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Royaume-Uni : on paie pour mettre les éoliennes à l’arrêt

Royaume Uni paie éoliennes arret
 
Le 8 octobre était un jour de grand, de très grand vent en Ecosse. L’énergie dispensée gratuitement par Eole n’attendait qu’à être transformée par les turbines dans la soixantaine de parcs d’éoliennes qui émaillent le territoire, là et dans le nord de l’Angleterre : une aubaine pour ceux qui récoltent l’électricité verte et la revendent aux fournisseurs nationaux, souvent au terme de contrats qui obligent ces derniers à racheter le moindre watt. Patatras : les conditions étaient si bonnes, le rendement si élevé que le National Grid (le réseau national) a dû payer pour que les éoliennes soient mises à l’arrêt. En un seul jour, les opérateurs des parcs ont empoché la somme record de 4,8 millions de livres – l’équivalent de plus de 5,4 millions d’euros – en échange non d’électricité, mais de vent.
 
La soixantaine de parcs d’éoliennes a ainsi reçu une compensation parce que leur production a dépassé la demande le 8 octobre. Lorsque le temps est extrêmement venteux comme ce jour-là, le nombre de kilowatts produits augmente en conséquence et le National Grid n’a plus la capacité d’intégrer l’électricité dans son réseau. Mais contre toute logique économique – la règle classique voudrait que l’abondance fasse baisser les prix – l’opérateur public se trouve alors dans l’obligation de gratifier les sociétés gérant les parcs de « paiements de contrainte » afin qu’elles empêchent leurs turbines de tourner.
 

Du fait de contrats très favorables, les parcs éoliens du Royaume-Uni se font payer quand ils sont à l’arrêt

 
Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit : un record précédent pour ces paiements de contrainte s’était établi à un peu plus de 3,1 million de livres, pour la journée d’arrêt du 28 juillet dernier. Mais dès le 2 octobre, un nouvel épisode venteux obligeait le fournisseur national à dépenser 3,4 millions de livres supplémentaires. Dans tous les cas et au bout du compte, c’est l’usager qui paie, puisque le National Grid répercute les coûts de l’énergie verte sur ses clients.
 
En l’occurrence, alors que le gouvernement de l’Ecosse a fait le choix de multiplier le nombre d’éoliennes sur son territoire, avec les incitations habituelles à la clef, le prix de cette gabegie est in fine facturé à l’ensemble des clients en Grande-Bretagne.
 
« Le coût élevé des contraintes des parcs éoliens est le résultat de l’enthousiasme déséquilibré du gouvernement écossais à l’égard de l’énergie éolienne », commente John Constable, directeur d’une association de lutte contre le subventionnement des turbines, Renewable Energy Foundation (REF). « C’est un exemple frappant de déficit démocratique : ces coûts sont principalement supportés par les consommateurs anglais et gallois, qui n’ont aucun droit de vote à Holyrood. Comme le montre l’histoire, “la taxation sans représentation” est politiquement instable. Il faut simplement que tout cela cesse. »
 

Quand le vent souffle fort en Ecosse c’est l’Angleterre qui trinque

 
C’est la REF qui a braqué les projecteurs sur les sommes allouées en compensation à 63 parcs d’éoliennes pour rembourser leur manque à gagner du fait de la mise à l’arrêt des turbines. La somme la plus importante, de 663.638 livres, a été allouée à la société Scottish and Southern Energy’s Clyde wind farm, dans le Larnarkshire du sud. Celle-ci était talonnée par Scottish Power, l’opérateur du parc Whitelee près de Glasgow, qui a reçu près de 500.000 livres pour ne rien produire.
 
Les quatre parcs maritimes au large de l’Angleterre occidentale, tout près de la frontière écossaise, ont touché quant à eux un total de 720.000 livres.
 
En fait, ce type de dépenses ne cesse d’augmenter actuellement au Royaume-Uni. Un record mensuel a été atteint en septembre, avec un total de 28,4 millions de livres en « paiement de contrainte », soit 5 millions de plus qu’en octobre 2017 où il s’était élevé à 23,2 millions. En 2017, ce sont au total 108 millions de livres qui sont venus récompenser les parcs éoliens pour n’avoir pas produit électricité. Ce montant record devrait être dépassé, selon toute vraisemblance, cette année.
 

On paie les sociétés d’éoliennes pour mettre leurs turbines à l’arrêt dès que le vent augmente par trop leur productivité

 
L’une des raisons de cette surcapacité structurelle est le retard de livraison d’un câble sous-marin qui doit transférer les surplus d’énergie depuis l’Ecosse vers l’Angleterre. D’un coût d’un milliard de livres sterling, il aurait dû être en état de fonctionner il y a trois ans ; finalement, le câble Western Link qui relie l’Ayrshire à Wirral n’a atteint sa pleine capacité qu’en septembre. L’expérience prouve déjà, pourtant, que cela ne suffit pas.
 
Avec tout cela, le gouvernement de l’Ecosse a commenté l’information en déclarant : « L’énergie éolienne a fait ses preuves et elle est aujourd’hui le moyen le moins coûteux de produire de l’électricité. Des investissements vitaux sur le réseau sont aujourd’hui en cours. »
 
Ce qui n’empêche pas les factures d’électricité d’être en constante augmentation…
 

Anne Dolhein