Millevaches : la République couve-t-elle la violence d’ultragauche ?

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Il ne faut pas confondre Causse du Larzac et plateau des Millevaches, même si tous deux abritent des descendants de 1968. Sur le Causse du Larzac, à 80 kilomètres de Montpellier, vivotent des écolos antimilitaristes non violents qui fabriquent leur fromage de chèvre. Sur le plateau des Millevaches, à 70 kilomètres de Limoges, prolifèrent des gauchistes beaucoup plus virulents. Le maire de Limoges a impliqué dans l’incendie de son hôtel de ville « l’ultragauche française, celle qui vit toute l’année pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches ». Ce coin perdu du Limousin entre Creuse, Corrèze et Haute-Vienne, quasiment désert, regorge de forêts, landes et tourbières propices au secret et à la guérilla. Le candidat chouchou des médias de droite à la présidentielle, David Lisnard, accuse même l’ultragauche « terroriste » d’y exercer là-bas ses militants à la violence de rue, avec la complicité de la République qui fermerait les yeux. Le parquet terroriste nie avoir diligenté la moindre procédure à ce sujet. Etat de la question.

 

Des camps d’entraînement terroriste sur le plateau des Millevaches ?

David Lisnard a dénoncé sur TF1, LCI et RTL la présence sur « le plateau des Millevaches » de « camps de terroristes d’extrême gauche ». S’y regrouperaient « un certain nombre d’ex-zadistes de Notre-Dame-des-Landes, de Black Blocs et de personnes qui viennent de l’étranger qui se retrouvent dans certains villages sur le plateau de Millevaches ». Selon le candidat, ils « s’entraînent à la guérilla urbaine, acquièrent du matériel lourd, d’attaque contre les policiers et se préparent à la garde à vue ». Sur RTL, celui qui est aussi maire de Cannes a suggéré que les autorités et les renseignements étaient au courant de l’existence de ces groupuscules. Il a regretté le laxisme de la part de ceux qui « laissent cette gangrène prospérer ». A-t-il raison ? TF1 a posé la question au parquet national antiterroriste qui lui a répondu n’avoir « ouvert aucune procédure relative à des camps d’entraînement sur le plateau des Millevaches ». Cela ne contredit pas la version de Lisnard.

 

Un laboratoire de l’ultragauche connu de tous

Pour en savoir plus, TF1 a interrogé la police. Celle-ci parle d’un « ancrage historique » de l’ultra-gauche illégale dans la région. Des groupes y vivent, analogues à ce qu’on retrouve dans les ZAD. Mais, selon les sources interrogées, « on ne peut pas aller jusqu’à parler de camps de terroristes ». Cette controverse de vocabulaire signalée, qu’en est-il de ces groupes ? L’ancien député local Moreau (LREM) « n’est pas sûr » qu’on puisse parler de camps d’entraînement, « mais que le plateau de Millevaches soit un laboratoire à ciel ouvert de l’ultragauche depuis 15 ans, avec la complicité et la bienveillance de nombreux élus locaux, c’est une certitude ». Une centaine d’activistes y vivent à l’année dans des habitations isolées, n’hésitant pas à intimider les autres habitants. « Ce n’est plus du tout marginal aujourd’hui. Sur le plateau de Millevaches, il y a beaucoup de maisons vides du fait de la désertification importante. Ils squattent des maisons et la loi française fait qu’on ne peut plus les expulser. C’est une zone de non-droit, ils se sont approprié un territoire. » Des gauchistes venus de toute l’Europe leur rendent visite au gré des saisons et des actions.

 

Cachez cette violence que la République ne saurait voir !

En 2024, le député UDR de la Creuse Bartolomé Lenoir craignait que le département ne devînt « une nouvelle ZAD ». Il lançait une « pétition contre l’ultragauche dans la Creuse ». A l’Assemblée, il dénonçait un centre de vacances appartenant au comité d’entreprise d’Enedis, mis à disposition d’une association locale pour constituer « une zone de repli lors de manifestations violentes, comme à Sainte-Soline ». Le maire de Tarnac, lui, a constaté depuis « la période 2005-2006 » que des « néoruraux » d’un type un peu spécial achètent des biens sur le plateau des Millevaches, « animés d’une vraie volonté de fonctionner entre eux, mais aussi d’échapper à l’Etat ». Malgré leur refus affiché des institutions, ils militent localement et « dirigent désormais plusieurs communes du secteur ». Selon lui, ils « exercent une forme de violence ». Dans la commune d’Eymoutiers, on a saisi ainsi des « armes et de la drogue », « des armes de poing et d’épaule » et « plus de 13 kilos de cocaïne, d’héroïne, de LSD, de kétamine, de cannabis, d’ecstasy », selon Actu.

 

« Cellule invisible », « lutte armée », les « néoruraux » des Millevaches

Même si huit des neuf activistes du « groupe de Tarnac » interpellées en 2008 (Michèle Alliot-Marie étant ministre de l’Intérieur), que le procureur de Paris décrivait dans sa poursuite comme une « cellule invisible » projetant « la lutte armée » ont finalement été relaxés, le plateau des Millevaches revient régulièrement dans l’actualité pour des incidents attribués par certains élus locaux à des militants radicaux. En janvier 2021, par exemple, l’incendie d’un émetteur aux Cars, en Haute-Vienne, avait privé plus d’un million de personnes de radio et de télévision. Plusieurs « néoruraux » ont été interpellés lors de l’enquête. La population locale s’inquiète des « ramifications de ces groupes et des va-et-vient incessants entre la Suisse, la Hollande ou la Belgique ». Quant aux émeutes de Limoges, auxquelles un militant au moins est lié, même si le PNAT ne s’est pas encore saisi des faits, des sources judiciaires examinent si les évènements « ont pu résulter d’agissements concertés et organisés, ayant pour but de semer la terreur, autrement dit à déterminer l’existence éventuelle d’une entreprise terroriste ».

 

La République tolère la violence de l’ultragauche

On en revient toujours à la définition exacte du mot terroriste – on aimerait savoir à ce sujet de quel « matériel lourd » David Lisnard parle. Si on la laisse de côté par méthode, tout le monde est d’accord pour constater que le plateau des Millevaches sert de base arrière à l’année à des groupes d’activistes d’ultragauche violents, que c’est un territoire de non-droit, qu’on y a saisi des armes, que ces gens noyautent la politique locale, que la République est au courant sans l’être et qu’elle ferme les yeux. Donc, l’accusation de Lisnard se trouve en gros confirmée par les faits et pourrait l’être totalement si l’incendie de la mairie de Limoges relevait d’un plan concerté. L’ambivalence de la République à l’égard de la violence d’ultragauche ne date d’ailleurs pas d’hier. Cette violence lui est utile. Dans l’affaire des Gilets jaunes, lors de la première manifestation parisienne, les forces de l’ordre se sont écartées volontairement pour laisser passer les Black Blocs qui ont submergé la ville de leur violence et permis la prise en main par l’extrême gauche de ce qui était à l’origine une vraie jacquerie. Macron et Mélenchon utilisent de conserve la violence d’extrême gauche.

 

Pauline Mille