Sacres : la FSSPX, d’accord avec Léon XIV sur la centralité de la foi de l’Eglise, lui demande de parler

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A dix jours du sacre de quatre évêques prévu sans mandat du pape, le supérieur de la FSSPX Davide Pagliarani a adressé une lettre ouverte à Sa Sainteté Léon XIV et aux cardinaux de la Sainte Eglise. Elle répond ainsi à l’éventualité caressée par le Saint Père voilà une semaine de lancer un « dernier appel » à la fraternité sacerdotale Saint Pie X. Le pape suggérait dans ses paroles que la tradition allait vers le schisme parce que ses dirigeants refusent « certains éléments fondamentaux de l’Eglise ». Ce faisant, il a déplacé le différend entre Rome et la tradition du terrain liturgique, la messe de saint Pie V, où beaucoup le situent, sur celui de la foi. Saisissant la balle au bond, la FSSPX affirme aujourd’hui : « Ce n’est pas à la Fraternité Saint-Pie X qu’il revient d’indiquer la voie à suivre, mais à la Tradition bimillénaire de l’Eglise, fidèlement gardée et transmise par le Siège apostolique. » Puis elle reprend et étoffe une profession de foi catholique ébauchée en mai, à charge pour le souverain pontife d’expliquer quels sont les « points fondamentaux » sur lesquels il y aurait divergence.

 

Déclaration de Léon XIV contre la tradition FSSPX

En paraissant tendre la main à la tradition la semaine dernière, Léon XIV fermait en fait la porte aux demandes d’audience de la FSSPX et à toute tentative de dialogue. L’intégralité de ses paroles le montre, il suffit de recopier ce paragraphe de la semaine passée pour s’en assurer : « J’envisage de faire un nouvel appel en disant : ne faites pas cela, essayons de vivre la communion de l’Eglise. Mais c’est leur choix. Il faut réaliser ce que cela signifie pour eux et pour l’Eglise. Certes, la division parmi les chrétiens est un point douloureux. Cependant, ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Eglise, à commencer par plusieurs points du concile Vatican II. S’ils prennent cette décision, je le regrette mais nous devons avancer. » Il faut réaliser ce que cela signifie pour eux et pour l’Eglise : un schisme. C’est leur choix : la responsabilité du schisme incombera à la FSSPX. S’ils prennent cette décision, je le regrette mais nous devons avancer. Je n’ai pas d’aversion pour les traditionalistes mais ne perdons pas plus de temps, l’Eglise synodale compte tout d’abord.

 

Accord sur la centralité de la foi catholique

La réponse du supérieur de la Fraternité Saint-Pie X est habile. Elle se place sur le terrain du pape. La tradition soutient depuis toujours que la lex orandi est liée à la lex credendi, et puisque pour une fois Rome dépasse la seule liturgie pour se placer sur le terrain de la foi, allons-y. Les optimistes se réjouiront de constater que Rome et la tradition tombent d’accord sur la centralité de la foi. Les moins optimistes constateront que malgré sa courtoisie, l’abbé Pagliarani est en posture offensive et qu’il laisse peu de marge de manœuvre au Souverain Pontife. La profession de foi catholique publiée ce jour par la FSSPX est un immense texte en quinze sections, et plus de cent cinquante articles rédigés au cordeau. Elle est de plus précédée d’une introduction qui situe le débat et appelle une réponse sans ambiguïté.

 

Telle est la foi de l’Eglise selon la Tradition de l’Eglise

En voici quelques phrases : « L’Eglise souffre aujourd’hui sous la pression de forces nouvelles, venues tant de l’intérieur que de l’extérieur, qui la poussent dans toutes les directions possibles, sauf – nous semble-t-il – dans la bonne. Devant une telle souffrance, nous ne pouvons demeurer indifférents. Au-dessus des changements et des vicissitudes du temps se dresse la Tradition immuable, écho dans l’histoire de la Vérité éternelle. (…) Nous ne pouvons qu’espérer et supplier que cette Tradition et la pureté de la foi soient de nouveau placées au fondement de la vie de l’Eglise, afin qu’à partir d’elles puisse s’amorcer une authentique régénération. C’est à cette intention que nous prions avec instance. Nous espérons qu’un jour, ce texte doctrinal puisse servir de base pour une discussion franche avec le Saint-Siège, dans un climat paisible, fraternel et charitable. »

 

La FSSPX prie pour l’Eglise, au pape de parler

Le supérieur de la FSSPX termine en remerciant Léon XIV de l’attention qu’il daignera porter au texte et en l’assurant de sa prière constante. Auparavant il avait cité saint Paul reprenant le Psalmiste : « Et nos credimus propter quod et loquimur. » « Nous aussi nous croyons, c’est pourquoi nous parlons. » Pour une fois la question est posée devant tous : voilà ce que proclame la FSSPX, est-ce ou non la foi de l’Eglise catholique ? Sinon, il faudra bien qu’un jour Rome dise en quoi, publiquement. Si oui, il devient tout aussi nécessaire d’en tirer les conséquences. Il est très intéressant de voir comment Rome va répondre. Par le silence, peut-être. Ou par des considérations dilatoires ou un rappel canonique à l’obéissance. C’est le plus probable, mais le pire n’est pas toujours sûr. Le plus urgent est de prier. Et d’espérer malgré tout.

 

Pauline Mille