Les garagistes de mon enfance travaillaient à l’oreille : ils guettaient le petit bruit nouveau signalant un fonctionnement nouveau, la panne, en puissance ou en acte. Survenant après tant d’autres faits de société analogues, l’affaire Lyhanna suscite, à juste titre, l’indignation du pays. Les télévisions prennent l’opinion de tous et surtout de toutes, qui dans leur colère relèvent des « dysfonctionnements » et trouvent des responsables, justice, police, politiques, Etat. Tout cela n’est pas complètement faux, mais d’une part sent un peu la fabrication, et surtout, ce tintamarre général cache les vrais petits bruits significatifs, il empêche l’oreille de les discerner. Nous avons déjà noté que ce n’est pas seulement l’Etat qui est en faillite, mais la société entière qui s’est effondrée. Il reste à dire pourquoi et comment. Elle est aujourd’hui le produit d’une chienlit fondatrice commencée voilà soixante ans, et se trouve en même temps victime d’une mutation du régalien : autrement dit, l’Etat ne fait pas ce qu’il devrait faire, il fait autre chose, quelque chose de nocif, sous l’emprise d’une idéologie qui a liquidé la morale chrétienne.
L’affaire Lyhanna ne date pas d’hier
On manifeste partout en France. On montre les juges du doigt, qui à leur tour dénoncent le manque de moyens. Le garde des Sceaux relève à raison que, s’il faut des moyens, il faut aussi une doctrine qui définisse des priorités. Pour contrer des agriculteurs, on trouve des blindés de la gendarmerie et un proc qui provoque les gardes à vue nécessaires sans retard. Contre les émeutes de banlieue, c’est déjà moins réactif. Et lorsqu’il s’agit défendre enfants et adolescents contre les prédateurs sexuels, c’est carrément la Bérézina. Darmanin a donc raison de parler en son jargon de « priorisation ». Pour déterminer les priorités il faut poser une doctrine de la sécurité, et une doctrine de la justice. Les deux relèvent de la politique, des politiques. Emmanuel Macron et ses ministres, qui sont aux manettes depuis neuf ans, sont les responsables immédiats. Et Darmanin se fiche du peuple quand il fait mine de découvrir l’ampleur des dégâts, alors qu’un rapport confidentiel les détaille depuis 2022.
Le petit bruit des soirées pyjama
Mais s’il est légitime d’être lassé des dirigeants en place et peiné du désordre mortel qu’ils laissent proliférer, il convient de ne pas ajouter au tintamarre ambiant, afin de mieux écouter les petits bruits significatifs qui peuvent éclairer le phénomène en cours. Si le malheur de la famille de Lyhanna doit être respecté, il ne faut pas pour autant cacher ses éventuelles responsabilités : or personne n’a donné sur elle la moindre information, ce qui aurait pourtant été le B-A-BA. Quid du père ? Et la mère ? Elle a retiré sa fille de « soirées pyjama », soupçonnant l’une ou l’autre de s’être mal passée : c’est donc qu’elle les avait auparavant autorisées ! En quoi consistaient-elles ? Qui y participait ? Comment surveillait-elle sa fille ? Pourquoi, ces « soirées pyjama » s’étant par hypothèse mal passées chez Jérôme Barella (jamais nom de suspect n’a été autant prononcé par les médias depuis longtemps, il faut dire qu’il rappelle quelqu’un), pourquoi la petite le voyait-elle tous les matins dans sa voiture pendant une demi-heure, et pourquoi l’école n’a-t-elle rien signalé ?
Un tintamarre qui cache l’effondrement des années 60
Tout cela, et les témoignages de collègues de Barella, montre, sinon de la complaisance, du moins une sorte d’assentiment indifférent à un faisceau de comportements anormaux. D’où sort cet étrange assentiment ? Un événement capital a eu lieu en Europe de 1962 à 1965, le Concile Vatican II, marqué par l’aggiornamento de l’Eglise, c’est-à-dire la fin de sa lutte contre la morale du monde. De cette « révolution d’octobre », pour reprendre les mots du père Congar (qui les prenait en bien) en matière de morale et de spiritualité a découlé un peu plus tard un affaissement de la société dont mai 1968 demeure un repère, et ce que l’on peut nommer une chienlit fondatrice – fondatrice de notre société post-moderne. Dans les années qui suivirent, la révolution postmarxiste prêcha l’amour avec les enfants, militants homos et pédos mélangés, et Libération rendait compte avec louanges d’orgies pédophiles. Mais le progressisme comme il faut n’était pas en reste : le Tout Paris culturel et politique signait des pétitions, et les invités de Bernard Pivot (Apostrophes) s’esclaffaient en écoutant Daniel Cohn-Bendit narrer ses vilenies.
La matrice de l’affaire Lyhanna est la chienlit fondatrice
Telle est la matrice idéologique d’où l’on vient, et l’on ne fait que détourner l’attention du vrai problème quand on crie par exemple contre Patrick Bruel (qui est peut-être un cochon, cela reste à prouver, mais c’est de toute manière une autre affaire). De même ne touche-t-on pas juste quand on parle de féminicide ou de pédophilie : on est en présence d’un crime né d’un péché sans frein qui touche les enfants et les femmes mais pas que, on le voit dans l’affaire Lyhanna. Le suspect s’était pour ainsi dire fait la main sur des jeunes femmes nubiles, sexuellement majeures et consentantes, il a glissé du détournement de mineure au viol d’enfants. C’est un effet de la démesure qu’encourage l’impunité. Si l’on ose dire, la toute-puissance de l’anomie.
La mutation du régalien : une révolution à petit bruit
Le deuxième pilier de l’affaire Lyhanna est la mutation du régalien. Si l’Etat capétien s’est établi en France et a été petit à petit tenu pour légitime, c’est qu’il a su assurer trois choses, malgré son coût et ses erreurs : la défense des frontières, l’ordre intérieur et la justice. Telles sont les fonctions régaliennes de l’Etat. Mais depuis la fin du XIXe siècle, le progressisme maçon les a étendues de façon tentaculaire. D’abord à l’école et à la santé. Puis plus récemment à la transition énergétique, à la mutation démographique par l’immigration massive, à l’orientation sexuelle, à la police du genre, de la race, de la pensée. En même temps d’ailleurs, il se défaussait de ses missions traditionnelles : l’ordre intérieur n’est plus que partiellement assuré, et la justice souffre d’un manque de définition de ses compétences.
Ce que cache le tintamarre : Lyhanna victime de l’arc-en-ciel
Cette mutation du régalien est une véritable révolution, que nous avons nommée arc-en-ciel, dont l’objectif est la création d’un nouvel homme dans un nouveau monde sans frontière aucune. C’est une révolution spirituelle anti-chrétienne. Ce qui explique les priorités de fait d’une justice qui contribue au premier chef à cette révolution : quand on s’occupe de la révolution du genre, de la nationalité et de la génétique, quand on promeut la culture de mort, quand on aide activement l’invasion, quand on réprime sans ménagement l’ancienne France, agriculteurs compris, quand on pourchasse activement les opposants à la révolution arc-en-ciel sous le nom de fascistes ou d’extrême-droite, on n’a plus le temps ni les moyens ni l’envie de faire autre chose. C’est de ça qu’est morte la petite Lyhanna, comme Samuel Paty, comme Shanon, comme Philippine, comme tant d’autres ces dernières années dont Google a déjà oublié les prénoms.











