Depuis des lustres les résultats de l’Education nationale laissent l’observateur de plus en plus rêveur, et la réponse des pédagogues incriminés a tenu longtemps de la méthode Coué : Le niveau monte fut le titre emblématique d’un livre de deux sachants d’extrême gauche. Puis vinrent les comparaisons à travers le temps, en France et avec l’étranger, les classements internationaux, dont le PIRLS et le plus connu, PISA, qui mesure les résultats de 91 pays. Le dernier PISA, datant de 2025, montre une baisse générale nette, et en France un vrai désastre du siècle. Une minorité de politiques nie le fait, et la majorité, qui le déplore, l’attribue en général à des causes secondaires. Le républicain François-Xavier Bellamy, lui, y voit le résultat d’une politique cohérente. Il faut aller plus loin sur cette piste : l’effondrement de l’instruction publique est le triomphe de la révolution arc-en-ciel.
Mélenchon conteste le désastre du siècle
Un communiqué de Jean-Luc Mélenchon tranche sur l’ordinaire des réactions par le parti très net qu’il prend : « Le classement PISA n’est pas compatible avec la vision républicaine française de l’éducation. Construit par un organisme voué à mesurer les performances économiques (l’OCDE, ndlr) – elles-mêmes évaluées selon des normes discutables –, il évalue avant tout la capacité des systèmes éducatifs à former des salariés dont le marché a besoin. Mais il échoue à prendre en compte d’autres dimensions clés de l’éducation comme la formation à l’esprit critique, à l’analyse, ou l’ouverture culturelle. »
PISA ne mesure pas le vivre-ensemble !
Autrement dit le thermomètre utilisé pour mesurer la fièvre n’est pas le bon. Ce que mesure PISA baisse, mais le niveau réel, à la fois moral et intellectuel, des élèves, lui, monte. Mélenchon est sur la ligne d’un Nadir Altinok, économiste et professeur à l’Université de Lorraine : « PISA évaluant les élèves sur des critères anciens, le niveau apparaît inévitablement en baisse. La vraie question est de comprendre en quoi l’évolution des compétences répond aux besoins actuels et futurs de la société et de l’économie. » Et Mustafa Ozcelik, de la FCPE ajoute : « L’école n’est pas là pour mesurer des performances, mais des compétences. » Selon ces deux professionnels, les élèves développent d’autres compétences non mesurées, comme « le vivre-ensemble ».
Ruffin confirme les observations de PISA
Cette position a le mérite de la cohérence, mais elle néglige une évolution réelle. PISA, qui a commencé ses mesures en l’an 2000 n’est pas le seul à indiquer ni la baisse générale actuelle ni le déclassement particulier de la France, que relève aussi PIRLS. Et l’effondrement du niveau de français de nos collégiens et lycéens, que Madeleine de Jessey, professeur agrégé, dénonçait récemment, est relevé même à l’extrême gauche par le député François Ruffin : « En 1987, un élève de CM2 faisait 10,7 fautes à une dictée. En 2012, sur le même texte, il en fait 19,4. Deux fois plus de fautes. En maths, nous avons perdu l’équivalent d’une année scolaire depuis 2000. » Or la perte de l’orthographe, de la grammaire, et du niveau en maths signalent la perte d’une « compétence », celle de comprendre, et de pouvoir ainsi exercer son esprit critique. La position de Mélenchon est pour partie un habillage prétendument savant du déni.
Un désastre aux causes purement matérielles ?
Le patron de la France insoumise, qui est loin d’être sot, le sait parfaitement, la suite de son communiqué le montre. Tout en niant que le niveau baisse, il annonce s’il est élu un plan de dépenses dans l’Education nationale pour « notre jeunesse ». Et il attribue la baisse-de-niveau-qui-n’existe-pas-vraiment à quatre facteurs : « Le nombre d’élèves par classe est plus élevé que la moyenne de l’Union européenne. Deux établissements sur trois ont fait leur rentrée scolaire 2026 avec une équipe pédagogique incomplète. Une heure de cours sur dix est perdue pour les élèves parce qu’il n’y a pas en France assez de professeurs remplaçants. Les enseignants français sont les plus mal payés d’Europe, et sans formation professionnelle de qualité. »
Un siècle d’analyses et de solutions fausses
Du côté des solutions proposées (et donc, implicitement, des causes incriminées), le patron des Insoumis ne diffère pas beaucoup de ses concurrents de gauche ou de droite. On cherche surtout du côté de la matérielle : salaires, réduction du nombre d’élèves par classe, formation continue, etc. C’est idiot, les hussards noirs de la République avaient des résultats et formaient des boursiers avec des pauvres. Ou bien on désigne des accidents de la modernité : covid, portables, IA, en général montée des outils numériques, qui nuisent à l’attention, et ce sont en effet des causes secondaires. On pourrait y ajouter les grèves, il y en a encore une de prévue pour la fin du mois. Mais les causes principales, immigration, perte de l’autorité, ravage du pédagogisme, ne sont pas même citées.
