Brexit : Carney, patron de la Bank of England, veut reculer l’échéance

Brexit Carney patron Bank England reculer échéance

Mark Carney


 
Mark Carney, président de la Bank of England, la banque centrale britannique, tente de tenir la dragée haute à l’Union européenne… comme au gouvernement britannique en exigeant un très long délai pour sortir du marché unique. Ancien patron de la banque centrale du Canada, président du Conseil de stabilité financière du G20 et vice-président du Conseil européen des risques systémiques (ESRB), Mark Carney est considéré comme l’une des personnalités les plus influentes dans le monde globalisé de la finance. Londres abritant entre les deux tiers et les trois quarts des sièges des entreprises européennes opérant sur les marchés financiers, sa parole est de poids, nonobstant les appels du pied de Paris ou, plus sérieusement, de Francfort, aux géants de la finance.
 

Une échéance reculée à 2021, calcule Carney

 
Le président de la Banque of England a rodé son argumentaire devant les banquiers britanniques. Il compte exiger de la Commission européenne et des dirigeants des organismes financiers de l’UE qu’ils acceptent un accord de transition, dans leur intérêt autant que dans celui du Royaume-Uni, selon lui. L’Europe doit faire face aux difficultés de ses banques en Allemagne et surtout en Italie où huit d’entre elles menacent faillite. Carney plaidera donc pour que les accords actuels soient prolongés au-delà de la conclusion des négociations de sortie. Cela maintiendrait Londres dans le marché unique des biens et service jusqu’à 2021 environ.
 
Ces dernières prises de position de Carney ont créé une nette tension avec Downing Street, au point que la Bank of England a dû démentir que son président, qui a répété ce mois-ci aux parlementaires qu’une période de transition était « vitale pour tous », travaille sur un « plan secret ». Carney contourne l’obstacle en insistant sur les risques pris par l’Union européenne elle-même. Il a ainsi suggéré que l’échec d’un maintien temporaire des accords affaiblirait une UE qui tente en ce moment, non sans mal, de relancer un secteur bancaire singulièrement affaibli.
 

Transition n’est pas renoncement, affirme le patron de la Bank of England

 
L’Association des banquiers britanniques a déjà écrit au chancelier de l’Echiquier Philip Hammond pour lui demander que les conditions de la sortie incluent « un accord sur des conditions transitionnelles et une confirmation de ces conditions aussi rapidement que possible ».
 
Mark Carney a affirmé devant les parlementaires que les modifications réglementaires, telles que les normes de Bâle sur les banques ou la réforme Vickers du système britannique, demanderaient plusieurs années pour être intégrées. Mais il a aussi assuré qu’une transition ne signifierait pas rester intégré au bloc européen pour une longue période : « En aucune manière je n’envisage de rester dans l’Union européenne », a-t-il martelé.
 

Gove dénonce ceux qui veulent « éviter le Brexit »

 
Cela n’a pas suffi à Michael Gove, élu conservateur pro-Brexit à la Chambre des Communes, qui a jugé que même s’il reste « ouvert à l’hypothèse d’un accord de transition », il n’est « pas convaincu » qu’il soit nécessaire de le prolonger après la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne. « Mon inquiétude est que certains n’arrivent pas à intégrer le fait que le peuple a voté pour quitter l’UE, et qu’il veuillent un accord de transition revenant quasiment à éviter le Brexit », a dit celui qui brigua l’été dernier la présidence du parti conservateur.
 
Plusieurs sources au G20 ont confié qu’à Bruxelles les dirigeants comprennent que toute réorganisation du secteur financier européen est aussi importante pour la City que… pour le reste de l’Union européenne.
 

Hard ou soft Brexit

 
Au final, ce débat recouvre celui qui s’est ouvert outre-Manche entre « hard » et « soft » Brexit. Le premier signifierait que le Royaume-Uni recouvrerait sa capacité à passer des accords de commerce indépendants, perdrait l’accès au marché unique, contrôlerait entièrement son immigration, appliquerait ses propres lois sur son territoire et en reviendrait aux règles de l’Organisation mondiale du commerce. Un « soft » Brexit reviendrait au contraire à conserver des accords avec l’UE proches de ceux existants, à éviter le contrôle des exportations britanniques vers le continent, à maintenir les quatre libertés de mouvement des biens, services, capitaux et personnes, et à continuer de permettre aux Britanniques de s’installer ailleurs en Europe dans le cadre de l’appartenance à l’Espace économique européen.
 

Matthieu Lenoir