Le message de Léon XIV à la France : retrouver la vie, parce que « vivre, c’est le Christ »

Léon vie vivre Christ
 

Les déclarations du pape en France sur des sujets d’actualité, qui ont fait le tour des médias, ainsi que les images de ses grands rendez-vous, ont un peu occulté le fond de son message, profondément spirituel. C’est celui qu’il a développé lors des rendez-vous précisément religieux : temps de prière, d’homélie, d’exhortation. En les prenant ensemble, il est possible de voir un souci qui domine : rendre à ceux qui l’ont perdu le sens de la vie, dans un contexte qui se fait de plus en plus visible, celui d’un monde habité par les peurs, la désespérance et le matérialisme. Léon XIV serait-il le pape de la soif de Dieu ?

A l’occasion des vêpres célébrées à Notre-Dame, il a donné la première réponse, la plus fondamentale, au désir de l’homme. Ayant admiré la beauté du lieu, il a aussitôt expliqué qu’elle ne se suffit pas à elle-même :

« Nous ne devons pas oublier que la finalité pour laquelle ce Temple, comme toutes les autres églises, a été érigé est la prière et la louange de Dieu. C’est le lieu où la communauté chrétienne célèbre la forme la plus élevée de prière et de louange, en renouvelant dans l’Eucharistie le sacrifice rédempteur du Christ. La cathédrale n’est pas une enveloppe de pierre à admirer : elle vit du mystère sacré qui y est célébré. Vidée de l’action liturgique, elle perdrait son âme. »

 

Le message de Léon XIV est un appel à retrouver Dieu qui seul étanche la soif de l’homme

Ayant insisté sur l’importance de la célébration de « l’unique Sacrifice du Christ », le pape a aussi appelé chacun, et plus spécialement les évêques, les prêtres, les diacres, les personnes consacrées et les séminaristes, qui étaient au centre de ce rendez-vous en la cathédrale de Paris. à cultiver la prière intérieure :

« Préservez donc votre vie intérieure avec le Seigneur, à l’école des nombreux saints qui vous ont précédés, en puisant toujours à la source de l’amour infini de Dieu dans la prière silencieuse. Votre mission découle avant tout de cette relation intime avec le Seigneur qui vous attend. »

Devant les jeunes rassemblés au Stade de France, Léon XIV a parlé de « sainteté jusqu’au martyre », en insistant sur cette phrase de saint Paul : « Pour moi, vivre, c’est le Christ. » Et de préciser :

« L’homme s’égare lorsqu’il affirme que Dieu est mort. Si Dieu n’est pas avec lui, l’homme n’a plus de salut et perd le sens de son existence, qui se réduit à une impasse ou au néant. En revanche, celui qui dit : Pour moi, vivre, c’est le Christ !, fait exactement l’expérience du contraire. Dans le Christ, en effet, nous savons que Dieu n’est jamais indifférent à l’homme ! Par Jésus, crucifié et ressuscité, Il donne sa propre vie pour que nous en vivions. Voilà donc la manière d’annoncer le Christ qui allie courage et respect : l’annoncer comme Evangile de salut ; comme parole de vérité et de vie. Cet Evangile est une bonne nouvelle pour tous, une annonce libératrice et une règle de vie nouvelle. »

Il a aussi invité les jeunes à être des témoins, inspirés par l’exemple des saints :

« Cultiver un lien fraternel “avec ceux qui ne partagent pas notre foi” contribue donc à la construction de la société ; et devient un exercice de foi et de charité ; car il est impossible de témoigner du Christ sans aimer ceux à qui nous voulons l’annoncer. (…) Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance ; car ils ont d’abord changé leur propre cœur, en le transformant à la lumière de la foi. »

 

Léon XIV : « Dieu est le maître de l’histoire »

Puis dans son discours, ayant rappelé que « Dieu est le maître de l’histoire », il a invité les jeunes à la confiance, à la vertu, à la sainteté, chemin exigeant sur lequel on ne se trouve jamais seul :

« Au fur et à mesure que nous avançons sur ce chemin de la sainteté, il apparaît clairement qu’il ne suffit pas d’éviter le mal : il faut choisir le bien. Il ne s’agit pas d’un principe abstrait, ni d’une affirmation évidente : choisir le bien est l’acte propre de la liberté par lequel celle-ci se réalise, se rectifie et mûrit. (…) Le combat auquel nous sommes invités est celui de la foi, c’est-à-dire l’engagement à vivre selon l’Evangile en tant que disciples de Jésus, le Fils de Dieu qui fait de nous des frères et sœurs. C’est en son nom que nous recevons la force des justes pour résister à la tentation. C’est en son nom que nous recevons la persévérance des doux, pour nous consacrer au bien. (…) Nous avons aussi pour alliés les saints qui nous soutiennent dans l’épreuve. Chers amis, lorsque les choix de la vie exigent du courage, sollicitez leur intercession et imitez leur exemple. »

