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La Chine avoue : son endettement constitue un risque majeur

Chine avoue endettement risque majeur
 
On avait l’habitude des éditoriaux fanfarons dans la presse officielle chinoise : tout allait toujours pour le mieux en Chine, notamment sur le plan économique et financier, et les problèmes d’endettement étaient volontiers étouffés. Mais voici que la version anglophone du Quotidien du peuple contrôlé par le pouvoir central communiste affirme que l’endettement du pays constitue désormais un risque majeur. Si on ne prend pas le problème à bras-le-corps, écrit Li Xunlei, le réveil sera d’autant plus douloureux.
 
Aveu bien étonnant. La tribune publiée avec l’approbation des autorités communistes propose de regarder les exemples du Japon et des Etats-Unis pour voir qui a le mieux géré, selon son auteur, le problème du désendettement, à travers notamment une surveillance étatique accrue. Cela ne manque pas de sel dans un pays où ce sont précisément la banque centrale mais aussi le pouvoir communiste central, parfaitement accordés, qui ont surveillé, imposé, utilisé l’endettement massif comme politique économique.
 

L’endettement est un risque majeur, selon Li Xunlei du “Global Times”

 
A propos du Japon, Li Xunlei, économiste en chef de Zhongtai Securities, souligne que le pays du Soleil levant ne s’est pas encore remis de sa bulle financière d’il y a 20 ans et que le désendettement recherché au cours de la même période « à travers un processus tortueux » n’a pas abouti au rebond économique espéré.
 
« Par comparaison, après la crise des subprimes en 2008 qui a contraint les Etats-Unis à un atterrissage économique douloureux, le gouvernement américain a aidé les entreprises et les foyers à se désendetter en prenant la dette à son compte, et il n’a fallu que sept ans à l’économie américaine pour retrouver le chemin d’une forte relance. Selon les indicateurs économiques actuels, le désendettement a été réussi, et le pays profite aujourd’hui d’un taux de chômage bas, une inflation stable et d’une croissance économique relativement rapide », affirme l’économiste.
 
Il ne tient pas compte, évidemment, des problèmes sous-jacents et des analyses qui ont montré le côté factice de nombres des statistiques actuelles aux Etats-Unis. Ni du fait que la dette publique américaine ne cesse d’augmenter…
 

La Chine avoue des difficultés qui compromettent l’avenir

 
Quoiqu’il en soit, toutes ces considérations servent à prôner un désendettement rapide en Chine. La dette des entreprises non financières a grimpé de manière rapide ces dernières années, reconnaît l’éditorialiste : elle représente 162,8 % du PIB en 2015, contre 106,5 % en 2006, ce qui met la Chine en danger de se retrouver dans la même position que le Japon. C’est un des taux les plus élevés au monde.
 
Le mouvement de désendettement rencontrera forcément la résistance de ceux qui profitent de la bulle boursière actuelle, prévient Li Xunlei : ils ne veulent pas voir la valeur de leurs actifs diminuée. Sans pouvoir adopter l’approche américaine de « nettoyage » rapide du marché, la Chine devrait tout au moins empêcher le creusement de la dette, affirme-t-il.
 
Il arrive d’ailleurs à une conclusion amusante : la Chine devrait savoir doser l’endettement et désendettement, les différents ministères devant pouvoir emprunter davantage tandis que les entreprises financières ou non devraient être contraintes à se désendetter, l’endettement des foyers se maintenant à un niveau stable. Il tire argument de la relative modestie affichée de l’endettement public, qui se trouve encore aux alentours de 41 % en attendant d’atteindre les 50 % en 2020, selon les prévisions. Il est vrai que la Chine, pays communiste, n’assume pas les faramineuses dépenses sociales prises à leur compte par de nombreux pays développés.
 
Mais il semble que la Chine commence à paniquer en raison du vieillissement de sa population. La charge des générations quittant le monde du travail, lui-même gravement affecté par le manque de jeunes nouveaux travailleurs, laisse prévoir des dépenses publiques en forte augmentation.
 
Le dirigisme est tout sauf mort en Chine. C’est lui qui a poussé les entreprises, financières ou non, à emprunter, et c’est lui qui a créé les conditions d’un effondrement démographique. Ce qui est nouveau, c’est la franchise avec laquelle on en parle. Mais il ne faut pas s’y tromper : la presse chinoise n’en dit jamais plus que les autorités ne le désirent…
 

Anne Dolhein