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DĂ©monstration de force de la Russie après la rencontre entre Trump et Poutine : Moscou alimente la course aux armements nuclĂ©aires en parlant de rééquilibrage

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Il est bien normal, et même souhaitable, que les présidents des deux superpuissances nucléaires se parlent comme ils l’ont fait à Helsinki le 16 juillet dernier. Cela ne veut pas dire pour autant que la Russie va renoncer à alimenter la course aux armements conventionnels sur sa frontière avec l’OTAN face à ses ex-pays satellites de l’époque soviétique, car il importe à ses dirigeants de montrer aux Russes de base que leur pays est à nouveau craint et respecté comme à l’époque de l’URSS. Cela vaut aussi pour la course aux armements nucléaires, ce que confirme la présentation par la télévision russe le 19 juillet, juste après le sommet d’Helsinki, des nouveaux supermissiles balistiques à capacité nucléaire développés par Moscou.
 

Les nouveaux armements nucléaires présentés par la Russie juste après la rencontre entre Trump et Poutine

 
Il peut aussi s’agir de se placer en position de force avant les discussions annoncĂ©es sur l’extension du traitĂ© START visant Ă  rĂ©duire le nombre de missiles nuclĂ©aires en service des deux cĂ´tĂ©s. Sur le papier au moins, les nouveaux armements russes dĂ©jĂ  annoncĂ©s en mars par Vladimir Poutine (mais sans les prĂ©cisions et les vidĂ©os diffusĂ©es le 19 juillet) sont impressionnants :
 
– Le missile hypersonique manĹ“uvrable Kinjal capable de voler Ă  Mach 10, soit dix fois la vitesse du son. LancĂ© depuis un avion, il peut transporter des ogives nuclĂ©aires jusqu’à une distance de 2000 km, sa vitesse et ses changements de trajectoire en cours de vol le rendant impossible Ă  intercepter pour les systèmes antimissiles existants.
 
– Le missile balistique intercontinental (ICBM) Sarmat de portĂ©e quasiment illimitĂ©e (ce qui lui permet d’adopter n’importe quelle trajectoire pour atteindre ses cibles), capable de transporter plus de 20 ogives nuclĂ©aires.
 
– Le missile ailĂ© hypersonique Avangard lancĂ© dans l’espace et capable de redescendre vers sa cible Ă  Mach 20, ce qui rend son interception Ă©galement impossible pour les systèmes existants.
 
– Le missile de croisière Ă  propulsion nuclĂ©aire Burevestnik, pouvant porter une charge nuclĂ©aire sur une distance illimitĂ©e.
 
– Le drone sous-marin Ă  propulsion nuclĂ©aire PosĂ©idon, pouvant Ă©galement transporter une charge nuclĂ©aire et capable de se dĂ©placer Ă  grande vitesse en profondeur.
 

Une course aux armements nucléaires lancée par la Russie en prenant prétexte des éléments du bouclier antimissile américain présents en Pologne et en Roumanie

 
La chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision russe RT en langue anglaise explique qu’il s’agit d’un rééquilibrage des forces consĂ©cutif au dĂ©ploiement d’élĂ©ments du bouclier antimissile amĂ©ricain en Roumanie et en Pologne (composante terrestre Aegis Ashore du système antimissile Aegis). Depuis le dĂ©but, la Russie prĂ©tend que les bases de la partie europĂ©enne du bouclier antimissile de l’OTAN Ă  RÄ™dzikowo en Pologne et Ă  Deveselu en Roumanie menacent sa capacitĂ© de dissuasion et remet ainsi en cause l’équilibre des forces nuclĂ©aires et la garantie de destruction mutuelle en cas d’utilisation de l’arme nuclĂ©aire par la Russie ou les États-Unis. Sauf que… ces deux bases ne comptent que 24 missiles antimissiles SM-3 chacune, avec leur propre système radar en complĂ©ment du système radar basĂ© en Turquie et des missiles et radars du système Aegis dĂ©ployĂ©s en MĂ©diterranĂ©e. Ce système est donc clairement destinĂ©, comme l’affirment les AmĂ©ricains et l’OTAN, Ă  contrer d’éventuels tirs de missile isolĂ©s par un État « voyou Â» qui n’est pas dotĂ© d’une capacitĂ© d’attaque nuclĂ©aire massive comme la Russie. Les missiles SM-3 sont par ailleurs uniquement capables d’intercepter des missiles balistiques de portĂ©e moyenne et intermĂ©diaire et non pas les missiles balistiques intercontinentaux classiques.
 
C’est donc bien la Russie qui, comme pour les forces conventionnelles présentes sur le flanc oriental de l’OTAN, prend l’initiative de relancer la course aux armements nucléaires.
 

Olivier Bault