Commémoraison des fidèles défunts : la belle homélie de Léon XIV

Commémoraison fidèles défunts Léon
 

Après la Toussaint, le « jour des morts ». C’est ainsi que l’on nomme familièrement la commémoraison de tous les fidèles défunts, que l’on célèbre le lendemain, après avoir fêté les saints, ceux qui sont déjà au paradis, l’Eglise triomphante. Notre époque tend à confondre ces deux jours, notamment en France parce que le 1er novembre est férié et non le 2. Dans les régions où la visite du cimetière est encore un passage obligé, eh bien, on y va pour la Toussaint. Mais se perd ainsi la notion de l’Eglise souffrante, celle des âmes qui au purgatoire sont purifiées et ont besoin de nos prières pour abréger leur peine.

Léon XIV s’est rendu lundi au grand cimetière romain du Verano, où il a célébré la messe des morts en rappelant, dès le début de son homélie, qu’elle était offerte en suffrage pour les fidèles défunts.

Il a fait comprendre que tous les fils et filles de Dieu « qui reposent en paix » ne jouissent pas déjà de la vie de sainteté et de béatitude promises aux saints, et qu’il nous appartient de prier pour eux.

 

En 2022, le pape François avait célébré la messe des défunts le 1er novembre

Au 8e centenaire de la mort de saint François d’Assise, le pape a cité l’ajout fait par celui-ci à son « Cantique des créatures » lorsqu’il comprit que sa fin était proche, avec en particulier ces versets : « Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; / heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta très sainte volonté… » Le ciel n’est pas automatique : nous avons besoin de la grâce du salut acquis par la Rédemption.

Il eut aussi ce très joli mot au sujet des Béatitudes qui formaient le cœur de son homélie : « Elles sont comme un autoportrait de Jésus. » En les pratiquant, le chrétien imite son Maître.

Nous vous proposons ci-dessous notre traduction intégrale de l’homélie de Léon XIV pour le 2 novembre, qui n’a pas été publiée en français sur le site du Vatican. – J.S.

 

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Homélie de Léon XIV pour la commémoraison des fidèles défunts

 

Chers frères et sœurs,

Nous sommes ici rassemblés pour célébrer l’Eucharistie en ce lieu de prière et de mémoire, d’affection et d’espérance. Nous l’offrons en suffrage pour les fidèles défunts, en particulier pour ceux qui reposent ici et pour ceux que chacun de nous porte dans son cœur.

Le fait de commémorer les fidèles défunts au lendemain de la solennité de la Toussaint oriente cette prière qui est la nôtre. Nous nous tournons vers le Père céleste afin que la vie de sainteté et de béatitude, dont jouissent déjà tant de ses fils et de ses filles, enveloppe l’âme de ceux qui dorment du sommeil de la paix.

Notre foi est éclairée par la Parole qui a été proclamée et qui fortifie la confiance que nous plaçons dans les mains de Dieu. Celles-ci – nous le rappelle le Livre de la Sagesse – sont capables de garder efficacement les âmes des justes : « le tourment ne les atteindra pas » (Sg 3, 1). Telle est la promesse du salut qui, particulièrement en ce jour, devient le cœur des supplications que nous élevons vers le Seigneur de la vie pour tous les fidèles défunts.

Que ses mains paternelles et sûres les gardent pour l’éternité, afin qu’ils puissent jouir pleinement de cette communion réciproque et vitale que le Seigneur promet à son peuple dans le Livre de l’Apocalypse : « ils seront son peuple ; et lui-même… il sera leur Dieu » (Ap 21, 3). Notre prière intercède pour que se réalise cette communion éternelle de vie, promise par le Bon Pasteur à ses brebis qui ne se perdront pas pour l’éternité et que personne ne ravira de sa main (cf. Jn 10, 28).

Très chers amis, nous avons écouté l’Evangile des Béatitudes (Mt 5, 1-12). Elles sont comme l’autoportrait de Jésus, qu’Il met Lui-même à la disposition de ses disciples, en proclamant : « Heureux êtes-vous ! » (v. 11). Les Béatitudes sont le chemin de la vie pleine et accomplie, dès maintenant et pour l’éternité. Lorsque nous entendons leur proclamation dans la liturgie – nous le savons –, c’est le Seigneur ressuscité qui nous parle. Et cette annonce du salut que sont les Béatitudes résonne avec une force spirituelle particulière dans un cimetière, qui est comme un seuil entre l’ici-bas et l’au-delà, entre l’existence terrestre et l’au-delà qui nous attend. Jésus ressuscité nous dit : « Heureux ceux qui vivent selon cette voie, car le royaume des cieux est à eux. »

Parmi les huit Béatitudes de l’Evangile selon saint Matthieu, il y en a une qui nous touche particulièrement aujourd’hui : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Mt 5, 4). En ce moment, nous voulons prier pour tous ceux qui ont perdu récemment un être cher ; en particulier pour ceux à qui la violence absurde de la guerre l’a arraché. Puissent les larmes de tant de mères, de tant d’enfants, de tant de personnes âgées toucher la conscience de ceux qui ont le pouvoir de faire taire les armes !

A l’occasion du huit-centième anniversaire de la mort de saint François d’Assise, on se souvient spontanément de la « béatitude » qu’il ajouta au Cantique des créatures, lorsqu’il comprit que sa fin était proche : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle, / à qui nul homme vivant ne peut échapper. / Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; / heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta très sainte volonté, / car la seconde mort ne pourra leur nuire. »

Chers frères et sœurs, la foi en Christ nous dit que notre lien avec les fidèles défunts n’est pas rompu, mais transformé. Par la prière de suffrage, nous accompagnons nos proches vers la pleine communion avec le Seigneur, cette communion dont nous avons avons réellement un avant-goût ici-bas, dans le sacrement de l’Eucharistie. Animés par cette foi pleine d’espérance, nous poursuivons notre chemin terrestre, dans l’attente du jour où Il essuiera toute larme, où « et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu » (Ap 21, 4).

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Traduction par Jeanne Smits