Occident s’enracine dans les théories du matérialisme et de l’évolutionnisme marxiste : en d’autres termes, dans la négation de toute réalité spirituelle et de tout élément stable et permanent dans l’homme et dans la société. » Ce relativisme s’exprime notamment dans la promotion de la « libération sexuelle » : « La décomposition du communisme a putréfié l’Occident. »
 

Le message de Fatima apporte une réponse à la confusion actuelle

 
Au bout du compte, cette putréfaction s’insinue jusque dans l’Eglise à travers les ambiguïtés d’Amoris laetitia que beaucoup interprètent comme une « justification de l’adultère » : « La loi divine et naturelle ne tolère pas d’exception. Ceux qui théorisent l’exception détruisent la règle. »
 
On trouve la patte marxiste dans cette situation dans le renversement opéré par les partisans de cette révolution, en mettant la « praxis » au-dessus de la doctrine. « Le cardinal Kasper et d’autres pasteurs et théologiens ont déclaré que l’Eglise doit adapter son message évangélique à la praxis de notre temps. Mais la primauté de la praxis par rapport à la doctrine est le cœur même du marxisme-léninisme », a-t-il souligné : « Si Marx a déclaré que la tâche des philosophes n’est pas de connaître le monde, mais de le transformer, aujourd’hui de nombreux théologiens et pasteurs retiennent que la tâche des théologiens n’est pas de répandre la vérité, mais de la réinterpréter dans la praxis. Dès lors, il nous faut non pas réformer les habitudes des chrétiens de manière à les ramener aux enseignements de l’Evangile, mais adapter l’Evangile à l’hétéropraxie des chrétiens. »
 
Le Pr de Mattei a rappelé que la Sainte Vierge a mis en garde à Fatima contre les conséquences tragiques d’un refus d’écouter ses demandes : un « châtiment terrible » qui précédera le triomphe promis de son Cœur immaculé et qui paraît de plus en plus inévitable maintenant que la Russie a en effet répandu ses erreurs : « L’antidote à la dictature du relativisme est la pureté doctrinale et morale du Cœur immaculé de Marie. Ce sera Notre Dame – et non point les hommes – qui détruira les erreurs qui nous menacent. » Une œuvre à laquelle les hommes sont appelés à coopérer à travers la réalisation de ses demandes de consécration, de dévotion, de sacrifice.
 
Ce n’est pas le moment de quitter l’Eglise, a insisté le Pr de Mattei : c’est elle qui a les promesses du salut.
 

Comment la Russie cherche à détourner le message de Fatima

 
Il est intéressant de noter que du point de vue russe aujourd’hui, tel qu’on a pu l’entendre s’exprimer par exemple au colloque « L’Occident contre l’Europe » à Paris il y a quelques semaines, la décadence de l’Occident doit être imputée aux idéologies occidentales, et plus précisément à l’individualisme libéral. Plus ou moins nettement exprimée selon les temps et les lieux, cette idée conduit à discréditer le christianisme occidental et notamment la religion catholique, tandis que l’orthodoxie de Moscou – « Troisième Rome » – et le soutien affiché du gouvernement russe aux valeurs traditionnelles (même si l’avortement et le divorce restent endémiques en Russie et que la GPA commerciale y est autorisée par la loi…) sont montrés comme le secours possible pour les tenants des valeurs traditionnelles.
 
On entend même des catholiques dire que la promesse de conversion de la Russie a été réalisée.
 
Ce n’est pas la moindre confusion de notre temps. La réflexion du Pr de Mattei permet d’y répondre puissamment, et elle mérite d’être approfondie.
 

Jeanne Smits