Lors de son passage à la maison Bakhita dans le 19e arrondissement de Paris, lieu créé pour l’accueil des personnes exilées et plus précisément pour les migrants, Léon XIV n’a pas du tout tenu un discours politique. D’ailleurs, le mot « migrant » n’apparaît pas une seule fois dans son discours. Il a simplement développé le devoir du chrétien de venir en aide à celui qui souffre :

« Le Christ pauvre et crucifié se laisse encore rencontrer et aimer à travers ces hommes et ces femmes qui nous appellent à sortir de nous-mêmes et à oser la charité. (…) Il n’y a de vie en abondance que là où la limite de chacun s’ouvre à la présence mystérieuse des autres, en qui c’est l’Autre par excellence, le Dieu de la vie, qui se fait proche. Cela ne nie pas la souffrance que le péché a introduite dans l’histoire, mais cela nous aide à ne pas en rester prisonniers. Nous annonçons que la rédemption est possible… »

 

Léon XIV a voulu confirmer la foi des catholiques de France

Samedi après-midi, sur la place de la Concorde, devant une foule immense, Léon XIV a donné, en quelque sorte, le principe qui a animé son voyage en France :

« Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ. »

Et aussitôt, il a parlé de cette soif spirituelle dont parlent les Ecritures avec une telle insistance :

« “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive” (Jn 7, 37). Frères et sœurs, notre communauté assoiffée s’élance vers le Christ, source d’eau vive ; cette eau qui désaltère et fait fleurir la vie, cette eau de l’amour de Dieu “répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné” (Rm 5, 5).

« Le désir de Dieu habite notre cœur au plus profond, et nous crions avec le Psalmiste : “Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant” (Ps 41, 3) ! C’est le cri d’un homme, humble et passionné, dont la soif la plus intérieure et existentielle ne cesse de grandir. Or c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif. »

Mais il faut aussi reconnaître et venir en aide à la soif d’autrui :

« Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle. »

Grâce, conversion, mission : ce sont des mots qui sont revenus souvent dans les paroles du Saint-Père, exprimant son désir de voir le Christ « répandu et communiqué », pour reprendre l’expression de Bossuet. Interpellant les catéchumènes et néophytes, à la fin de son homélie, il leur a lancé :

« Puissiez-vous témoigner à d’autres autour de vous du cheminement que vous vivez et les motiver à s’interroger à leur tour. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous des témoins vivants prêts à répandre autour de vous la civilisation de l’amour. »

 

Léon XIV aux évêques de France : « Faire connaître et aimer Jésus-Christ »

Aux évêques de France réunis à Lourdes, le pape a encore rappelé le devoir de la mission, qui s’impose particulièrement à ceux qui ont beaucoup reçu :

« Ce qui vous a été donné par le Seigneur, à vous catholiques de France, Fille aînée de l’Eglise, a en effet bien de quoi susciter l’action de grâce : cortège ininterrompu de sainteté jusqu’à nos jours ; fleurissement des arts, des lettres et des sciences sous l’impulsion de la foi et l’action de l’Esprit Saint. »

Il est intéressant, et finalement pas si commun, de voir la beauté et la richesse de l’héritage culturel de la France attribuées à l’inspiration divine. C’est dans cette même logique que le pape a déclaré aux évêques de France :

« La jeunesse en particulier nourrit de grandes aspirations. Inquiète du monde qui lui est laissé, soucieuse de l’avenir, elle est prête à œuvrer courageusement et avec générosité à tout ce qui est beau, vrai et bon. Montrez-lui la voie de l’Evangile, la seule direction sûre – quand bien même elle est exigeante –, qui a déjà porté tant de fruits sur cette terre de France. »

Il a aussi appelé les évêques à se souvenir de leur mission première, en leur demandant de donner aux jeunes « un enseignement doctrinal solide enraciné dans la Parole de Dieu qui leur permette d’affronter les objections et les doutes » :

« Pour opérer ce renouveau de l’espérance, dans un nouvel élan missionnaire en France que j’appelle de mes vœux, il n’y a qu’une “feuille de route”, toujours la même : faire connaître et aimer Jésus-Christ, authentiquement, avec passion, encore et encore… »

