L’image était blasphématoire en soi, il est impossible de le nier, et il est juste et bon de la dénoncer. Quand Donald Trump met sur son réseau Truth Social une illustration le dépeignant comme une sorte de Christ guérissant un malade, entouré de personnages sucrés qui prient, les mains jointes, avec en arrière-plan des aigles américains, des missiles, la statue de la Liberté et des militaires US, il est clair qu’il a dépassé les bornes. Le président américain s’en est rendu compte et il a retiré l’image, assurant qu’il n’y avait vu qu’une mise en scène de sa personne en médecin de la Croix-Rouge, mais que pour éviter toute « confusion », il préférait l’enlever d’Internet.
Si le fait a légitimement choqué, il n’est pas interdit d’y réfléchir. La réaction de Trump invite à comprendre comment il en est arrivé là, prenant le risque de scandaliser son électorat catholique et chrétien, qui est important, et choisissant une confrontation brutale vis-à-vis de Léon XIV qui, au demeurant, lui a répondu de manière ferme tout en affirmant qu’il ne visait « personne en particulier », ainsi qu’il l’a dit dans l’avion qui l’emmenait en Algérie lundi matin.
Trump revendique son pouvoir temporel
Quand le Pape rappelle le Sermon sur la montagne en pleine mosquée d’Alger, bénissant les artisans de paix, il est dans son rôle. En maintenant le silence sur le régime tyrannique iranien, il semble désigner les Etats-Unis. En saluant la lutte pour l’indépendance de l’Algérie sans dénoncer le terrorisme d’hier et l’oppression des chrétiens qui y continue et s’amplifie aujourd’hui, il fait preuve pour le moins d’une cécité sélective. Choisie, peut-être, pour tenter d’améliorer justement le quotidien des chrétiens dans cette véritable République islamique. Rappelons simplement que le chrétien a bien le droit d’interroger et de critiquer le bien-fondé de la politique temporelle de l’Eglise.
On est ici au cœur confrontation autour d’un thème vieux comme le christianisme : la distinction entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. L’Eglise s’est toujours efforcée d’humaniser la guerre ; jadis, elle en voyait cependant l’intérêt et parfois la nécessité dans des circonstances précises. Léon XIV, à cet égard, a un discours plus irénique, dont on conçoit qu’il puisse irriter un chef d’Etat confronté à des situations dangereuses. Il faut avoir à l’esprit que Trump pense dans sa guerre contre l’Iran éradiquer la puissance nucléaire d’un régime qui ne fait pas mystère de sa disposition à déclencher l’Apocalypse. Que l’on soit d’accord ou non avec lui sur sa réalité, il est clair que Trump a choisi d’agir comme si la menace de l’hiver nucléaire était bien là, et bien imminente.
Avec cela, Trump cultive l’outrance, l’agression, l’hyperbole. L’art de prendre sa cible à contre-pied est son fonds de commerce de négociateur de deals commerciaux. Nous savons, tout le monde sait qu’il ne s’en départira pas. Et que l’homme manque de goût, de distinction, de mesure, de discrétion, il estime d’ailleurs que cela lui a réussi, à en juger par la manière dont il cultive ces défauts.
L’affreuse image « christique » fabriquée par l’IA
On pourrait résumer le sens de l’abominable image mise en ligne par Trump comme une manière de dire qu’il cherche à guérir certaind foyers d’infection qui mettent en danger le monde, alors que d’autres refusent de les confronter avec la manière forte. Comme le dit un proverbe néerlandais, « qui ménage trop ses patients fait puer leurs plaies »…
Mais tout cela aurait pu se faire de manière moins insultante et orgueilleuse sans l’IA. Trump – ou quelqu’un de son cabinet – s’en est remis à l’intelligence artificielle pour fabriquer l’image de la discorde. Tout y est : le côté kitsch propre à ces réalisations artificielles, les couleurs inquiétantes, les orangés d’incendie, l’atmosphère de fin du monde, le côté art soviétique ou fasciste.
On retrouve la même palette, la même esthétique pourrie et hyperbolique sur bien des sites qui confient à l’intelligence artificielle la réalisation de leurs illustrations, depuis les sites douguiniens russes à ceux de médias néo-droitistes en France.
Ne pas laisser les rênes à l’IA
En tout cas c’est l’IA qui a fait pour Trump une image aux allures christiques… en allant au-delà de ce qui lui était demandé ? L’une des leçons de cette histoire, c’est bien qu’il ne faut pas laisser les rênes à l’intelligence artificielle, elle qui se révèle si souvent au service du mensonge et de la mort. Et ici, c’est un outrage direct contre le seul Rédempteur qui a été diffusé dans le monde, par l’homme le plus puissant du monde sur le plan temporel.
Trump a fait une sorte de mea culpa, sans aller, certes, jusqu’à l’amende honorable. Prenons-en acte, sans tomber à notre tour dans l’outrance à travers une disqualification définitive. L’histoire a montré que de très mauvais sujets pouvaient concourir à une cause bonne…
Et n’oublions pas que d’autres outrances ne provoquent pas la même indignation. Quand la Russie justifie sa guerre en Ukraine au nom de Dieu, et que son patriarche l’y pousse au nom de la foi orthodoxe, on n’entend pas ceux qui critiquent les motivations qu’ils disent religieuses d’un Trump dénoncer celles ouvertement invoquées par Poutine et les siens. C’est la force d’une certaine propagande.











