Antonio Tejero Molina était lieutenant-colonel dans la Guardia Civil quand il prit d’assaut le 23 février 1981 les Cortes (la chambre des députés d’Espagne) à la tête de ses carabiniers dans une tentative de coup d’Etat avortée en quelques heures. Condamné à trente ans de prison, il a été mis en liberté conditionnelle en 1996 et partageait depuis sa vie entre Madrid et le sud de l’Espagne où il est mort le 23 février. Sa famille, catholique pratiquante comme lui, souhaitait des obsèques à la cathédrale militaire de Madrid, mais cette église lui a été fermée par l’archevêque. Mgr Juan Antonio Aznarez Cobo estimait impossible en l’état cette cérémonie. Dans un communiqué, Aznarez Cobo écrit : « La principale raison de cette décision était le risque, non souhaité par la famille de Don Antonio, en faisant célébrer une messe pour son repos éternel dans la cathédrale militaire, de connotations sans rapport avec la signification religieuse stricte de ladite célébration. » Un examen de ce morceau de langue de buis jette une étrange lumière sur les rapports de l’Eglise et de l’Etat en Espagne.
Tejero avait payé sa dette à l’Espagne
Antonio Tejero avait quatre ans quand a commencé la guerre d’Espagne et sept quand elle a fini. Militaire de carrière, il était anticommuniste et franquiste. Sa fidélité à un régime aboli en 1975 l’a mené à une conduite séditieuse pour laquelle il a été justement puni, il a payé sa dette conformément à la loi, sans se faire remarquer par la suite. On notera en outre que la tentative de putsch n’a fait aucune victime. Qu’on le considère comme un homme d’honneur ou un hurluberlu dénué de sens politique, il n’a commis aucun crime de sang. Celui-ci a séché depuis 1939, et la réconciliation entre Franquistes et Républicains était acquise depuis longtemps quand les idéologues qui peuplent la gauche et l’extrême-gauche autour de l’extrémiste Pedro Sanchez ont poussé à une réanimation totalement folle des vieilles blessures – notamment avec le déterrement du général Franco et la profanation de la Valle de los Caïdos. Au nom d’une mémoire biaisée et instrumentalisée, l’extrême-gauche entend redéchirer l’Espagne.
L’Etat intimide l’Eglise et veut la séparation des Espagnols
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le communiqué de l’archevêque, et les « connotations » qu’en son langage craintif et ampoulé il redoute. Elles ne sont dues en aucun cas à la famille, ni à Tejero lui-même. On voit mal pourquoi une Eglise qui ouvre les cimetières chrétiens et les obsèques chrétiennes à des incroyants notoires ou des pécheurs officiellement non repentis ferme ses portes à un fidèle, sous prétexte qu’il commit voilà quarante ans une faute politique que pourrait instrumentaliser un pouvoir extrémiste et anti-chrétien ! La peur d’un trouble à l’ordre public pousse en fait à céder à celui qui le menace, c’est le persécuteur qui fait la loi.
La famille a trouvé une église pour les obsèques
La famille l’a dit sans détour : « Cette interdiction est totalement infondée, car aucune raison ecclésiale n’a été donnée pour justifier de priver un fidèle de l’accueil de l’Eglise. » La famille, à défaut de cathédrale militaire, s’est adressé à une dizaine de paroisses qui ont de même refusé, ce qui montre la soumission de l’Eglise d’Espagne à l’Etat qui brandit ses foudres, avant de trouver accueil dans l’église paroissiale Santa Barbara, l’une des plus belles de Madrid, qui abrite le tombeau du roi Ferdinand VI. Tout est bien qui finit bien, mais une question subsiste : quand les laïcistes extrémistes socialistes se résoudront-il à la séparation entre l’Etat et l’Eglise en Espagne ?











