Léon XIV en France : l’affirmation confiante, joyeuse et enthousiasmante de la foi

Léon France affirmation foi
 

Un immense souffle d’air frais. Les images de la visite apostolique de Léon XIV en France auront frappé tous les esprits, hormis quelques aigris qui y ont trouvé matière à ricaner publiquement, et les laïcistes de tous niveaux qui ont dû voir l’un de leurs pires cauchemars devenir réalité : l’affirmation confiante, joyeuse et enthousiasmante d’une foi vécue qui ne craint pas la visibilité « ostentatoire ». Non, le catholicisme n’est pas mort. Non, la France n’oublie pas qu’elle est la fille aînée de l’Eglise. Une force existe toujours, qui n’a pas peur pas de le proclamer. Pacifiquement. Nous allons parler de ce qu’a dit Léon XIV. Il a eu des paroles fortes sur le respect de la vie, le désir de Dieu, la sainteté, la pénitence, la laïcité, la liberté… en tant que fruit de la Vérité qui est le Christ. Mais nous sommes à l’époque de l’image, et il faut en dire d’abord un mot.

Au-delà des 80.000 jeunes au Stade de France, des plus de 800.000 catholiques qui ont rempli la Concorde et les Champs-Elysées jusqu’à l’Arc de Triomphe et au-delà, au-delà des 150.000 pèlerins de Lourdes et des différentes institutions visitées par le pape pour un contact en quelque sorte direct, ce sont des dizaines de reportages télévisés et des milliers d’images partagées sur les réseaux sociaux qui ont rendu la présence du vicaire du Christ sur le sol français accessible à tous.

 

Léon XIV réveille la foi de la France

Et quel contraste avec la morosité, la dissension, la peur et la violence qui font le quotidien des informations à la télévisions et sur les réseaux si peu sociaux ! Des dizaines de milliers de visages souriants et ouverts, le spectacle sur les scènes de France, puis la litanie des saints en Seine-Saint-Denis (pourtant symbole du déclin français et de l’insécurité) ont montré qu’autre chose existe, et que l’amour du Christ ouvertement professé est attirant, plein d’espérance et fondamentalement joyeux.

On a vu des foules enthousiastes mais ordonnées, capables de garder le silence pour prier – et comment oublier ces visages de jeunes, profondément recueillis dans la prière, filmées au dérobé et montrant que la veillée avec le pape en particulier, sous des dehors festifs, était centré non sur l’homme mais sur Celui qu’il représente en tant que Vicaire du Christ ?

On a vu Léon XIV bénir les tout-petits. Il a pu être approché par une jeune fille très profondément handicapée, Marie-Garance. Cette image a fait le tour du monde entier, d’autant plus bouleversé lorsqu’on a appris qu’avec deux autres enfants, elle avait été abandonnée puis adoptée par une famille qui avait déjà six enfants biologiques. On a écouté l’entretien avec une victime d’abus sexuels de la part d’un religieux. Soixante-cinq ans après les faits, cet homme qui a pu échanger avec le pape a dit avoir pu faire, pour la première fois depuis lors, un signe de croix lorsque Léon XIV a donné sa bénédiction.

On a vu un Salve Regina entonné aux portes de Notre-Dame de Paris, et l’émotion du Saint-Père implorant, là, Marie de nous conduire à son Fils.

 

Pour Léon XIV, le spectacle de la France à travers ses saints

On a vu au Stade de France un spectacle inespéré sur l’histoire de France totalement centré sur l’épopée de ses saints, depuis sainte Marie-Madeleine et saint Lazare, disciples du Christ venus en Gaule dès l’accomplissement de la rédemption, jusqu’à saint Charles de Foucauld. L’enfouissement, c’est terminé. La fierté des catholiques, fondée sur le Christ, est de retour, et elle s’est accompagnée de la part du pape d’un appel à la sainteté et à la vertu.

Au Stade de France encore, on a vu la sainte tunique d’Argenteuil exposée, vénérée dans un silence saisissant. Et cette procession de bannières, ponctuée de reliquaires des saints de France… Tout n’était pas traditionnel, c’est vrai, mais c’est bien une piété traditionnelle qui s’est exprimée.

Certains attendaient Léon XIV au tournant. Allait-il oser parler de sujets qui fâchent ? Ne valait-il pas mieux qu’il s’abstienne de venir en France, qui vient de constitutionnaliser l’avortement et de rendre légaux l’euthanasie et le suicide assisté ? Une pétition – absurde – en ce sens avait pu circuler.

 

Léon XIV a rappelé au pouvoir que la loi peut être perverse

Mais sans déroger à l’amabilité et à la diplomatie, qu’exige le fait de venir dans un pays où on est accueilli par les plus hautes autorités, Léon XIV a parlé clair, et ce, d’emblée, dès ses premières paroles publiques à l’Elysée, flanqué de Macron qui était visé au premier chef :

« Il existe de nos jours la tentation d’attendre de la science une solution et une consolation à toutes nos souffrances. Le risque est souvent de tomber dans l’illusion. Lorsque la science et la technologie ne sont pas éclairées par la conscience, elles peuvent proposer des solutions immédiates qui semblent répondre aux désirs et aux douleurs des hommes et des femmes, mais qui en réalité peuvent gravement les détourner du bien auquel ils aspirent profondément.

