Natalité, taux de fécondité : l’effondrement dans les pays catholiques et ses raisons

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C’est un fait : la plupart des pays à majorité catholique affichent désormais des taux de fécondité désastreux. Le dernier en date est le Mexique, qui compterait désormais 1,23 enfant par femme en âge de procréer, selon l’Institut national de statistique (INEGI), après le recensement mené en 2025. Il en faudrait près du double pour assurer le renouvellement des générations, évalué à un taux synthétique de fécondité de 2,1 enfants par femme dans les pays développés. La chute a été continue depuis les années 1960, où il avoisinait les sept enfants par femme. En 2020, il était encore de 1,99, et en 2024, de 1,89.

Mais il en va de même en Italie, en Espagne, en Pologne, en Argentine ou au Chili : tout pays à majorité catholique où le taux de natalité se situe désormais aux alentours des 1,15 enfant par femme. Pour l’ensemble des dix pays catholiques les plus peuplés, on arrive à un taux d’à peine 1,34 enfant par femme en 2025, ce qui représente un effondrement de 33 % en dix ans, alors que la fécondité mondiale a baissé de 12 % sur la même période.

 

L’effondrement de la fécondité dans les pays catholiques lié à la baisse de la foi

Ce sont les chiffres mis en avant par le compte Substack Morebirths, banque de données et d’études dont le but affiché est une inversion de cette tendance mortelle. Ce site, très documenté, est animé par Daniel Hess, père de famille de six enfants de la banlieue de Washington D.C., et non par quelque institut. Il est toutefois notable qu’il compte parmi ses abonnés des démographes des plus reconnus.

Hess avoue sa stupéfaction devant ces tendances qui contredisent la fécondité historique de ces pays. Et il avoue rapidement que son article pourrait bien davantage refléter une baisse de la pratique religieuse chez les catholiques qu’un changement à l’intérieur des communautés de foi fervente. Il rappelle d’emblée que la pratique religieuse régulière favorise la natalité, et que cela est et reste vrai chez les catholiques.

Cela s’explique évidemment, pour deux raisons qu’il ne donne pas : « Soyez féconds et multipliez » est le premier commandement donné par Dieu à l’humanité ; et le fait de donner naissance à de nouveaux êtres humains appelés à devenir enfants de Dieu et à jouir du bonheur éternel donne une finalité enthousiasmante au don de la vie.

Le facteur commun que l’on retrouve dans les pays catholiques dont la fertilité s’est aussi gravement détériorée, signale Hess, est précisément la perte de la foi, ou plus exactement de la religiosité, parmi la jeune génération. Ainsi, au terme d’enquêtes récentes, seuls 16 % des Polonais de moins de 30 ans considèrent la religion comme très importante. Pour les jeunes Espagnols et Italiens, on arrive respectivement à des pourcentages de 18 % et 13 % aux termes des enquêtes les plus récentes.

 

Les pays catholiques davantage touchés par la perte de sens

Mais, paradoxe, dans des pays bien plus laïques, comme le Danemark et les Pays-Bas, souligne Hess, la natalité reste tout de même plus élevée que dans ces pays qu’il faudrait qualifier d’ex-catholiques.

« Quelle qu’en soit la cause, le problème de fécondité dans les pays catholiques ne doit pas être considéré comme un simple phénomène mondial. Le milliard de catholiques que compte la planète ont vu la fécondité baisser dans leur pays beaucoup plus rapidement et plus fortement que dans le reste du monde. En effet, les pays historiquement catholiques semblent être à la tête de la baisse mondiale de la fécondité. Il est essentiel de comprendre pourquoi », écrit More Births.

Et de renvoyer un article publié en 2024, qui aligne les tristes chiffres du déclin cette année-là : On arrive même à – 51 % par rapport à 2015 au Chili avec 0,88 enfant par femme, tandis que le champion de la natalité des pays envisagés, l’Equateur, affiche un taux de 1,6, ce qui représente un déclin de 26 % par rapport à 2015.

Partout, cela est allé de pair avec la baisse de la pratique religieuse, qui est constante depuis le Concile Vatican II, comme l’observe Daniel Hess : « Le Concile Vatican II a déclenché un déclin très large au sein du catholicisme. Les pertes comprennent la baisse du nombre de personnes devenant prêtres ou le demeurant, une réduction encore plus importante du nombre de religieuses, une baisse de l’assistance à la messe parmi les laïcs catholiques, et une disposition plus forte parmi les catholiques à mettre en cause la doctrine officielle, y compris l’interdiction du divorce et du contrôle des naissances (Hout et Greeley, 1987 ; Greeley, 1989 ; Schoenherr et Young, 1993 ; Stark et Finke, 2000). Alors même que les universitaires continuent de débattre de la raison pour laquelle Vatican II a provoqué ces effets, le déclin lui-même est universellement reconnu. »

 

L’effondrement de la fécondité et celle de la pratique religieuse des jeunes

La Pologne a connu une baisse spectaculaire de la pratique parmi les jeunes : elle est passée de 70 % à 25 % en 30 ans. En Espagne, moins de la moitié des 18-24 ans affirment être croyants. Parmi les « seniors », la proportion est de 90 %.

Selon une étude de Berman et autres en 2012, la corrélation entre la chute de la fécondité et la chute de la pratique religieuse est beaucoup plus nette chez les catholiques que chez les protestants, par exemple. Cela serait lié notamment aux services proposés par les prêtres et plus encore par les religieuses. Cette étude de 2012, portant essentiellement sur les Etats-Unis, affirmait même que l’on peut évaluer le nombre de naissances supplémentaires à 300 ou 400 enfants par religieuse, celles-ci étant présentées comme proposant des services d’aide relativement bon marché aux familles. Aujourd’hui, l’âge moyen des religieuses a fortement augmenté et il y en a moins par tête dans la population.

