Qui a dit que la Chine n’a aucune visée de conquête mondiale, commerciale ou militaire ? Les responsables du Parti communiste chinois et leur « homme fort » Xi Jinping, les analystes « de droite » favorables à la Russie, à l’Iran, à la Chine… qui avalent ce discours. Mais sur le terrain, il est des éléments concrets qui attestent de la progression stratégique de la Chine dans de nombreuses parties du monde. Ainsi, des photos satellites obtenues par le Telegraph de Londres auprès de Planet Labs montrent qu’au cours de ces dix dernières années, la Chine a multiplié les transformations des ports africains subsahariens, de Lekki au Nigeria à Mombasa au Kenya, de manière à en faire des ports stratégiques pouvant accueillir ses navires de guerre.
Vu les sommes investies, il est difficile de nier l’existence d’une stratégie de Pékin visant à étendre la présence navale et militaire autour de l’Afrique où la Chine intervient déjà largement pour dominer les infrastructures et assurer son accès aux ressources, notamment les terres rares dont elle a su construire un quasi-monopole.
La Chine contrôle 78 ports dans 32 pays d’Afrique
De manière générale, tout commence avec des ports civils souvent gérés par des entreprises publiques chinoises qui en ont acquis la propriété au fil des ans, non sans les équiper. Ils sont conçus non seulement pour le commerce – la Chine s’en sert pour accéder à des matériaux essentiels tels que le cuivre et le cobalt, indispensables aux technologies modernes, des avions de chasse aux smartphones – mais aussi pour accueillir des navires de guerre, jusqu’à constituer un réseau de bases navales potentielles capables d’accueillir des navires de guerre à proximité de routes maritimes clés, telles que le canal de Suez. Tel est en tout cas l’avis d’experts en défense consultés par le quotidien britannique.
Des réseaux ferroviaires et routiers, vers les mines africaines notamment, complètent le dispositif.
Pékin dispose déjà de la plus grande marine du monde. Les entreprises publiques chinoises, quant à elles, opèrent désormais en tant que constructeurs, financiers ou exploitants dans 78 ports répartis dans 32 pays africains, selon un groupe de réflexion lié au Pentagone.
Les images satellites partagées par Planet Labs montrent l’ampleur des investissements chinois et l’expansion des ports à travers le continent.
La Chine a construit le port de Lekki en cinq ans
Un exemple ? Le port en eau profonde de Lekki à Lagos, au Nigeria, est devenu l’un des plus grands ports d’Afrique de l’Ouest grâce à un investissement chinois de plus de 750 millions d’euros. « Ses immenses quais et grues peuvent accueillir les géants du commerce maritime mondial chargés de conteneurs et ont traité plus de 9 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) de marchandises au cours des neuf premiers mois de 2025. Les images montrent comment le site est passé d’une plage et de champs à un méga-port régional en seulement cinq ans », selon le Telegraph.
Le Centre africain d’études stratégiques (ACSS) a constaté que les entreprises chinoises sont présentes dans plus d’un tiers des ports commerciaux africains, soit une présence bien plus importante qu’en Amérique latine ou en Asie. Pour Benedict Hamlyn, chercheur associé au think tank Royal United Services Institute, « le commerce, l’influence en matière de politique étrangère et la présence militaire ont soudainement échappé à l’Occident en ce qui concerne l’Afrique ».
Ce mouvement de grande ampleur a été largement favorisé par l’agit-prop « décoloniale » russe en Afrique noire…
Les ports en Afrique soumis au bon vouloir du PC chinois
On dira que l’Afrique est la première à profiter de ces investissements au service de la vente de ses ressources et du développement de son commerce international, mais au bout du compte la Chine s’assure ainsi une belle avance dans l’accès aux matériaux stratégiques tout en se créant l’accès à un réseau de bases navales potentielles : les ports de Lekki, Luanda en Angola, Mombasa, Walvis Bay en Namibie, Victoria aux Seychelles et Dar es Salaam en Tanzanie pourraient à terme être utilisés par l’armée chinoise, selon un document de l’ACSS publié l’année dernière. Le nombre de ports africains construits selon des dimensions qui leur permettent, le cas échéant, des navires de guerre est plus important encore, et mis en avant par des stratèges chinois comme des « points forts stratégiques » à possible usage militaire. La Chine dispose d’ailleurs déjà d’une base logistique navale à Doraleh, à Djibouti, près du canal de Suez, tandis que les entreprises publiques chinoises présentes peuvent y surveiller l’ensemble du trafic maritime.
La position d’opérateur de port offre un avantage supplémentaire : celui de déterminer l’attribution des quais, d’accepter ou de refuser les escales et encore d’offrir des tarifs et des services préférentiels aux navires et aux cargaisons de son pays. Les entreprises publiques chinoises peuvent par ce biais mettre en œuvre les politiques décidées par le Parti communiste chinois.











