Non à une loi morale et à une vérité religieuse qui transcendraient la loi de l’Etat. Ainsi pourrait-on résumer l’action du Parti communiste chinois sur l’Eglise catholique aujourd’hui en Chine. On sait que l’Association patriotique catholique a obtenu la priorité sur l’Eglise clandestine par le biais des accords secrets négociés sous le pape François, notamment par le cardinal Parolin, avec le pouvoir chinois. Le rêve des pays laïques est en train d’être inscrit dans le cœur de cette Eglise sous haute surveillance du pouvoir.
On apprend ainsi par le magazine Bitter Winter que l’Eglise patriotique fait l’objet actuellement de nouvelles pressions fondées sur la loi sur l’unité ethnique et le progrès. Celle-ci vise à restreindre les droits culturels, religieux et linguistiques des minorités dans le pays, en vue d’unifier la culture et, bien sûr, au détriment de l’identité religieuse catholique elle-même.
L’Eglise catholique livrée au pouvoir prêche l’unité ethnique au détriment de la foi
Ce sont ainsi les associations catholiques patriotiques locales qui ont organisé en Mongolie du sud un événement destiné non pas à prêcher l’Evangile, mais au devoir « d’internaliser la loi sur l’unité ethnique ». Ce sont encore les prêtres de l’Eglise patriotique qui ont distribué des livrets pour faire connaître la loi et qui ont explicité la politique ethnique du Parti. Les croyants ont été incités à cultiver la « conscience nationale, civique et juridique ».
Comme le dit Bitter Winter, le message était simple : la vie catholique doit s’aligner sur les priorités de l’Etat et la loi doit transparaître dans toute la vie des catholiques, qu’il s’agisse des activités paroissiales, de l’organisation de la journée ou de la formation des fidèles.
Le choix du lieu avait son importance, souligne le média. La Mongolie du Sud (ou la Mongolie-Intérieure, comme l’appelle le pouvoir central) a été le théâtre d’années de résistance face à des politiques qui visent à affaiblir la langue mongole par le biais des écoles et à promouvoir l’assimilation culturelle. Programmes scolaires, discours publics, institutions culturelles : tout passe maintenant par le crible de cette loi sur l’unité ethnique. L’Eglise catholique, contrôlée par Pékin, participe au même objectif.
La loi sur l’unité ethnique a priorité sur la doctrine
Les clercs « catholiques patriotiques » reçurent ainsi l’ordre d’expliquer aux fidèles que la loi nationale a priorité sur les normes religieuses, et que chacun doit d’abord faire montre de loyauté à l’égard de l’Etat ou plutôt des « Cinq Reconnaissances ». C’est le même discours que celui déployé dans les écoles.
Les Cinq Reconnaissances constituent un concept clef de la pensée de Xi Jinping au service de la propagande et du contrôle ; Bitter Winter en dresse la liste que nous résumons ici.
La première vise la reconnaissance de la grande mère patrie à travers un attachement émotionnel et politique.
La deuxième reconnaissance porte sur la nation chinoise, une Chine unifiée où tous les groupes ethniques doivent se penser uniquement comme les branches d’une seule identité nationale.
En troisième lieu, la reconnaissance de la culture chinoise : celle-ci exige la reconnaissance de la culture telle qu’elle est définie par le Parti communiste chinois, et qui fait appel aux valeurs confucéennes et aux normes culturelles Han. Forcément, cela entraîne une modification de la doctrine et de la pratique religieuse, qui doivent s’aligner sur les normes chinoises.
La reconnaissance du Parti communiste chinois est en quatrième position. Il est obligatoire de le reconnaître comme le leader légitime et indispensable du pays, de la société et dans tous les domaines, y compris religieux.
Cinquièmement, chacun doit reconnaître le socialisme à caractéristiques chinoises, c’est-à-dire accepter le système politique du parti unique communiste sans discuter, avec son cadre idéologique et son modèle de développement, seul acceptable pour la Chine.
La Chine selon Xi Jinping
L’Eglise catholique n’est pas la seule concernée par l’opération de propagande actuelle. L’ensemble des cinq religions autorisées ont été mobilisées pour mettre en œuvre et promouvoir cette loi sur l’unité ethnique à tous les niveaux. L’Eglise catholique patriotique en est cependant l’un des éléments les plus actifs. D’ailleurs, les différents sites de cette église sous contrôle ne parlent guère de documents venant de Rome : la priorité est donnée actuellement à cette loi communiste.
Voilà le résultat de l’accord secret entre le Vatican et la Chine en 2018, observe l’auteur de l’article, Zeng Liqin : « L’Eglise catholique officielle a été absorbée par la machinerie de la sinisation et son clergé est formaté en vue de diffuser l’idéologie politique plutôt que l’enseignement catholique. »
Que le Parti communiste chinois agisse ainsi est dans sa nature ; que l’Eglise catholique, en particulier à travers ses autorités romaines, l’accepte, constitue le vrai scandale.











