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Theresa May remporte de justesse un vote sur le Brexit au parlement, mais au prix de quelles concessions en faveur des pro-UE ?

Theresa May vote parlement Brexit
 
La Chambre des communes du Parlement britannique devait débattre hier et aujourd’hui de 15 amendements à la loi sur le Brexit adoptés par les Lords en avril et mai. Les amendements des pairs du Royaume – non élus, et donc ne courant pas le risque de perdre leur circonscription comme cela a été souligné lors du débat d’hier aux Communes – visaient à donner au Parlement le dernier mot sur l’accord ou l’absence d’accord négocié avec l’UE et également à imposer au gouvernement de Theresa May qu’il négocie le maintien du Royaume-Uni dans l’Union douanière européenne, y compris en préservant la liberté de circulation accompagnant l’appartenance au Marché unique. Au Royaume-Uni, c’est normalement le gouvernement de Sa Majesté qui est chargé de négocier les traités, et les Lords exigent donc ni plus ni moins un changement de l’ordre constitutionnel du pays pour contrer la volonté des électeurs exprimée lors du référendum de 2016 sur le Brexit.
 

La trahison d’un ami politique

 
Le matin du vote, un secrétaire d’Etat du ministère de la Justice, Phillip Lee, créait la surprise en remettant sa démission au Premier ministre pour protester contre la manière dont sont menées les négociations. Il avait eu auparavant des échanges avec le groupe de pression anti-Brexit Best for Britain, financé par Soros dans le but d’obtenir un deuxième référendum sur la sortie de l’UE. Selon le Telegraph, quatre autres secrétaires d’Etat (« ministers » en anglais, à ne pas confondre avec un Secretary of State qui correspond à un ministre en France) auraient aussi eu des échanges avec ce lobby et pourraient également démissionner dans le but d’affaiblir la position de Theresa May. Mme May avait passé toute la journée de lundi à négocier avec les rebelles de son propre camp favorables aux amendements de la Chambre des Lords, et le leader de la rébellion, Dominic Grieve, avait justement dîné avec Phillip Lee lundi soir. Selon le Telegraph, cela a rendu Theresa May furieuse contre ce secrétaire d’Etat qu’elle considérait comme un de ses rares amis politiques.
 

Victoire de Theresa May au Parlement, mais en échange de concessions aux pro-UE

 
Malgré cette démission et la faible majorité dont dispose le gouvernement à la Chambre des communes, le premier ministre est parvenu à faire rejeter, par 324 voix contre 298, l’amendement des Lords qui aurait imposé un vote « décisif » du parlement en cas d’absence d’accord avec l’UE d’ici à la fin de l’année. En échange des voix des députés rebelles, le gouvernement a toutefois promis un vote du parlement – sans préciser quelles en seraient les implications – si le gouvernement décide de quitter la table des négociations avec l’UE ou s’il n’y a toujours pas d’accord avec l’UE d’ici au 30 novembre.
 
Pour ce qui est de l’union douanière, Mme May semble avoir obtenu lundi soir un accord avec les anti-Brexit de son parti, en vertu duquel son gouvernement devra viser non pas une « union douanière » avec l’UE mais un « accord douanier », ce qui veut dire en principe que le Royaume-Uni recouvrera sa capacité à négocier des accords commerciaux avec d’autres pays. Le vote sur cet amendement à la loi sur la sortie de l’UE était prévu pour ce mercredi.
 
Certains députés hostiles au Brexit ont toutefois signalé qu’ils tenteraient à nouveau de maintenir le Royaume-Uni dans l’Union douanière européenne lors des discussions prévues pour le mois prochain sur des projets de lois relatifs au commerce et aux douanes.
 

Theresa May affaiblie face à Bruxelles par les anti-Brexit de son propre camp au parlement et au gouvernement

 
Avec des rebelles aussi bien au parlement qu’au sein de son propre gouvernement, Theresa May se retrouve donc affaiblie face à des négociateurs bruxellois peu enclins à respecter la volonté des électeurs britanniques et à chercher un accord profitable aux deux parties. Contrairement aux commissaires européens et aux Lords, Phillip Lee aura quant à lui des comptes à rendre aux prochaines élections. Dans sa circonscription, le vote en faveur du Brexit l’avait emporté à 53,2 % contre 46,8 %. Lui-même avait certes milité en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE, mais quand il s’est présenté aux élections de 2017, son parti promettait de respecter le résultat du référendum, et non pas de négocier un accord avec l’UE en vue d’organiser un deuxième référendum.
 

Olivier Bault