Daniel Hess poursuivait sa réflexion en notant que les pays fortement secoués par des scandales d’abus sexuels de la part du clergé ont affiché des taux de pratique religieuse et donc de fertilité moins élevés.

 

Dans beaucoup de pays catholiques, les jeunes ne quittent plus le domicile parental

Mais il y a un autre facteur qui n’a rien à voir avec le fait d’aller à la messe ou non. Hess cite le démographe Lyman Stone, qui note, dans plusieurs pays à dominante catholique, une forte proportion de jeunes adultes vivant encore chez leurs parents, ce qui diminue fortement les chances de les voir procréer, cela est historiquement associé à une fertilité plus basse. Dans ce même article de 2024, Hess montrait que les 25-34 ans, âge où l’on a le plus d’enfants, étaient particulièrement nombreux dans ce cas en Pologne, en Espagne, au Portugal, en Italie… (près d’un sur deux), et les proportions dépassaient même les 60 et 65 % dans les Balkans et jusqu’en Croatie. (En France, cette proportion atteignait 16 % seulement, 10 % aux Pays-Bas et 12 % en Allemagne.) Tous ces chiffres sont tirés d’Eurostat et datent de 2020.

Faut-il y voir un lien avec la culture catholique, très attachée à la cohésion familiale, comme le suggère l’auteur ? C’est peut-être passer à côté de réalités économiques qui ont été très présentes précisément dans ces nations catholiques, où les difficultés de logement, le coût de la vie, l’insuffisance des salaires pour les jeunes et l’absence de mesures pro-famille, notamment fiscales, ont rendu de plus en plus difficile l’envol des jeunes et leur capacité à fonder une famille à leur tour.

On pourrait d’ailleurs élargir le point de vue en constatant que, dans les pays développés, l’heure est partout à la « crise du logement » et son poids de plus en plus important dans les budgets, crise fortement soutenue par la multiplication des normes écologiques et la cherté de la main-d’œuvre, notamment avec le poids croissant de l’Etat et de ses prélèvements sur la richesse de ceux qui travaillent mais ne gagnent pas assez pour se loger de manière indépendante.

 

Logement, prix de la nourriture, coût de la vie, tout conspire contre la fécondité

A quoi s’ajoute aujourd’hui l’inflation qui touche tout particulièrement la nourriture, de plus en plus chère. Les crises s’empilent, souvent largement faites de main d’homme, et ont pour conséquence (on ose même se demander si ce n’est pas pour objectif) de réduire la population à travers le déclin de la fécondité. Après tout, la promotion tous azimuts de la contraception et de l’avortement vont dans le même sens.

Hess observe qu’il existe des « sous-cultures » parmi les catholiques. Les plus traditionnelles, souligne-t-il, affichent des taux de naissance bien plus importants. Ainsi, en 2015, le centre Pew Research constatait un taux de fécondité de 3,6 enfants par femme parmi celles assistant à la messe traditionnelle en latin, et de 2,3 par femme assistant à la nouvelle messe. De manière générale, on constate une fécondité plus importante parmi celles qui pratiquent le plus, mais il s’agit, constate-t-il encore, d’une « minorité » parmi les catholiques.

Hesse, qui n’est pas catholique, propose alors ses solutions. La première constitue une ingérence dans un domaine qui n’est pas de son ressort et qu’au demeurant il ne comprend pas : il propose que le mariage soit accessible aux prêtres et aux religieuses. Passons.

Au vu des chiffres cités plus haut, est-ce que cela suggère encore que l’Eglise soit plus ouverte aux variantes liturgiques, en clair, permettre notamment à la messe traditionnelle de s’épanouir. Pourquoi pas ?

 

Les pays catholiques sont appelés à une riposte de foi et de culture

Il appelle ensuite à une réaction culturelle de la part des catholiques pour pousser les jeunes à ne plus rester chez papa et maman. Plus facile à dire qu’à faire dans le contexte économique que nous avons évoqué. Il serait sans doute plus efficace de tourner le dos au socialisme, qui appauvrit prioritairement les classes moyennes dans les pays à dominante catholique.

Enfin, Hess encourage les prêtres à prêcher en faveur des naissances. Il cite l’exemple d’une église catholique dans le Maryland, où le prêtre prie quasiment lors de chaque messe pour qu’il y ait davantage d’enfants. Cette église de Rockville « déborde de familles nombreuses et affiche apparemment un taux de natalité très important ». « Serait-ce aussi simple ? », se demande l’auteur.

Lors de sa visite en France il y a quelques jours, le pape Léon XIV a en tout cas plusieurs fois parlé en ce sens. A Lourdes, il priait la Vierge en disant : « Renouvelle la foi et la ferveur des familles chrétiennes, si chères à ton cœur, pour qu’elles vivent au quotidien de la présence de Jésus, de sa grâce et de son soutien dans les difficultés qu’elles traversent. Qu’elles soient généreusement ouvertes à la vie, et que Dieu suscite en elles des vocations, notamment sacerdotales et religieuses. »

Au Centre des Congrès Robert-Schuman de Metz, il interpellait les jeunes : « Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir ! N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »

Par les temps qui courent, cela exige une forte confiance en Dieu qui assiste ceux qui font Sa volonté ; ce qui explique aussi que les catholiques fervents aient des familles plus nombreuses, et marchent à contre-courant du malthusianisme aux multiples ressorts.

 

Jeanne Smits