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Syrie, pays Baltes : Trump bouleverse la donne sur le front OTAN-Russie… et sur l’échiquier politique occidental

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Les lignes bougent entre l’Occident et la Russie de Vladimir Poutine, depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine. Tandis que le président-élu des Etats-Unis a promis la fin de la confrontation entre son pays et la Russie, qui se pose en grand défenseur des valeurs chrétiennes en particulier face à l’islamisme, et qu’il se joint à elle sur la question syrienne, l’inquiétude gagne ses alliés atlantiques. A Londres, Theresa May demande des assurances à son grand frère, tandis que le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, tente d’exister en proposant de démilitariser la frontière entre les pays de l’Otan et la Russie.
 
Le Daily Telegraph de Londres évoque une nouvelle et importante « fracture » entre Londres et Washington. « Des officiels britanniques reconnaissent “de très importantes difficultés” » à venir avec le président-élu au sujet de sa conception de la relation avec Moscou. Cette révélation survient après le premier entretien accord par Donald Trump depuis son élection, dans lequel il évoque sa décision de cesser d’aider les rebelles syriens et au cours duquel il remercie Vladimir Poutine de sa « belle » lettre de félicitation après son élection.
 

Trump prêt à travailler avec la Russie en Syrie

 
Donald Trump a déclaré qu’il joindrait les forces américaines aux forces russes avec pour principal objectif de vaincre l’Etat islamique. Auparavant, il avait indiqué qu’il serait « bien » que les Etats-Unis et la Russie travaillent ensemble « pour démolir l’EI ».
 
Cette conception heurte de front celle de Theresa May, qui continue d’accuser le régime du Syrien Assad de perpétrer « des violences atroces » et affirme que l’avenir de la Syrie ne peut se concevoir qu’une fois Assad renversé. Boris Johnson, son secrétaire au Foreign Office, a accusé la Russie de crimes de guerre sur des centaines de civils.
 
Ce revirement de la politique des Etats-Unis a soulevé une inquiétude considérable au ministère britannique des Affaires étrangères et Londres compte mettre à profit les trois prochains mois, qui séparent de l’entrée en fonctions de M. Trump, pour tenter de le convaincre de la nécessité de renverser Assad. A cette fin, Boris Johnson va partir aux Etats-Unis pour plaider cette cause auprès des futurs responsables républicains.
 
Mais Mme May voit s’ouvrir un autre front. A l’opposé de l’échiquier politique, le très gauchiste patron du parti travailliste, Jeremy Corbyn, tente de reprendre la main tant au sein de son camp, où il est très contesté, que face aux conservateurs au pouvoir, en proposant un arrangement susceptible de satisfaire le camp atlantique comme le camp russe.
 

Contre l’OTAN, le populiste de gauche Corbyn veut une zone démilitarisée

 
Corbyn, qui s’oppose au principe de l’Alliance atlantique qui veut que tous ses membres défendent n’importe lequel d’entre eux dès qu’il est attaqué, rejoint paradoxalement la doxa de Trump. Parlant sur la BBC, Corbyn a déclaré : « Je pense sincèrement qu’il faut lancer un processus de démilitarisation des frontières entre ce qui constitue aujourd’hui le groupe des nations de l’Otan et la Russie. Nous éloignerions ainsi les forces militaires de ces deux camps, nous les contingenterions afin de faciliter une véritable coexistence. Nous ne devons en aucun cas retomber dans la guerre froide ».
 
Cette déclaration survient alors que Londres s’apprête à déployer des troupes et des avions de combat en Europe de l’Est, en particulier en Estonie, au printemps prochain, dans le cadre d’une opération face à l’attitude de Moscou jugée « provocante » par les Occidentaux. Des intrusions russes dans les espaces aériens de pays européens ont été dénoncées récemment. Selon le Financial Times, Trump aurait refusé de garantir la protection aux pays Baltes en cas d’agression russe car ils n’honorent pas leurs engagements auprès de l’OTAN : Lituanie et Lettonie ne financent leur défense qu’à moins de 1% de leur PIB, ce qui est contraire aux traités.
 

Trump renvoie les Baltes à leurs responsabilités

 
Même si la position de Trump n’est qu’une posture pour forcer la main des Européens et en particulier des Baltes afin qu’ils augmentent leur participation à l’effort commun de défense, le principe d’une main tendue aux Russes – en reconnaissant par exemple aussi l’annexion de la Crimée – constitue une rupture franche avec la doctrine Obama-Clinton. Il réaligne les fronts autour de l’affirmation d’une identité commune, enracinée dans l’héritage chrétien. Le renfort inattendu de la gauche populiste de Corbyn laisse augurer des recompositions politiques bien au-delà de l’aire anglo-saxonne. On pense en particulier à la France et aux tensions actuelles entre socialistes et gauche mélenchoniste autour des questions d’identité populaire.
 

Matthieu Lenoir