Démographie en France : 2025, le nombre de morts dépasse celui des naissances

2025 morts dépasse naissances
 

C’est une première à l’époque contemporaine depuis les parenthèses des deux guerres mondiales : le nombre de morts a dépassé en France celui des naissances en 2025, avec un déficit de 6.000 naissances. Tout aussi spectaculaire est la baisse de l’indicateur conjoncturel de fécondité : il avait déjà chuté de 1,61 enfant par femme en âge de procréer l’année précédente ; il s’établit à 1,56 en 2025. Cela signifie, compte tenu qu’il faut 2,1 enfants par femme dans les pays développés pour assurer le remplacement de génération, qu’il naît actuellement en France moins de 3 enfants pour remplacer 4 personnes de la génération précédente.

Le lent suicide s’accentue et vient de passer un cap ; et on sait que la tendance qui s’installe est très, très difficile à inverser. Le nombre de femmes susceptibles de donner la vie dans les décennies à venir diminuera fatalement, et le poids relatif des personnes âgées va devenir plus lourd. Or cela coûte plus cher de les entretenir que de subvenir aux besoins des jeunes.

Et comme l’annonce l’INSEE : « Au 1er janvier 2026, la population en France est estimée à 69,1 millions d’habitants, soit 0,25 % de plus qu’un an auparavant. 22 % de la population a au moins 65 ans, soit presque la même proportion que celle des moins de 20 ans » (la petite hausse étant due à l’augmentation de l’espérance de vie).

 

La démographie française sombre dans l’hiver

La difficulté à inverser la tendance se comprend aussi à travers le fait que la dénatalité est aussi le symptôme d’une catastrophe morale : celui d’un peuple qui n’a ni la volonté, ni le courage, ni le désir de se perpétuer. Un peuple qui n’accepte plus de procréer parce que cela exige des sacrifices, l’acceptation de limites à sa liberté, à son bien-être. C’est le signe que l’hédonisme l’a emporté dans la culture d’un pays. (L’augmentation du nombre d’avortements, en est aussi un tragique signal : 220.000 IVG en 2020, plus de 250.000 en 2024, selon les derniers chiffres de la DREES publiés en septembre 2025…)

Plus fondamentalement, cette baisse de la natalité – globalement continue en France depuis 2010 – marque sur le plan spirituel, moral et humain une perte de direction, du sens de la vie. Si l’on ne croit plus en rien, si l’athéisme pratique a pris le dessus, si les enfants qu’on met au monde n’ont plus d’autre destinée que la tombe et que les hommes n’entendent plus l’appel à donner la vie prononcé dès l’Eden, à quoi sert de donner la vie sinon pour flatter son égoïsme ? Mais sans aller jusqu’à multiplier les ennuis liés à la grossesse, à la petite enfance, aux soucis de l’éducation, à la perte de moyens financiers…

Un témoignage recueilli par France Inter en donne candidement l’exemple : celui d’un couple à Pantin qui s’en tient délibérément à un enfant (celui-ci a aujourd’hui 6 ans) alors que les deux parents travaillent, beaucoup… La mère, qui a eu Joachin à 39 ans, explique : « Moi j’adore être mère, j’adore la maternité, mais j’adore mon travail, j’adore mon couple, j’adore moi-même. Je trouve qu’avoir un seul enfant, c’est un bon équilibre où je peux être une mère présente, je peux sortir avec mes amis, je peux voyager toute seule… »

 

Quand les morts dépassent les naissances, une nation se suicide

S’adorer soi-même n’est pas précisément une recette de bonheur durable. Mais au-delà, il faut bien reconnaître qu’il est aujourd’hui difficile pour une famille de vivre avec un seul salaire ; l’égoïsme ou la perte de sens n’explique pas tout.

Car oui, on sait qu’en France, le taux de pauvreté des familles de trois enfants ou plus est plus de deux fois plus important, que celui des familles avec un ou deux enfants, et le niveau de vie général baisse en moyenne au fur et à mesure que la famille s’agrandit.

