Industrie manufacturière : la Chine se moque des Etats-Unis

Industrie manufacturière Chine moque Etats Unis

(Les Temps modernes)


 
Comment les Chinois voient-ils les Américains ? Comme des jouisseurs et des paresseux… Dans un article au vitriol publié par le quotidien anglophone sous contrôle du parti communisteGlobal Times, un professeur du l’Institut des études financières de Chongyang de l’université Renmin explique que les Etats-Unis ne peuvent espérer récupérer sur la Chine des emplois dans l’industrie manufacturière, parce que leurs habitants n’ont aucune habitude ni envie du travail.
 
On se focalise trop sur les impôts, les investissements et le prix du travail, assure Ding Gang. Mais pour relancer l’industrie, il faut des travailleurs « industrieux, disciplinés et persévérants ». (Mais aussi mal payés…)
 

La Chine, insolente, déclare les Etats-Unis incapables de relancer leur industrie

 
« N’importe quel Chinois qui aurait passé du temps dans une ville ou dans une communauté américaine ne serait-ce qu’un jour ou deux, remarquerait que l’idée de revigorer l’industrie manufacturière américaine est un rêve impossible », affirme le professeur. « Le peuple chinois a plus de trois décennies d’expérience de première main dans la production industrielle. Les Américains qui font leurs courses dans les centres commerciaux, qui flânent dans les rues ou profitent de la vie dans les parcs n’ont rien de commun avec les dizaines de milliers de travailleurs migrants chinois qui se massent dans les villes côtières du pays. Il est peu probable que les Américains, en particulier les générations de moins de 40 ans, puissent travailler sur des chaînes d’assemblage comme le font leurs pairs en Chine, au Vietnam ou au Cambodge. »
 
Comme généralisation hâtive, cela se pose là. Le professeur observe que, au bout de vingt ans de désindustrialisation, il y a peu de chances que les États-Unis trouvent des Américains prêts à travailler et suffisamment qualifiés pour travailler dans la production. « En réalité, la relance de la manufacture va à l’encontre des normes de développement, en un sens, puisqu’elle suppose que des travailleurs acceptent de longues journées de travail et que les employés de bureau reprennent le travail physique », avertit le chercheur.
 

La Chine se moque Etats-Unis, à la population trop paresseuse pour faire fonctionner une industrie manufacturière

 
Et de raconter que les seuls emplois manufacturiers subsistant aux États-Unis sont ceux qui sont totalement automatisés, et qu’ils sont en outre condamnés à court terme puisque des pays comme la Chine ont rattrapé leur retard technologique et forme des ouvriers, modestement payés, capables de faire fonctionner ces machines. Ding Gang compare les prix de production et surtout à la vente et explique que les Américains ne seront pas longtemps disposés à payer six fois plus pour un objet « made in USA ». « Les Américains peuvent acheter des produits fabriqués aux Etats-Unis pour soutenir la manufacture domestique, mais leur passion ne pourra guère durer », d’autant que la Chine saura bien faire baisser les prix encore en choisissant des pays à bas coûts salariaux, « comme le Vietnam, le Myanmar et le Cambodge ». Pourquoi ces pays-là ? « Parce que les jeunes y sont toujours prêts à travailler dans l’industrie manufacturière. Cela s’applique à beaucoup d’autres pays en voie de développement. Prenez l’exemple du Brésil, où j’ai travaillé. Au Brésil, il est difficile de trouver beaucoup de travailleurs désireux ou capables de travailler dans l’industrie manufacturière, même contre des salaires plus élevés. »
 
Bref, la Chine se vante de fonctionner toujours et d’écraser ses concurrents en utilisant l’homme comme une variable d’ajustement, tout en semant le mépris de l’Occident chez ses propres citoyens.
 
Ne jamais oublier que les emplois industriels dans nos pays développés ont précisément été détruits par l’exploitation de cette main-d’œuvre à bon marché, qui produit des biens tout aussi bon marché et bien souvent de piètre qualité. Confrontée à la raréfaction de sa population active, qui perdra plus de 18 millions de personnes dans les quelques décennies à venir, la Chine entend bien maintenir son avantage – à travers une nouvelle sorte d’exploitation coloniale.
 

Anne Dolhein