« Je constate parfois avec préoccupation les dérives actuelles des sociétés qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives favorisant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée. N’oublions pas que le respect mutuel et la protection de la vie de toute personne humaine est une responsabilité de chacun et de tous, qui commence par une conversion de l’intelligence et du cœur, et qui nécessite un engagement réel et désintéressé envers nos frères et sœurs. »

Si Léon XIV est revenu à plusieurs reprises sur le thème de l’euthanasie, il n’a jamais employé le mot. Etait-ce à dessein ? On peut l’imaginer : il n’a en aucun cas évité de la désigner ainsi. Et c’est peut-être parce que le mot en lui-même est déjà un mensonge. L’euthanasie veut dire mort douce. Or, donner la mort est tout sauf doux. Que cela soit douloureux ou pas, c’est bien l’ultime violence.

 

Léon XIV : « Tout ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

Aussi a-t-il tenu à Lourdes les propos qui du point de vue de la République positiviste sont les plus insupportables : « Tout ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

C’est aussi d’emblée, à l’Elysée, que Léon XIV a abordé le thème de l’intelligence artificielle en citant sa première encyclique, Magnifica Humanitas. Il a aussitôt renvoyé à un grand écrivain catholique français : « Déjà en son temps, Georges Bernanos percevait le risque de voir l’obéissance aveugle et l’irresponsabilité devenir maîtres d’un Paradis des Machines. Il soulignait comment, pour leur échapper, la civilisation française avait, au contraire, travaillé pendant des siècles à former des hommes libres, pleinement responsables de leurs actes. »

« Il est urgent de former les esprits à un discernement éthique, capable de voir ce qui est moralement bon. Cette exigence est requise pour reconnaître le bien véritable qui fait grandir l’homme selon sa vocation première, dans le respect inconditionnel de sa liberté intérieure et de sa dignité sacrée », a ajouté le pape. Quelle liberté ? Celle qui permet de choisir le Christ, il l’a répété de diverses manières au cours de sa visite.

Sur le même thème, devant l’UNESCO, Léon XIV a déclaré :

« Au fil des siècles, de nombreuses tâches autrefois accomplies par des êtres humains ont été confiées à des machines, dont les capacités et les applications n’ont cessé de s’étendre. Plus récemment, certains systèmes artificiels ont même reçu le nom de notre faculté humaine de pensée : l’intelligence. Dans le même temps, cependant, nos idées et nos relations risquent d’être appauvries par un processus de déshumanisation. Le paradoxe est devenu de plus en plus évident : alors que l’“intelligence” est attribuée à des systèmes informatiques, nous avons du mal à reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont les vies sont jugées selon le critère de l’efficacité et qui, lorsqu’elles ne sont plus considérées comme productives, sont rejetées et mises au rebut. »

Y compris « les enfants dans le sein de leur mère »…

 

La foi de la France doit s’exprimer dans la sphère publique

Le pape a aussi appelé à l’Elysée au respect de ce que sont l’homme et sa vocation ; respect de la vie qui passe par le fait d’« accueillir la vie sans condition » ; respect aussi de la liberté d’éduquer et de transmettre. Il a au fond contesté une interprétation laïciste de la laïcité, celle qui veut séparer au lieu de distinguer : « Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. En effet, “la véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative”. C’est précisément la raison pour laquelle l’Ecole catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France. »

Sur ce double thème de l’enseignement et du rejet d’une laïcité qui marginalise, Léon XIV devait interpeller, deux jours plus tard à Lourdes, les évêques de France, qualifiée sans détours de « fille aînée de l’Eglise » :

« Face aux défis immenses de notre époque, je vous exhorte, chers frères, à faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires. Ne vous laissez pas décourager par les erreurs, les incohérences ou même les chutes qui ont jalonné l’histoire de ce peuple en marche. Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la Vérité, et la détermination à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur qui connaît ses brebis et les appelle chacune par leur nom. Levez-vous donc avec espérance, et ne vous lassez pas d’annoncer l’Evangile !

