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Etudiants « perturbés » par Shakespeare : la phobie de la violence littéraire fait sont entrée à Cambridge

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A l’université britannique de Cambridge, les étudiants sont désormais prévenus par des mises en garde que les pièces de théâtre de Shakespeare contiennent des sujets potentiellement « perturbants ». Le principe de précaution appliqué jusqu’à la violence littéraire… Les élèves de premier cycle ont ainsi été informés qu’un cours sur les pièces Titus Andronicus et La Comédie des Erreurs se verrait adjoindre des « discussions sur la violence sexuelle » et le « viol ». La mise en garde a été publiée dans le document « Notes sur les cours », distribué aux étudiants. Cette phobie universitaire autour de la violence et de la mort se retrouve dans plusieurs autres universités britanniques, accompagnée d’un invraisemblable cocooning d’étudiants alors que leur formation devrait précisément être destinée à nommer et affronter la réalité des drames humains. Et cela au moment où l’industrie du « divertissement » offre à chaque jeune un libre accès aux jeux vidéo les plus sanglants et à la pornographie la plus sordide.
 

Gill Evans, professeur émérite à Cambridge : « La jeunesse hyper émotive devrait être un peu résiliente »

 
Professeur émérite de théologie médiévale et d’histoire des idées à Cambridge, Mme Gill Evans, a fait savoir que plusieurs enseignants étaient « consternés ». Elle veut bien reconnaître que ces mises en garde « sont probablement motivées par le souhait sincère de ne pas risquer de choquer les étudiants », notant qu’elles relèvent d’une tendance à vouloir surprotéger une jeunesse « hyper émotive ». « Il paraît qu’il est très important d’intervenir sur les cours pour des raisons externes, et la présidence va approuver », dit-elle, « puisque, évidemment, personne ne veut paraître cruel », mais « il faudrait peut-être aussi qu’on apprenne à devenir un tout petit peu résilient ».
 
Des séances de mises en garde sont désormais adjointes à au moins un cours de littérature anglaise. Il s’agit en premier lieu d’une réunion sur la violence intitulée « Contrôle et conséquence ; quand rit-on à propos de violence et pourquoi ? Crédulité et sympathie », adjointe au cours sur Titus Andronicus et La Comédie des Erreurs, mais aussi sur la pièce de Sarah Kane Blasted. Par ailleurs l’annonce d’un séminaire intitulé « Inhiber le corps », consacré à Hippolyte et aux Bacchantes d’Euripide, ainsi qu’à L’Amour de Phèdre de Sarah Kane, est accompagnée d’une précision indiquant qu’il devra inclure « une discussion sur les scènes sexuellement explicites » et les « scènes de viol ». Le commentaire et la contextualisation propres à la pédagogie de la littérature ne paraissent pas suffire.
 

Etudiants perturbés et phobie violence littéraire

 
Réaction de David Crilly, directeur artistique du Festival Shakespeare de Cambridge : « Dans Shakespeare, la violence sexuelle est la plupart du temps bien plus implicite qu’explicite, et le metteur en scène est responsable de ce qui se voit. » Mais, ajoute-t-il, « Si un étudiant en littérature anglaise n’admet pas que Titus Andronicus contienne des scènes de violence, il n’a rien à faire dans ce cours-là. » Et de conclure : « Cette question de la sensibilité va inévitablement restreindre la liberté d’enseignement. »
 
Cambridge est la dernière université en date à émettre des avertissements à destination des étudiants. L’Université de Glasgow a fait encore mieux en alertant les étudiants en théologie qu’ils risquaient de visionner des images perturbantes en abordant la crucifixion du Christ, allant jusqu’à leur autoriser à quitter la salle de cours.
 

A Glasgow en théologie ont craint la crucifixion, à Oxford, en droit, l’évocation de la mort !

 
Les maîtres de conférences en droit à l’Université d’Oxford se sont vu demander d’émettre des mises en garde avant d’aborder les cas impliquant des violences ou la mort, et les étudiants ont été prévenus qu’ils pouvaient là aussi quitter la salle s’ils jugeaient que le contenu de l’enseignement devenait trop « perturbant ».
 
Pour Mary Beard, professeur à Cambridge, autoriser les étudiants à occulter les épisodes traumatisants de l’histoire et de la littérature est « fondamentalement malhonnête » : « Notre rôle est de former ces jeunes gens pour qu’ils soient capables d’y faire face, même s’ils se sentent démunis et faibles pour toutes sortes de bonnes raisons. »
 
Une porte-parole de l’Université de Cambridge a fait savoir que la Faculté de lettres n’avait pas adopté de politique de prévention particulière, renvoyant l’initiative des mises en garde au corps enseignant. Il précise que « Certains professeurs avaient indiqué que les éléments sensibles seraient abordés lors d’un cours, informant ainsi l’administration qui prépare les résumés de cours distribués aux étudiants en anglais. » Ces initiatives sont prises « entièrement sous la responsabilité des enseignants et ne sont en aucune manière révélatrices d’un politique générale de l’Université ».
 

Matthieu Lenoir