Cela ressemble à un mauvais film. Une mère de famille française de 41 ans, Marine, en voyage, au Portugal, à mi-chemin entre Lisbonne et Setubal, dépose dans la forêt ses deux garçons Zacharie et Barthélémy, quatre et cinq ans, munis d’un sac à dos où elle a mis des biscuits, des fruits, de l’eau et des vêtements de rechange, comme pour un grand jeu scout, leur bande les yeux, et les encourage à découvrir un jouet caché. Quand ils enlèvent leur bandeau, maman n’est plus là, elle a filé avec le monsieur de 55 ans qui l’accompagnait. Ils retournent à la route en pleurs, un boulanger s’arrête, calme les enfants, les emmène chez lui, les gendarmes mènent l’enquête, une mère qui abandonne ainsi ses enfants, c’est rarissime. Le couple est arrêté quelques heures plus tard à Fatima.
La mère abandonne ses enfants au cours d’un « jeu »
Heureusement que le bon boulanger avait appris le français à l’école, il a pu apaiser un peu les enfants, les ramener à la boulangerie où ils ont mangé du chocolat et joué avec l’enfant de la maison. Puis une amie française a servi d’interprète avec les gendarmes qui ont vite fait le lien avec une disparition suspecte signalée à Colmar par le père des enfants début mai. Les enfants abandonnés ont tout de suite reconnu leur mère sur les photos que leur présentaient les gendarmes, ce qui a permis son arrestation à Fatima. Le père de famille ne comprend pas. Le couple était séparé, la mère avait la garde des enfants, lui un droit de visite, comme la justice française le décide le plus souvent. Les deux enfants, dont aucune trace n’indique qu’ils aient été maltraités (ce que corroborent les sacs munis de vivres et d’eau), ont été placés provisoirement sous la protection de l’enfance du Portugal.
La dérive d’une Française à travers Espagne et Portugal
La police a reconstitué sans difficulté l’itinéraire de la Française et de son compagnon à travers la France et l’Espagne jusqu’au Portugal mais reste dans le brouillard quant aux mobiles. L’abandon d’enfants n’est pas hélas une chose neuve. Il fut longtemps causé par la pauvreté, les berceaux abandonnés sur le parvis des églises n’étaient pas rares. Pour les enfants plus âgés, ils étaient souvent placés, comme chez les Thénardier, moins souvent abandonnés dans la forêt, comme dans le conte du Petit Poucet. Mais les parents des enfants abandonnés au Portugal ont de quoi les nourrir. Il s’agit donc d’autre chose, qu’explique plus vraisemblablement la famille « recomposée ». La mésentente des parents, la perte de toute stabilité, l’effondrement du sens, toutes choses objectivement encouragées par l’Etat, produisent une indigence non plus pécuniaire, mais morale, affective, spirituelle : ce vide effroyable engendre des histoires aussi horribles qu’effroyables. Et le soap opéra arc-en-ciel finit par reproduire les terreurs des contes de fée.











