Dans un long entretien, Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, réitère son soutien à la liturgie traditionnelle qu’il juge « persécutée » autant sous le pontificat de Léon XIV que sous celui du pape François. Il répondait aux questions de Michael Haynes, correspondant à Rome de The Catholic Herald, une des meilleures sources anglophones (et en l’occurrence britannique) actuelles dans le monde catholique. Il évoque notamment la question de la Fraternité Saint-Pie X, dont les nouveaux évêques et les évêques consécrateurs sont sous le coup d’un décret d’excommunication automatique à la suite du sacre d’évêques contre la volonté du Pape.
Mgr Schneider y rappelle qu’il a « demandé au Saint-Père, en décembre dernier, de faire un geste généreux en tant que père commun de tous ses fidèles et de protéger ces fidèles à qui l’on refuse l’accès à la sainte messe des saints, comme ils l’appellent, la sainte messe de toujours (qui) continue d’être traitée – par les responsables du Vatican – comme quelque chose de dangereux ou faisant l’objet d’une forme de discrimination ».
Mgr Schneider dit l’importance de la liturgie traditionnelle
Pour Mgr Schneider, la reconnaissance du concile Vatican II comme étant « conforme à la tradition », ainsi que celle du Novus Ordo ne peuvent être acceptés par la Fraternité Saint-Pie X, qui « ne peut s’y conformer car il existe des ambiguïtés manifestes dans les affirmations de certains textes de Vatican II ». Il ajoute : « Le Novus Ordo présente des défauts doctrinaux et liturgiques évidents ; il contient des tendances protestantes très nettes et une atteinte au caractère sacrificiel de la messe, même lorsque celle-ci est célébrée selon les règles. Même en latin, le texte du Novus Ordo comporte de graves défauts doctrinaux, notamment dans les nouvelles prières d’offertoire et la deuxième prière eucharistique. De même, dans les rubriques du Novus Ordo, le style de célébration s’oriente davantage vers une rencontre, un rassemblement. Il s’agit là d’une grave rupture avec l’ensemble de la Tradition, ainsi que d’une menace et d’un danger pour le caractère sacrificiel essentiel de la Sainte Messe. »
« Dans cette situation, la présence et l’action de la Fraternité Saint-Pie X ou l’œuvre de Mgr Lefebvre s’avèrent de plus en plus providentielles ; c’est une œuvre de la Divine Providence que de rappeler simplement au Saint-Siège – par leur présence, leur existence, leur travail – la nécessité de clarifier certaines affirmations conciliaires importantes qui sont objectivement douteuses et ambiguës, et de réformer le Novus Ordo conformément à la tradition », précise Mgr Schneider.
Mgr Schneider veut voir le Saint-Siège résoudre les difficultés doctrinales
Celui-ci estime qu’il appartient à l’Eglise, comme un devoir, de résoudre ces difficultés, et il espère voir le Saint-Siège « intégrer la FSSPX, au moins progressivement, étape par étape. Ce sera un bienfait pour toute l’Eglise », juge-t-il.
Et de mettre en parallèle « la réaction extraordinairement sévère du Saint-Siège face aux consécrations épiscopales de la FSSPX », au titre d’une « réaction émotionnelle » qui tranche avec sa tolérance de « tant d’hérésies publiques en de nombreux endroits, avec des évêques qui sapent la foi de l’Eglise et la discipline de l’Eglise sans être punis ni réprimandés ».
Il cite l’exemple de Mgr Bonny, d’Anvers, qui a réitéré vouloir ordonner un homme marié « sans que Saint-Siège ne lui adresse aucun avertissement ». « Nous constatons également toute l’ouverture et l’extrême générosité du Saint-Siège envers le parti communiste au pouvoir en Chine, envers le soi-disant “Chemin synodal” en Allemagne et dans d’autres lieux qui pratiquent un déni de facto de la foi catholique et qui la sapent. »
Mgr Schneider dénonce un large « exil spirituel »
« Il est donc clair que le Saint-Siège est, en partie et dans une certaine mesure, sous l’emprise d’une prise de contrôle hostile par des personnes et des pouvoirs qui veulent transformer complètement la foi catholique, non seulement en une religion protestante, mais en une religion entièrement adaptée aux modes actuelles du monde », a déclaré Mgr Schneider, qui juge « seule une intervention divine … capable de nous apporter la guérison et de faire en sorte que le Saint-Siège redevienne la chaire resplendissante de la Vérité – la Mère et Maîtresse du monde entier dans la pureté de la foi catholique et apostolique ».
Il qualifie d’« exil spirituel » les conditions faites aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise latine parce que « la doctrine et la liturgie intégrale sont dans une certaine mesure exilées du Saint-Siège », et il rappelle :
« Pendant l’exil d’Avignon, ce sont les petits dans l’Eglise qui ont ramené les papes d’Avignon : sainte Catherine de Sienne, sainte Brigitte de Suède et d’autres saints simples qui ont inlassablement exhorté les papes et leur ont demandé de revenir. De même aujourd’hui, je décrirais ainsi ces nombreux “petits” de l’Eglise que sont les familles catholiques, les enfants, les jeunes, les prêtres, les religieuses et tous ceux qui aiment sincèrement la foi et la liturgie catholiques et s’efforcent, avec la grâce de Dieu, de mener une vie chrétienne par amour pour l’Eglise et pour la papauté. Ils apportent leur concours à la sortie de cet exil doctrinal et liturgique. »
« J’espère et je prie pour que le pape et les évêques reconnaissent les signes des temps. Ce sont les signes des temps que le Saint-Esprit leur montre. Regardez donc : la tradition est vivante. Elle porte ses fruits. Il y a de nombreuses vocations, des familles nombreuses qui aiment l’Eglise », a-t-il conclu, soulignant en quelque sorte que la solution à la crise actuelle est d’ordre hiérarchique, et que l’Eglise, ayant l’assurance que les portes de l’enfer ne prévaudront pas, parce qu’« elle est d’institution divine », doit d’abord être aimée.











