L’ONU décoloniale condamne la carte Mercator

ONU décoloniale condamne Mercator
 

La projection sur un plan du globe terrestre est un problème ancien et difficile. Selon le parti qu’on prend, les cartes qu’on produit sont très différentes les unes des autres. Aucune n’est parfaite ni ne donne de résultat indiscutable. Depuis le seizième siècle, la projection Mercator, du nom d’un géographe flamand, est la plus utilisée. Ses défauts sont connus depuis longtemps. En particulier cette carte fait paraître la Russie plus grande qu’elle ne l’est et l’Afrique plus petite. Ce dernier point est devenu insupportable aux yeux des tiers-mondistes et de l’idéologie décoloniale. Ils ont obtenu début septembre un vote peu médiatisé de l’assemblée générale de l’ONU, recommandant des méthodes de projection représentant plus justement les masses continentales et condamnant la projection Mercator pour « minimisation symbolique de l’Afrique dans l’imaginaire collectif et les systèmes de connaissances ».

 

La carte Mercator précise sur les contours convient aux navigateurs

Depuis 1598, la carte du géographe flamand Gerardus Mercator donnait satisfaction aux navigateurs, de guerre ou de commerce, bien qu’ils aient su que toutes les distances et toutes les masses continentales n’y étaient pas représentées avec exactitude. L’Afrique, avec ses 30.50.000 kilomètres carrés y paraît moins impressionnante que la Russie avec ses 17.200.000, et le petit Groenland, démesuré, paraît beaucoup plus grand que ses 2.200.000. D’autres projections proposées gardent, elles, la proportion des surfaces, mais déforment les contours et sont donc moins propres à guider la navigation. Tout le monde le savait, et à vrai dire cela ne gênait personne. Sauf cette nouvelle espèce particulièrement active et bruyante : la mouvance décoloniale. Cela fait longtemps que la projection Mercator déplaît au quotidien britannique de gauche The Guardian parce qu’elle est « ancrée dans des stéréotypes occidentaux » et pèche par « colonialisme cartographique ».

 

La résolution A/80/L.104 de l’ONU est décoloniale

Eh bien, la résolution A/80/L.104 de l’ONU a fait sienne cette conviction. Selon l’ONU, la projection Mercator a « perpétué une vision déséquilibrée du monde », qui avantage l’Europe et l’Amérique du Nord au détriment de « l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud ». L’ONU affirme en outre que ces « distorsions cartographiques de la taille des continents » ont conduit « notamment à une minimisation symbolique de l’Afrique dans l’imaginaire collectif et les systèmes de connaissances ». L’ONU proclame même que la carte Mercator a faussé le développement du monde. Ces « distorsions cartographiques de la taille des continents » sont donc une faute scientifique et un crime politique.

 

Avec la carte Mercator ou le climat, l’ONU mène le même combat

C’est pourquoi la résolution a approuvé l’utilisation de « la projection cartographique Equal Earth et des méthodes de projection cartographique à surface égale » en remplacement de la carte Mercator, afin de garantir « la justice cognitive et la réparation commémorative » et de promouvoir « le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ». Ce grand remplacement cartographique obligatoire a été adopté le 4 septembre par 164 voix contre 1, les Etats-Unis, et six abstentions, Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Serbie, Ukraine. Il survient après une « recommandation générale » adoptée en août par l’ONU, exigeant de nouvelles réparations pour l’esclavage et la traite négrière. Le Machin n’en finit pas d’exiger toujours plus de repentance du Nord au profit du Sud, sous quelque prétexte que ce soit, le climat, l’esclavage (comme si les premiers responsables n’étaient pas les tribus esclavagistes qui razziaient leurs voisins pour le compte des Européens et des Arabes) ou, maintenant, la carte Mercator.

 

Pauline Mille