Lors de sa première bénédiction Urbi et Orbi à l’occasion du Dimanche de Pâques, le pape Léon XIV a de nouveau montré des signes d’ouverture à la liturgie traditionnelle. Le premier fut son chant vigoureux du Regina Laetare avec les répons en latin et les prières pour le repos éternel des défunts, à la fin de son adresse à une place Saint-Pierre bondée. Le deuxième, c’est la présence à ses côtés du cardinal Ernest Simoni, 97 ans, ce prélat albanais qui resta héroïquement fidèle à sa foi et à son sacerdoce sous le régime communiste albanais malgré des années d’emprisonnement de torture, de persécution. On apprenait le 3 avril dernier l’invitation personnelle du pape régnant à ce « martyr vivant », comme l’appelait le pape François, à venir près de lui aux yeux du monde, en une occasion où des millions de catholiques ont les yeux tournés vers Rome pour recevoir l’indulgence plénière.
Le cardinal Simoni a passé près de vingt ans dans les geôles communistes en Albanie pour avoir célébré la messe malgré l’interdiction du pouvoir – c’était la messe traditionnelle, quel symbole ! – puis encore huit ans comme ouvrier dans les égouts, par décision du pouvoir communiste. A sa sortie de prison en 1981, il a découvert, avec stupéfaction peut-on imaginer, la liturgie « réformée » dont il ignorait qu’elle avait remplacé l’ancienne du fait de son incarcération… et depuis lors, il ne cache pas son amour de la messe de son ordination.
Le cardinal Simoni invité par Léon XIV pour la bénédiction Urbi et Orbi
Deux faits récents l’ont encore montré : il avait assisté à la messe du cardinal Burke en octobre dernier, à l’occasion du XIVe pèlerinage Summorum Pontificum dans la basilique Saint-Pierre. Après le chant du Salve Regina, il s’était alors placé à l’ambon pour réciter impromptu la version longue de l’exorcisme de Léon XIII.
Et au début de cette année, à l’occasion du consistoire convoqué par Léon XIV en janvier, il a assisté à la messe du Pape avec tous les cardinaux, mais en refusant, seul, de se joindre à la concélébration. Il se tenait d’une certaine façon à l’écart, agenouillé dans le chœur, non pas, semble-t-il, par quelque impossibilité à rejoindre l’autel au moment de la consécration, mais par choix ; il était bel et bien à genoux, alerte et droit, pour rendre au Saint Sacrement l’honneur qui lui est dû pendant le Saint Sacrifice de la Messe. Cela n’a conduit personne à agir comme s’il avait manqué à l’unité…
On apprend aussi que le cardinal Simoni venait de passer la Semaine Sainte au séminaire de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, à Gricigliano, près de Florence en Italie, où seule la liturgie traditionnelle est célébrée.
Le cardinal Simoni incarne la fidélité à la messe
La présence de ce même cardinal à la loggia de Saint-Pierre lors de l’apparition sans doute la plus solennelle de l’année du souverain pontife revêt dès lors un symbolisme particulier. Le seul autre cardinal présent y était au titre de sa fonction de cardinal protodiacre, même s’il convient de noter que le cardinal Dominique Mamberti n’est pas connu pour son progressisme.
Pour ce qui est du cardinal Simoni, il suffisait de sa présence silencieuse pour envoyer un message parfaitement audible. Il a connu la violence et la persécution communiste. Il a vécu une guerre faite par un pouvoir athée aux gens ordinaires, mais surtout à ceux qui croient en Jésus-Christ, Notre Seigneur ressuscité. Et ce n’est pas lui qui a choisi d’être là, à l’honneur, à côté du pape. Par la présence de son aîné, celui-ci aurait-il voulu lui aussi dire silencieusement quelque chose aux fidèles ?