Le problème matériel le plus grave depuis le covid, date à laquelle la natalité a dégringolé encore plus vite, est celui du logement. Cette crise, on le sait, rend de plus en plus difficile aux jeunes la possibilité de prendre leur indépendance par rapport à leur famille ; accéder à un logement décent, dans un quartier à peu près sûr et susceptible d’accueillir un ou plusieurs enfants dans les grandes villes de plus en plus chères où se concentrent les emplois, devient quasi impossible à ceux qui n’ont pas des salaires dépassant sérieusement les revenus médians. Cette crise est notamment liée aux réglementations : diagnostic de performance énergétique qui rétrécit les parcs locatifs, principe de zéro artificialisation nette des sols au titre de la « lutte contre le réchauffement », cherté des matières premières pour la construction ou les travaux.

« On ne se reproduit pas en cage », titre un article du Figaro dont il ressort que les témoignages de 30.000 Français ayant témoigné auprès de la mission parlementaire sur la dénatalité signalent presque unanimement que la décision de ne pas avoir « un deuxième enfant ou un enfant de plus », voire de ne pas en avoir du tout est liée à la difficulté à se loger. Et ne résulte pas d’un « manque d’envie ».

 

Les Français voudraient avoir plus d’enfants

Deux tendances se dessinent en effet : d’une part, le refus de procréer égoïste, ou dicté par l’éco-anxiété (qui est un facteur entretenu par la propagande publique), ou par la peur (les sujets ne manquent pas) ; de l’autre, une envie d’avoir un enfant de plus, contrariée par les difficultés matérielles et tout particulièrement celle du logement. Qu’on se souvienne du rapport de la Chaire transitions démographiques, transitions économiques (TDTE) du Réseau Louis Bachelier sur l’impact de la dénatalité en France, qui constatait en 2024 que les Français désirent 2,4 enfants en moyenne.

Reprenons pour finir les chiffres de l’INSEE publiés mardi :

 

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Au 1er janvier 2026, la population en France est estimée à 69,1 millions d’habitants, soit 0,25 % de plus qu’un an auparavant. 22 % de la population a au moins 65 ans, soit presque la même proportion que celle des moins de 20 ans.

En 2025, 645.000 bébés sont nés en France. C’est 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010, année du dernier point haut des naissances. L’indicateur conjoncturel de fécondité poursuit sa baisse : après 1,61 en 2024, il s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025 ; c’est le niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

En 2025, 651.000 personnes sont décédées en France, soit une hausse de 1,5 % par rapport à 2024. Cette augmentation est notamment liée à l’épidémie de grippe hivernale, qui a été particulièrement meurtrière en début d’année. L’espérance de vie à la naissance augmente toutefois : elle s’établit à 85,9 ans pour les femmes et à 80,3 ans pour les hommes.

Ainsi, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel en France est négatif en 2025 : il s’établit à ‑6.000.

Avec 251.000 célébrations, le nombre de mariages augmente de nouveau en 2025. Par ailleurs, le nombre de pacs conclus en 2024 est quasi stable par rapport à 2023, à 197.000.

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La remontée du nombre de mariages (+ 1,4 % en 2025 par rapport à l’année précédente), reste un timide signe d’espoir. L’existence d’un cadre familial stable est l’un des facteurs les plus importants quant au nombre d’enfants qui verront le jour. Mariages fidèles, familles nombreuses sont souvent l’apanage d’une génération de jeunes catholiques qui, eux, savent que la vie a un sens. Leur nombre au sein de la population française n’est pas sociologiquement déterminant, mais il a son poids. On se lamente du démantèlement progressif de la politique familiale qui fut longtemps une spécificité française. Peut-être faut-il inventer de nouveaux moyens, plus « communautaires », d’aider les jeunes catholiques à répondre à l’appel à peupler le Ciel ?

 

Jeanne Smits