Pirater le cerveau : les logiciels malveillants sont-ils pour bientôt ?

Pirater cerveau bientôt logiciel malveillant
 
Le scénario paraît décidément trop futuriste : des pirates informatiques pourraient récupérer des informations directement dans le cerveau grâce à ses signaux électriques. Que ce soient vos goûts et vos dégoûts, vos préférences politiques, des informations sur votre sexualité ou même votre code PIN bancaire, vos pensées les plus intimes pourraient être un jour à la portée de logiciels malveillants. Une étude menée par des chercheurs de l’université de Washington à Seattle aboutit à cette conclusion inquiétante : pirater le cerveau, cela pourrait bien être pour bientôt.
 
L’apparition des interfaces cerveau-ordinateur, contrôlées au moyen de signaux récoltés par exemple par un électroencéphalogramme, laisse croire que les procédures pourraient bénéficier de simplifications qui les rendront bien plus accessibles. Les moyens actuellement assez lourds sont déjà utilisés dans le cadre médical. Ou encore, très marginalement, pour certains jeux, certes extrêmement simples, où les ondes cérébrales peuvent être prises en compte.
 

Un logiciel malveillant pour connaître vos préférences politiques ou sexuelles ?

 
Mais la tendance lourde annonce bien une « démocratisation » des procédés, de telle sorte que les chercheurs de l’université de Washington estiment urgent de mettre en place un cadre imposant le respect de la vie privée et de la sécurité afin d’éviter que nos signaux cérébraux ne soient exploités à notre détriment avant même que la technique ne décolle vraiment.
 
Pour Howard Chizeck, ingénieur électronique, il y a péril en la demeure. Ses principales recherches au laboratoire de biorobotique de l’université de Washington portent sur des tentatives de piratage de robots chirurgicaux manipulés à distance. Avec une collègue ingénieur, Tamara Bonacci, il travaille également sur l’utilisation d’une interface cerveau-ordinateur (brain-computer interface ou BCI) rattachée à un système de messages subliminaux intégrés dans un jeu vidéo, afin de l’utiliser pour extraire des informations intimes sur le participant.
 

Pirater le cerveau : la technique existe, rudimentaire

 
La journaliste Victoria Turk s’est prêtée au jeu dans le laboratoire des scientifiques. Elle a mis un casque BCI comportant de multiples électrodes avant de jouer à un jeu vidéo simple. Au cours du jeu, les logos de plusieurs banques américaines ont défilé sur l’écran de l’espace de quelques millisecondes. La perception de ces images subliminales provoquerait une réponse involontaire du cerveau, ce qui pourrait permettre aux pirates d’obtenir des informations sur les marques préférées du joueur : dans ce cas précis, de connaître sa banque.
 
Si la préférence pour telle ou telle marque reste de l’ordre de l’anodin, on peut imaginer une utilisation d’images plus sensibles : des photos d’hommes politiques, des symboles religieux, des images sexuellement explicites. L’enregistrement des réactions spontanées du joueur serait théoriquement à même de fournir des informations très privées. Et susceptibles d’être exploitées, que ce soit pour manipuler, faire chanter ou divulguer des informations que l’individu préférerait garder pour lui.
 
Tout cela est rendu possible par le fait que les BCI utilisées aujourd’hui, en vue d’applications qui ont besoin de quelques informations cérébrales seulement, relèvent en réalité l’ensemble des signaux cérébraux. Ces informations peuvent intéresser des pirates, mais également des services de renseignement ou ceux de l’ordre public, en tant que détecteur d’émotions ou de mensonges extrêmement sophistiqué.
 

Bientôt des garde-fous juridiques contre le piratage du cerveau ?

 
Pour l’heure, la lecture des informations reste très rudimentaire. Il n’est pas possible de « lire » les pensées. Ce sont des préférences ou des réponses émotionnelles qui peuvent être enregistrés : la neuroscience a permis de constater que face à un stimulus, le signal de l’électroencéphalogramme va présenter un pic positif dans les 300 millisecondes. Reste à savoir si la réaction émotionnelle est positive ou négative : pour y parvenir, tout dépend du nombre et du contenu des stimuli proposés. En somme, il ne reste plus qu’à parfaire l’analyse des données obtenues…
 
Pour Chizek et Bonacci, la technique pourrait s’imposer assez rapidement, avec des applications innombrables : ils imaginent déjà des écrans publicitaires taillés sur mesure pour répondre à vos envies du moment, des films – y compris pornographiques – dont le scénario évoluent en fonction de la réponse du spectateur aux images. Et ce à l’insu de l’utilisateur.
 
Suffira-t-il, comme le suggèrent les deux ingénieurs, de mettre en place des garde-fous légaux et des « anonymiseurs » de BCI ?
 

Anne Dolhein