« L’histoire de l’Eglise en France est riche, immensément riche. Elle est belle et féconde ; et il est important de s’y référer pour construire l’avenir de vos communautés, comme celui de votre pays. L’Eglise a assisté, contribué même, à la lente édification de votre Nation, elle fait largement partie aujourd’hui encore de sa culture, de son identité et de sa vocation pour le monde. C’est pourquoi la parole de l’Eglise a toute sa place dans le débat public en France ; elle possède, par nature, une autorité prophétique. Même si elle n’est pas toujours entendue, elle y est attendue. Même si elle n’est pas suivie, en particulier sur des questions essentielles qui touchent aux fondements de la civilisation, elle est nécessaire ; n’en doutez pas ! »

Il ajoutait :

« Vous vivez actuellement sous un régime de laïcité bien particulier, issu d’une histoire mouvementée, aujourd’hui apaisée, mais qui doit permettre à l’Eglise d’accomplir sa mission. Que l’équilibre laborieusement obtenu soit peu à peu remis en cause, comme cela se produit ailleurs dans le monde occidental, ne doit pas vous résigner. Je vous invite à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Eglise à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse être exercée au nom de Jésus-Christ. »

Rappelant les difficultés du jour, Léon XIV a lancé :

« Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité. Or, Jésus a clairement averti ses disciples : “En dehors de Moi, vous ne pourrez rien faire !” »

On ne taira pas, bien sûr, les propos favorables à l’héritage humaniste de la France, notamment à travers les Lumières. Cependant, de même que le pape a célébré la messe au lieu même où Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Elisabeth et tant d’autres ont été guillotinés, place de la Concorde (certains, comme Philippe de Villiers, parlent de messe de réparation), Léon XIV a eu à cœur d’en donner une définition, qui n’est pas celle de « vertus chrétiennes devenue folles », comme disait Chesterton.

 

Léon XIV a rappelé le vrai sens de la liberté

Le pape a abordé la question, particulièrement celle de la liberté, devant les jeunes réunis au Stade de France. Une jeune religieuse, Servante des Pauvres, venait d’ailleurs d’évoquer le grand acte de liberté que fut son choix de donner sa vie à Notre Seigneur, contemplé dans la liturgie et secouru auprès des malades. Léon XIV a expliqué :

« Chers amis, pour éclairer notre époque et transformer le présent à la lumière de l’Esprit, rappelons-nous avant tout que, comme Timothée, nous sommes des hommes et des femmes de Dieu. Cette expression – de Dieu –, choisie par saint Paul, signifie un lien, et non une possession. Celui qui vit avec Dieu est libre : libre de tout ce qui obscurcit la vie et la rend vide et dénuée de sens. Jeunes de France, vous portez dans votre cœur un immense désir de liberté, un mot qui résonne avec force dans votre culture. Mais quelle est donc la source de la vraie liberté ? Jésus nous l’indique clairement lorsqu’Il dit que c’est la vérité qui nous rendra libres ; et que la Vérité, c’est Lui-même ! Voilà donc la source de la vraie liberté : la relation vivante avec Jésus. »

Et plus fortement encore :

« Au fur et à mesure que nous avançons sur ce chemin de la sainteté, il apparaît clairement qu’il ne suffit pas d’éviter le mal : il faut choisir le bien. Il ne s’agit pas d’un principe abstrait, ni d’une affirmation évidente : choisir le bien est l’acte propre de la liberté par lequel celle-ci se réalise, se rectifie et mûrit. Pour faire les bons choix, souvenez-vous de ce critère : le bien donne la vie, il ne l’enlève jamais. Le bien prend soin, il ne prend pas pour lui-même. Le bien n’est pas un beau concept, mais le visage rayonnant de l’amour : il est Dieu en personne ! Les vertus que saint Paul nous indique comme reflets de sa bonté sont les suivantes : la justice envers l’humanité ; la piété et la foi envers Dieu ; la charité envers tous ; la patience envers ceux qui nous font souffrir ; la douceur qui caractérise ceux qui recherchent la paix avec un cœur pur. »

Dans une même logique, il a voulu expliquer ce que sont l’égalité et la fraternité, en enchaînant :

« Les principes d’égalité et de fraternité qui inspirent votre société trouvent ici leur fondement : plus que des prescriptions légales, ce sont les choix radicaux et courageux d’un cœur libre. Faire nôtres ces principes n’est pas seulement un engagement moral : c’est choisir de devenir des hommes et des femmes authentiques, libres de tout compromis. »

Aux autorités civiles rencontrées à l’Elysée, il a précisé le sens de l’égalité, qui n’est pas un égalitarisme :

« Que l’égalité à laquelle vous aspirez s’établisse toujours sur les fondements de la justice et de la charité, sans supprimer les différences entre les personnes, mais en les faisant fructifier harmonieusement au profit de la société tout entière. »

Et il a insisté, là encore dans plusieurs discours et prières, sur l’importance de la famille, pour la cité terrestre comme pour les vocations religieuses : il a appelé les familles françaises à être « généreusement ouvertes à la vie ».

Léon XIV a aussi évoqué à maintes reprises la nécessité de la grâce, la vraie destinée de l’homme qui est la vie éternelle (« De la mort éternelle, délivrez-nous Seigneur » chantaient en chœur le pape et les jeunes à la veillée de Saint-Denis), du sens de la vie et de celui de la souffrance, et de la soif de Dieu. Nous y reviendrons demain.

 

Jeanne Smits