Le paganisme et la sorcellerie « Wicca » en pleine expansion sur les campus universitaires aux Etats-Unis

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Le pentacle, un des principaux symboles des wiccans


 
Les « Millenials » américains – ces jeunes de moins de 30 ans qui ont grandi avec l’informatique – s’affirment de moins en moins chrétiens, mais le vide laissé par le rejet de leur religion traditionnelle a ouvert l’espace à des pratiques pour l’instant minoritaires, mais en pleine expansion. Paganisme et sorcellerie – on l’appelle Wicca aux Etats-Unis – sont en voie de normalisation sur les campus universitaires américains. C’est l’ironie contemporaine ; on rejette la religion chrétienne des pères, ce christianisme qui à divers degrés a façonné l’Amérique, pour reprendre des superstitions vieilles et enterrées depuis des siècles ou des millénaires.
 
Plus de la moitié des jeunes adultes américains croient que l’astrologie est une science, contre 8 % des Chinois, selon un sondage Market Watch. Même si ce résultat consternant vient probablement du fait que l’ignorance si largement répandue fait confondre astronomie et astrologie, ce n’est pas bon signe. L’industrie des « services paranormaux » connaît quant à elle une réelle expansion. De la cartomancie à chiromancie, les diseurs de bonne aventure, médiums et autre liseurs d’aura ont vu leur chiffre d’affaires global progresser de 2 % entre 2011 et 2016 : il atteint désormais quelque 2 milliards de dollars par an aux Etats-Unis.
 

On ne s’intéresse plus à la vérité sur les campus universitaires des Etats-Unis

 
Sur les campus, selon The College Fix, les groupes païens ou Wicca se multiplient, que les universités soient confessionnelles ou non. Leur installation correspond à une baisse rapide du pourcentage des adultes s’identifiant comme chrétiens ; ceux-ci sont passés de 78,4 % en 2007 à 70,6 % en 2014 selon le Pew Research Center qui observe également la hausse des « sans religion » de 18 à 25 % aux Etats-Unis.
 
Quel peut donc être l’attrait du paganisme dans ce contexte ? Pour le vice-président de l’union étudiante païenne de l’université de Baltimore, il réside dans « la liberté quasi totale » qu’il trouve dans une religion sans dogmes, sans texte sacré unique, sans culte organisé et obligatoire, sans le concept du péché originel ni la « pression » pour devenir des gens parfaits. « Le paganisme est exactement ce que l’on veut qu’il soit », se réjouit-il.
 
Pas d’interdit, pas de « non », pas de limite : le paganisme permet de faire les choses « comme on les sent » en se fiant à ses émotions et ses désirs. A cette aune, son succès est parfaitement logique à cette époque d’hédonisme généralisé. Il a été bien préparé par l’effondrement des exigences éducatives et par la déstructuration de l’instruction.
 

Paganisme, sorcellerie, Wicca : ce à quoi tend le relativisme moral qui recherche quand même une forme de spiritualité

 
Pour Selwyn Duke de The New American, le paganisme est par excellence la religion du relativisme moral qui se traduit en « nihilisme moral ». Car si la moralité change selon les époques, les lieux et les personnes, il ne peut y avoir de vérité absolue, de vérité qui s’impose à l’homme et implique l’existence de Dieu. « Ce que l’on comprend rarement c’est que le relativisme moral, si on veut bien le traduire logiquement, affirme qu’il n’y a ni bien ni mal », note le chroniqueur. Le rejet du meurtre relève dès lors d’un consensus, comme celui des 90 % de la population qui aiment mieux le chocolat que la vanille : si les commandements moraux relèvent de l’accord de la majorité, ils finissent par devenir affaire de goût et faute de fondement solide, peuvent être écartés. Si bien qu’en 2002, le sondeur Barna Group a pu constater que seuls 6 % des jeunes de 13 à 19 ans étaient d’accord pour dire qu’il y a « une norme absolue du bien et du mal ». « Les choses ne se sont pas améliorées depuis », constate, amer, Selwyn Duke.
 
S’il n’y a pas plus de vérité, il n’y a plus de raison non plus de la rechercher. Et on peut se contenter de ce qui plaît ou de ce qui rapporte. Sorcellerie et paganisme offrent la liberté de faire ce que l’on veut, voire d’obtenir ce qui est possible, avec un joli vernis de « spiritualité » – ce besoin profond de l’homme, malgré tout.
 
Mais le tout est de savoir quel esprit on idolâtre.
 

Anne Dolhein