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Assad accusé d’attaque au gaz à Douma : Trump entre l’hostilité russe et l’agressivité de l’establishment américain

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Les accusations de frappe chimique par le régime syrien de Bachar el-Assad à Douma près de Damas le 7 avril sont une nouvelle pièce dans le jeu d’échecs mondial autour des aires d’influence au Moyen-Orient, mais aussi dans l’affrontement entre globalistes et nationaux aux Etats-Unis. Le ministre russe Serguei Lavrov a dénoncé ce vendredi une frappe au gaz « mise en scène » par un « Etat russophobe », affirmant disposer « de preuves irréfutables ». Tout en envoyant un message sur Twitter enjoignant à la Russie de « se tenir prête » à des frappes de missiles américains sur la Syrie suite à ces accusations, le président Donald Trump a ensuite fait savoir que le calendrier de l’intervention restait en suspens. « Je n’ai jamais dit à quel moment aurait lieu l’attaque sur la Syrie », a-t-il écrit jeudi, ajoutant : « Ca pourrait être rapidement ou pas rapidement du tout ! ».
 
Une tactique de négociation typique du président américain, à l’intention des Russes alliés de Bachar el-Assad mais aussi de l’establishment américain qui depuis des années entend renverser le président syrien. Comme pour anticiper une absence d’intervention, Donald Trump a indiqué qu’il revendiquait déjà le crédit d’avoir éliminé la tyrannie de l’Etat islamique du Moyen-Orient : « Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis, sous mon gouvernement, ont réalisé un énorme travail en débarrassant la région de l’EI. »
 

Trump qualifie Assad « d’animal tueur aux gaz »… puis regrette que le monde exige une intervention américaine

 
Le président américain avait prévenu mercredi la Russie qu’il frapperait la Syrie avec de « beaux et intelligents missiles » malgré la menace de réplique venue de Moscou. « Vous ne devriez pas soutenir un animal tueur aux gaz, qui assassine des gens et s’en félicite », avait-il écrit. Mais, jeudi, le même Donald Trump soulignait son inquiétude de voir « le monde » compter sur les seuls Etats-Unis pour répliquer à l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. « C’est dommage que le monde nous place dans une telle position », a-t-il confié après une réunion avec des élus du Congrès à la Maison Blanche, tout en soulignant que son gouvernement continuait d’examiner « sérieusement » une intervention. « Nous verrons ce qui se passe, les gars, nous verrons », a ajouté Donald Trump.
 
Une éventuelle nouvelle intervention américaine contredirait la volonté affichée par Donald Trump de retirer le reste de ses troupes du bourbier syrien. Elle pourrait créer un engrenage explosif entre les différentes parties (Russie-Iran-Syrie, Turquie, Etats-Unis-Israël-sunnites) sur des faits qui restent contestés. Mais aux Etats-Unis mêmes, elle est un enjeu politique explosif. Tucker Carlson, commentateur en vue de la chaîne conservatrice Fox News, a attaqué frontalement le prêt-à-guerroyer affiché chez les élus des deux grands partis, qui prend prétexte aujourd’hui de cette supposée attaque chimique. Il a été taxé « d’extrémisme de droite », voire de porte-parole des Russes, par les journalistes de la médiacrature. Pourtant, Tucker Carlson ne fait que rapporter l’angoisse de nombreux Américains face à une guerre que leurs fils paieraient de leur sang. « Aujourd’hui, les chefs des deux partis du Congrès, les médias, nos services de renseignements et quasiment tous les cercles de réflexion archi-subventionnés se sont tout d’un coup alignés sur un leitmotiv : l’Amérique doit faire la guerre en Syrie, immédiatement, et renverser Bachar el-Assad », dénonce-t-il.
 

Gauche et droite préfèrent envoyer des soldats en Syrie plutôt que sécuriser la frontière avec le Mexique

 
De fait, avant même qu’on sache quoi que ce soit sur l’attaque imputée au régime syrien, l’Etat profond américain exigeait d’une seule voix le renversement d’Assad. Pourtant, une série d’experts, de commentateurs, d’ambassadeurs, de gouvernements étrangers et même les inspecteurs des Nations unies pour l’armement n’excluaient pas la possibilité d’une opération de diversion de la part de l’Etat islamique pour accabler le président syrien. Tucker Carlson relève par ailleurs que le militant d’extrême gauche Howard Dean comme le néoconservateur globaliste Lindsey Graham, généralement en opposition sur à peu près tout, demandaient tous les deux une guerre en Syrie. « La rédaction de politique étrangère de MSNBC explique qu’il est plus important que les troupes américaines interviennent en Syrie plutôt que de sécuriser notre frontière avec le Mexique », dénonce encore Tucker Carlson, visant cette chaîne ouvertement gauchiste. « L’unanimité des deux partis est généralement le premier signe que quelque chose de très imprudent va arriver, ne serait-ce que parce que personne ne pose plus de question qui dérange », ajoute-t-il.
 

A propos de l’attaque de Douma, Tucker Carlson demande : « A qui profite le crime ? » Certainement pas à Assad

 
Tucker Carlson pose une question-clé : à qui profite le crime ? Or à l’évidence, c’est Assad qui a le plus à perdre dans cette attaque au gaz. Carlson analyse : « Les troupes loyalistes syriennes ont gagné la guerre. L’administration américaine vient d’annoncer son plan de retrait de ses troupes après leur victoire sur l’Etat islamique. C’étaient de bonnes nouvelles pour Assad et le seul moyen de le faire reculer et de l’attaquer était précisément de l’accuser d’avoir envoyé des gaz sur des enfants ». Carlson ne prête pas au président syrien de qualités morales, et n’exclut même pas qu’il puisse utiliser des gaz. Mais même s’il en était ainsi, conclut-il, faudrait-il même que les Etats-Unis partent en guerre ? Le renversement du régime syrien « mènerait au chaos » et « au génocide des dernières communautés chrétiennes ».
 
Une pétition, signée cette semaine par plus de trois mille personnes parmi lesquelles l’évêque Athanasius Schneider, du Kazakhstan, exige « l’arrêt de l’extension du conflit syrien ». « Trump affirme que le président Assad est responsable de l’attaque aux gaz, même s’il n’existe pas de preuve flagrante qu’il en soit ainsi », dénonce le texte. A la lecture des dernières paroles de Trump, qui temporise après avoir menacé, on peut penser que le président américain se pose maintenant la question.
 

Matthieu Lenoir