Bellamy : ce désastre est une réussite
Seul l’eurodéputé LR Bellamy s’attaque aux causes intellectuelles et morales. Citons-le in extenso : « Quelle est la cause de ce naufrage ? Je fais partie d’une génération de jeunes professeurs qui n’a reçu de l’institution qu’une consigne simple pour toute formation : vous ne devez surtout pas transmettre. Ce que nous vivons n’est pas un échec : c’est la réussite absolue d’un projet qui a piloté notre école pendant plusieurs décennies. Et en profondeur, d’une volonté de déconstruire qui a traversé tout le monde occidental, et dont les conséquences sont aujourd’hui parfaitement visibles, concrètes, dramatiques. Cette obsession a trouvé un relais paradoxal dans la révolution digitale, qui a suscité le rêve d’un monde d’immédiateté – sans médiations, sans transmissions. Le flux des données a remplacé la patience de l’apprentissage. L’image a supplanté le texte. L’écran a chassé le livre. Les réseaux ont détruit les relations. »
Triomphe de la volonté de dé(cons)truire
Si l’on remplace digitale, malheureux anglicisme, par numérique, on peut approuver cette analyse. Et il poursuit : « C’est le grand enseignement de PISA 2025 : le nouveau monde digital, c’est désormais prouvé, détruit nos enfants. Démenti absolu, et tellement prévisible, à ceux qui ont voulu mettre des écrans partout à l’école : à 15 ans, les élèves qui ne les utilisent jamais obtiennent les meilleurs résultats partout. En lecture, ils ont un an d’avance en moyenne sur les autres… Ceux qui sauront contrôler demain les nouvelles technologies, ce sont ceux qui auront grandi sans elles. Les autres seront contrôlés par elles. » A condition de remplacer contrôlés, malheureux anglicisme, par dominés, là encore il a raison. Cependant, ayant perçu le fond du problème, le triomphe de la volonté de dé(cons)truire et le refus de transmettre, il s’arrête trop, ensuite, à l’aspect technique des choses.
L’objet de l’école est d’enseigner l’arc-en-ciel
Ce qu’il faut analyser, c’est cette volonté révolutionnaire proprement arc-en-ciel, et de ce point de vue, Mélenchon, qui refuse la notion de baisse de niveau, et les pédagogues qui préfèrent des « compétences » alternatives aux « performances » mesurables, touchent au fond du problème. Il se résume à une question simple : quel est l’objet premier, l’objectif prioritaire et principal de l’Education nationale ? L’un de ses ministres socialistes, Vincent Peillon, l’avait clairement défini : fournir « une religion à la République ». Autrement dit la diffusion d’un certain civisme l’emporte sur la lecture ou les maths. C’est pourquoi Peillon a insisté pour amener la scolarisation obligatoire à trois ans au lieu de six précédemment afin de « soustraire les enfants à leur déterminisme familial ». Sous un prétexte analogue, Bruno Lemaire vient de proposer de la ramener à un an. Une grande partie de la « droite » tombe d’accord avec la « gauche » dans le même dessein de détruire la famille, la transmission, le savoir, afin de promouvoir autre chose.
Le triomphe de l’arc-en-ciel, en finir avec la France chrétienne
Cette autre chose, ce nouveau civisme de Peillon, les « compétences » de Mélenchon and Co, l’ouverture culturelle, le vivre ensemble, nous en donnent une idée précise. Le vivre ensemble nous dit pourquoi et comment l’arc-en-ciel triomphe. C’est la chute de toutes les frontières. Il justifie l’invasion, la babelisation de l’école qui empêche la transmission des savoirs et interdit la transmission de l’identité. Il impose l’amitié pour l’homosexualité, les pratiques sexuelles de toute sorte et à tout âge (facilitant au passage, entre autres, la pédomanie) et la transidentité : pendant qu’on suit EVARS on n’a pas le temps pour le B A Ba. Il serine les mantras du la religion climatique : ce faisant il étouffe à la fois l’esprit critique et l’apprentissage de la physique. Etc., etc. La volonté de rompre la transmission de la civilisation chrétienne et de faire honte de l’identité française qu’a perçue un Bellamy, provient entièrement de la révolution arc-en-ciel au service de l’empire arc-en-ciel et de la religion arc-en-ciel.











