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Lois européennes : un tribunal britannique affirme le droit de migrants de Calais d’entrer au Royaume-Uni

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Un migrant de la « jungle » de Calais, le 18 janvier 2016.


 
C’est au nom du droit à la vie familiale affirmé dans les lois de protection des droits de l’homme de l’Europe que le tribunal de l’immigration et du droit d’asile de Londres a décidé que quatre migrants syriens actuellement bloqués à Calais doivent être immédiatement amenés au Royaume-Uni. Le ministère de l’Intérieur britannique devrait faire appel. D’ores et déjà, la décision apparaît comme historique : si elle devait faire jurisprudence, elle bouleverserait la politique du droit d’asile du Royaume-Uni. Des critiques se sont déjà élevées pour affirmer qu’elle « court-circuite » le droit international de l’asile.
 
Les quatre Syriens en question se plaignaient des conditions « intolérables » de leur vie dans le camp de la « Jungle de Calais » et de leur désir « désespéré » de rejoindre leurs fratries vivant déjà au Royaume-Uni. En tenant compte de ce dernier point, le tribunal a imposé une interprétation large du droit à la vie familiale qui se limite normalement aux ascendants et aux descendants et ne concerne pas des jeunes hommes adultes ou grands adolescents demandant à rejoindre leur fratrie.
 

Au nom des lois européennes, un jugement condamne le Royaume-Uni à accueillir des migrants de Calais

 
Au moins l’un des quatre demandeurs a également fait valoir avec succès qu’il souffre d’un stress post-traumatique.
 
Ce sont autant de motifs qui élargissent considérablement le droit à l’asile et offrent de nombreuses possibilités aux milliers de migrants qui réclament le droit d’entrer au Royaume-Uni et refusent toute autre offre d’établissement en France ou dans un autre pays d’Europe.
 
Tout assouplissement aboutirait d’ailleurs à créer le chaos non seulement au Royaume-Uni mais aussi à Calais, en attirant de nouveaux candidats encouragés par l’espoir d’un accueil accéléré dans l’El Dorado britannique.
 
La décision s’ajoute aux difficultés que rencontre actuellement David Cameron, toujours désireux – au nom de son intérêt électoral au moins – d’échapper à tout système de quotas alors que l’Union européenne cherche à répartir les migrants dont le rythme d’arrivée, ralenti à cause de l’hiver, devrait s’accélérer dès le retour du printemps.
 

Le droit d’asile élargi par un tribunal britannique

 
Bruxelles a ainsi menacé mercredi de révoquer le droit du Royaume-Uni de reconduire les clandestins jusqu’à leur point d’entrée dans l’UE : c’est le règlement de Dublin qui a permis 12.000 déportations depuis 2003, mais qui a aussi, et c’est important, un effet dissuasif.
 
Mais comme le Royaume-Uni refuse actuellement tout système de quotas d’immigrés que l’UE souhaite mettre en place pour répondre à l’afflux qui menace d’aller croissant, Bruxelles entend mettre fin au règlement de Dublin si Londres ne plie pas. Avec les quotas, jusqu’à 90.000 nouvelles entrées annuelles de réfugiés pourraient être imposées par l’Union européenne à la Grande-Bretagne.
 
Pour l’heure, la riposte de David Cameron, exprimée par ses ministres, consiste à dire qu’il faut à tout prix que le référendum sur le Brexit – la sortie du Royaume-Uni de l’UE – se tienne en juin au plus tard, pour que le spectacle de nouvelles colonnes de demandeurs d’asile aux portes de l’Europe ne fasse définitivement pencher les électeurs du côté de la rupture. A cet égard, les autorités européennes ont intérêt à jouer le jeu au moins pour quelques mois encore.
 

Le FMI annonce l’entrée de 4 millions de migrants entre 2015 et 1017

 
Selon le Fonds monétaire international, un total de 4 millions de migrants devrait arriver en Europe entre janvier 2015 et décembre 2017.
 
Le FMI prévoit que cet afflux ira de pair avec une augmentation « modeste » du PIB en raison de l’activité liée à l’accueil des immigrés et d’une augmentation de la population active. Mais même lui reconnaît que les effets positifs – si tant est qu’il y en a ! – devraient être de courte durée :
 
« L’expérience internationale par rapport aux migrants économiques indique que les migrants ont des taux d’emploi et des salaires plus bas que les autochtones, même si ces différences s’atténuent avec le temps. L’intégration lente est le reflet de facteurs tels l’absence de compétences linguistiques et de qualifications d’emploi transférables, ainsi que les barrières à la recherche d’emploi. »
 
C’est prudemment dit, incomplet, et trop enclin à accuser au moins implicitement les pays d’accueil, mais du moins certaines vérités sont-elles reconnues.
 

Anne Dolhein