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En Syrie, la justice française dénonce des crimes contre l’humanité

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La justice française a ouvert une enquête préliminaire contre X pour crimes contre l’humanité en Syrie, présumés avoir été perpétrés non par l’Etat islamique, mais reprochés, au contraire, au régime de Bachar el-Assad.
 
Les autorités françaises continuent donc de suivre la voie tracée par François Hollande, sans s’occuper de l’évolution de leurs partenaires et alliés. Pour le président de la République, Assad doit quitter le pouvoir, et cette procédure, déclenchée par le parquet de Paris à la mi-septembre, n’est, sans doute, que l’un des pions avancés sur l’échiquier politique pour tenter d’y parvenir.
 
Un coup à droite, un coup à gauche, si l’on peut dire. Dimanche, l’aviation française menait en effet son premier raid aérien contre un camp d’entraînement de l’Etat islamique, sis dans l’est du pays, raid qui, selon les déclarations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, a fait au moins trente morts et de nombreux blessés.
 

La justice française dénonce la Syrie

 
Aujourd’hui, c’est donc au tour de la justice française de se pencher sur le dossier syrien. La procédure intervient quelques jours après un « signalement » du ministère des Affaires étrangères auprès du procureur de Paris François Molin d’un dossier contenant des éléments sur les pratiques présumées du gouvernement syrien. Connu sous le nom de « rapport César », du nom de code d’un ancien photographe de la police militaire syrienne qui en a transmis les éléments, ce dossier, emporté lors de sa fuite en juillet 2013, contiendrait quelque 45.000 photos de 11.000 victimes.
 
Un livre – Opération César – doit d’ailleurs sortir la semaine prochaine aux éditions Stock.
 

Crimes contre l’humanité

 
Deux questions se posent aujourd’hui. La première est de savoir si la justice française est compétente en cette affaire. Pour cela, il est nécessaire qu’un Français (ou un Franco-Syrien) figure parmi les victimes. Les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre sont actuellement en train de dépouiller et d’étudier le dossier afin de s’en assurer. Si leur recherche s’avérait positive, le dossier serait ensuite étudié dans les bureaux du pôle génocide du tribunal de grande instance de Paris.
 
La seconde est de s’interroger sur l’opportunité de cette enquête – et à terme du procès qui pourrait en découler. Depuis que le président Barack Obama a commencé de mettre un peu d’eau dans son vin, François Hollande ne trouve d’accord sur cette ligne dure qu’avec certains pays tels l’Arabie saoudite. Mardi, à New York, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, s’est fait véhément pour s’opposer aux velléités diplomatiques russes. « Il y a deux options pour un règlement en Syrie. Une option est un processus politique au cours duquel il y aurait un conseil de transition, a-t-il affirmé. L’autre option est une option militaire qui se terminerait également par la destitution de Bachar el-Assad. »
 

Sans diplomatie, quelle paix ?

 
On ne sait, au-delà des intérêts commerciaux, ce que vise François Hollande en entamant cette danse du scalp avec certaines monarchies du Golfe, dont certaines font, intentionnellement ou non, le jeu des islamistes.
 
Ce qui est sûr, c’est que cette nouvelle avancée française contre le président syrien ne va pas améliorer une situation diplomatique déjà tendue avec la Russie. La prochaine réunion, en octobre, des principaux pays intéressés par cette crise, à savoir les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Iran, la Turquie et l’Egypte, risque d’être électrique. A moins que la force de persuasion de Vladimir Poutine – et peut-être de son homologue américain… – ne parvienne à faire évoluer la situation.
 
Auquel cas, une fois encore, François Hollande apparaîtrait comme le dindon de cette triste farce…
 

Hubert Cordat