Mais la sainteté, et en particulier les vocations, ont besoin d’un terreau. Aussi, le pape a-t-il invité les évêques à prendre un soin particulier de la famille :

« L’approfondissement et l’enracinement de la vie de foi au sein des familles est certainement une clef qui permettra de résoudre bon nombre de crises que connaissent l’Eglise et nos sociétés. C’est au sein des familles, en effet, que s’apprennent la vie en commun, le respect de l’autre, l’acceptation de la diversité, le soutien réciproque, la générosité, la gratuité du don de soi et l’esprit de sacrifice. Peut-être est-ce là le défi majeur à relever : Que Jésus vive pleinement dans les familles catholiques de France et les illumine de sa présence ! »

 

Léon XIV et le mystère de la souffrance

On a vu beaucoup de joie pendant la visite du pape en France. La manière dont il s’est penché à Lourdes sur la souffrance n’est pas antinomique par rapport à cette réalité. Face à la question du mal, Léon XIV a répondu en profondeur, et de manière particulièrement opportune dans ce pays qui vient de légaliser « la mort programmée », maintes fois dénoncée par le pape au cours de son séjour devant les puissants comme devant les humbles. Evoquant le paradoxe de Lourdes, qui accueille les plus grandes souffrances tout en offrant la joie, Léon XIV a déclaré lors de la procession aux flambeaux, à laquelle il a tenu à participer en marchant avec les pèlerins :

« Et si un tel miracle est possible ­– celui de susciter la sérénité et la joie dans l’épreuve – c’est parce que Dieu nous donne la grâce de percevoir la présence du Christ ressuscité parmi nous. Il nous donne de porter le regard vers un avenir plus lointain, au-delà de notre horizon terrestre, un avenir de bonheur infini en Dieu, que nous sommes assurés d’atteindre si nous tenons fermes dans la foi et la charité. Pour cela, saint Paul nous encourage : “Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous” (Rm 8, 18). Gardez sans cesse en mémoire ces paroles en or, chers malades : Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous. »

L’homélie du pape lors de la messe célébrée à Lourde a en particulier insisté sur la conversion et la pénitence, et cela non plus n’est pas si commun de nos jours :

« Jésus pose dans l’Evangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : “Vous ne vous êtes pas repentis !” (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ezéchiel nous le rappelle : “Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra” alors que s’il se convertit, s’il “ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas” (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Ecritures, et traversent la prédication de l’Evangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas. (…) Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. »

Le sens de la vie, c’est en effet une direction à prendre librement, volontairement, en tenant « fermes dans la foi et la charité », et qui mène vers la vie éternelle. Celle dont on parle si peu et qui revient comme un leitmotiv dans les prises de parole de Léon XIV en France :

« Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la Croix et sa Résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités ! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le “Je vous salue Marie”. »

 

En France, Léon XIV redit le sens de la souffrance et de la pénitence

Et aussitôt il rappelle :

« On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : “Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !” Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ? La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi “pour les pécheurs”, pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : “Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre” (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

« La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. »

A ceux qui souffrent, Léon XIV a redit le sens véritable de la souffrance :

« Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la Passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Eglise, et votre rôle est irremplaçable. »

Voilà un pape qui parle de la pénitence, de la souffrance et de la vie éternelle, et du lien indissociable qu’il y a entre ces trois réalités du salut, qui passe nécessairement par le Christ. A Lourdes, précisément, il a rappelé comment ce salut est donné :

« “Je suis l’Immaculée Conception” ! C’est bien de cette manière que Marie s’est désignée ici-même, dans la plus grande humilité, mais reconnaissante à Dieu pour le privilège absolument unique dont elle a eu la faveur et qui représente pour nous l’aurore du salut. Jésus a voulu, par les mérites de sa Passion et de sa Résurrection, préserver sa Mère de toute trace de la faute originelle ; il en a fait une nouvelle Eve sur qui le démon n’aura jamais aucune prise, et à partir de qui tout recommence, tout redevient possible, pour le monde comme pour chacun de nous. »

« Pour que le monde ait la vie », tel était le titre donné à ce voyage apostolique. « Pour nous, vivre, c’est le Christ », a répété Léon XIV, en faisant reprendre ces mots par les 80.000 jeunes au Stade de France. Il s’agit donc de porter le Christ aux confins du monde, et ce faisant, la foi, l’espérance et la charité que le monde rejette avec une telle fureur.

 

Jeanne Smits