Ce n’est pas sur le site d’information catholique Aleteia que je m’attendais à trouver sans réserve ni interrogation critique un entretien de Thibault Prébay, qui vient de publier un essai sur la démographie aux éditions du Rocher : Démographie, la bombe tranquille, Pourquoi tout va changer et comment nous y préparer. Le sujet de l’entretien est des plus actuels et des plus graves. Le titre de l’article dit l’essentiel du constat de Prébay : « Le réarmement démographique n’aura pas lieu. » Oui, il croit à l’implosion démographique, car les chiffres sont sans appel. Mais là où le bât blesse, c’est quand cet économiste spécialiste de la démographie pose « un regard pragmatique et positif sur la chute de la fécondité, invitant à considérer la décroissance démographique comme une opportunité pour les générations futures », comme le résume fort bien le chapeau de l’article. Or le déclin démographique est à beaucoup d’égards – matériel, humain et même spirituel – le révélateur d’une catastrophe civilisationnelle l’annonciateur de bien des malheurs à venir.
Thibault Prébay a une théorie mécaniste : pour lui, « la baisse de la natalité s’explique principalement par la baisse de la mortalité », obtenue notamment par les progrès de la médecine : les personnes âgées vivent plus longtemps et on n’a plus besoin de multiplier les bras pour faire survivre une famille. « Historiquement, quand on avait 5 enfants par femme, c’est parce que le seuil de renouvellement de la population était à 5. Quand le seuil de renouvellement est passé à 2, la natalité a baissé pour s’adapter », affirme-t-il. Il faudrait ajouter à quel point elle a baissé de manière effrayante en-deçà de ce seuil dans de très nombreux pays, que la France est en train de rejoindre rapidement après une période de (très relatif) répit.
La dénatalité, une chance ?
Et ce d’une manière qui lui semble inéluctable. Prébay confirme, et là c’est un constat, que les politiques familiales de relance de la natalité n’obtiennent pas les effets escomptés. De fait, même les pays les plus actifs en ce sens, comme la Hongrie, ont vu leur natalité remonter de quelques dixièmes de points avant de rechuter, et ce malgré les aides aux familles. La Chine communiste, après des décennies de criminelle politique de l’enfant unique, se retrouve aujourd’hui dans un état d’urgence démographique, mais le mal est fait : aucune de ces mesures ne semble porter ses fruits. Sa nouvelle politique, toujours étatiste, des deux ou trois enfants est incapable de pousser les couples chinois à procréer davantage. Il faut dire que la spirale de la dénatalité s’auto-alimente, puisqu’au fil des ans, il y a de moins en moins de femmes en âge d’avoir des enfants.
Eh bien, pour Thibault Prébay « c’est une chance… si nous savons la saisir ». « Mais ces enfants, moins nombreux, pourront peut-être vivre sur une planète qui respire à nouveau, avance-t-il », écrit Aleteia. Au moins annonce-t-il clairement la couleur : si nous sacrifions notre avenir démographique, nous faisons bien car Gaïa en a besoin. Il fait partie de cette caste qui veut voir diminuer l’homme sur la Terre et non répondre au commandement divin : « Croissez et multipliez-vous, et dominez la terre. » Ce premier commandement reçu par nos premiers parents, et qui n’a jamais été révoqué…
Thibault Prébay croit en l’idéologie écologiste
Thibault Prébay, lui, voit au contraire une chance et un bien dans le repli – qui sera bientôt une implosion – démographique. Dans un monde moins peuplé et plus âgé, « si on est moins nombreux, comment fait-on pour garder un modèle social, un modèle économique qui fonctionne ? », se demande-t-il. Avant de répondre : « La démographie nous oblige à penser autrement. Dans cette transformation apparaît peut-être notre meilleure opportunité de réconcilier l’humanité avec sa planète. Aujourd’hui, nous avons une pression sur la planète qui est très forte. Nous savons que la solution existe : réduire notre impact, collectivement. Et que cette réduction passera par moins de naissances, moins de gaspillage… et plus de cohérence. Le meilleur moyen d’avoir plus d’enfants plus tard est peut-être d’en avoir un peu moins aujourd’hui. »
Il croit, lui, que l’« accalmie démographique », ainsi qu’il l’appelle sans tenir compte de ses propres propos sur le réarmement démographique qui ne fonctionne pas, « fera converger le chômage vers zéro partout ». Or ce n’est pas vrai. La baisse de la population entraîne un repli économique, où pèse sur ceux qui travaillent la charge des plus vieux, réduisant leurs moyens et leur temps pour avoir des enfants, et faisant rétrécir la demande de logements, d’infrastructures, d’écoles, de loisirs… Bref, un rétrécissement de toute l’activité humaine et donc forcément un appauvrissement général, où manque l’activité productive nécessaire au financement des services. De moins en moins de jeunes veut dire de moins en moins de créativité et d’inventivité, de dynamisme.
La dénatalité n’est jamais une chance, toujours un désastre
Cela a été montré de manière fort intéressante par le démographe américain Phillip Longman, auteur de The Empty Cradle (Le Berceau vide). Celui-là, au moins, ne se paye pas de mots, et reconnaît même l’aspect spirituel de la chose en invitant à respecter le rôle de la religion comme une force en faveur de la natalité. Comme il le dit, « la foi donne l’espérance et, en dernière analyse, c’est l’espérance qui permet au genre humain de se refaire ».
Certes Thibault Prébay, de son côté, assure ne pas du tout penser que « c’est mieux d’avoir moins d’enfants ». Mais il fait appel à une idéologie tordue pour justifier son optimisme : « Mais sachant que notre capacité à influer sur la fécondité est à ce stade très limitée, je pense qu’il vaut mieux essayer de positiver, de trouver quelques éléments favorables et de voir comment on peut profiter de cela pour créer plus de justice sociale et essayer d’améliorer la situation de la planète. » Dans un champ de ruines ?
Une réponse très complète lui est apportée de fait par le démographe Stephen J. Shaw, que nous avons déjà évoqué sur RITV à travers son film documentaire Birthgap. Sa longue réflexion, très étayée, dans entretien avec Brendan O’Neill sur Spiked le mois dernier mérite un article à part. Si vous voulez être averti de sa parution prochaine ici-même, abonnez-vous gratuitement à la lettre d’information de notre site. C’est par ici.











