Les Démocrates du Minnesota veulent faire reconnaître juridiquement le « droit inhérent » du riz sauvage « non cultivé » d’exister et de prospérer. Cette ahurissante manifestation de la rhétorique des droits dépasse tout ce qu’on avait vu jusque-là. Après les droits de l’homme, on est passé aux droits des animaux, puis il y a eu les rivières et les forêts ; mais jamais jusqu’ici – semble-t-il – on n’était allé jusqu’à prétendre que des herbes sauvages d’une variété particulière méritent une protection d’ordre public. C’est la sénatrice Mary Kunesh de New Brighton qui a déposé cette proposition le 19 février dernier.
Certes, il s’agit de la « graine officielle » de l’Etat depuis 1977. La Zizania aquatica ou Zizania palustris, aussi appelée manoomin dans la langue ojibwé, a nourri les indigènes du Minnesota pendant des siècles. Sans lien de parenté avec le riz commun, la plante fleurit en grenat et or et donne des graines marron foncé, effectivement délicieuses. Le riz sauvage est cultivé dans l’Etat ; pendant longtemps, ce fut le seul lieu de production et le Minnesota demeure le principal fournisseur mondial.
Le riz sauvage, symbole du Minnesota
La récolte s’y fait souvent encore de manière traditionnelle à partir de canoës. Pour avoir le droit d’y participer, il faut un permis « riz sauvage », un peu comme il existe des permis de chasse ou de pêche. Mais cette reconnaissance et ces protections visaient une manière traditionnelle de se nourrir, une culture qui a traversé des siècles, un savoir humain et l’utilisation humaine des ressources de la terre.
Mais l’antispécisme a fait des progrès depuis 1977. On est devant un nouvel avatar de cette dialectique qui oppose toujours deux camps : d’abord les hommes entre eux – c’est l’antiracisme –, puis les hommes contre la nature, et maintenant les hommes contre le riz sauvage.
Mme Kunesh cherche désormais à modifier la loi du Minnesota pour y inscrire à la fois les noms scientifiques et indigènes du riz sauvage, précisant : « C’est la politique de cet Etat de reconnaître le droit inhérent du riz sauvage non cultivé d’exister et de prospérer dans le Minnesota. »
Quand les droits deviennent fous
L’affaire a été débattue devant le Sénat de l’Etat le 10 mars. En présence du comité du gouvernement local, on y a entendu parler de l’importance culturelle et environnementale de la graine. Un amendement oral visant à éliminer les mots « droits inhérents » du texte a été repoussé par 7 voix contre 5.
Bien évidemment, le riz sauvage n’est pas une personne, pas même une personne morale, et à ce titre, il ne peut se voir reconnaître de droits – ni d’ailleurs en réclamer le respect. Mais au Minnesota, ce n’est pas cela qui arrête les extrémistes de l’écologie. Leur initiative est d’autant plus révélatrice qu’il y a deux ans, les démocrates de l’Etat votaient en faveur de la légalisation de l’avortement jusqu’au terme de la grossesse. Cette loi sur la procréation (Protect Reproductive Options Act) a été promulguée le 31 janvier 2023 par le gouverneur démocrate Tim Walz, et définit l’avortement comme un « droit fondamental ».
Et ainsi le mot « droit » finit totalement vidé de son sens. Faute d’être fondé sur la loi naturelle, il se retourne en définitive contre l’homme qui, dans sa folie macabre, accepte tout ce qui l’avilit lui-même, le détruit ou le soumet aux choses matérielles.











