Un échec cuisant. Aux Etats-Unis, on ne parle pas de tsunami mais de « bluenami », alors que les Etats, parmi lesquels des bastions républicains comme le Texas, ont fortement basculé à gauche, et qu’avec la défaite républicaine, Donald Trump a perdu sa majorité au Congrès comme au Sénat. Lors des midterms, ces élections de mi-parcours qui permettent aux électeurs des USA de dire à un président « stop » ou « encore » au bout de deux ans de mandat, il a perdu la confiance d’Américains qui avaient voté pour lui en 2024 et qui ont viré démocrate, ou qui sont restés chez eux. Beaucoup s’est joué, selon des sondages à la sortie des urnes, sur le dossier épineux de la guerre déclenchée par Trump (et Israël) contre l’Iran. Les Américains y voient la raison de la hausse inédite des prix du carburant, du logement et de leurs courses. Sans compter les milliards de fonds publics dépensés pour cette guerre qui n’en finit pas.
Un média aussi pro-Trump que le Daily Wire assure que les cadres du Parti républicain sont d’accord sur ce dernier point : « Les gens vont essayer de sur-compliquer cette histoire, mais elle est vraiment très simple », a déclaré un responsable du Grand Old Party. « La cause, c’est à 100 % l’Iran. Tout est dans les chiffres, et ce depuis une semaine après le début de la guerre. L’inquiétude économique est directement liée à la guerre. On nous a botté le c… pour ça. »
Les Démocrates gagnent les midterms ; on incrimine la guerre contre l’Iran
De fait, si cette guerre avait été menée et achevée rapidement – indépendamment de savoir si elle était justifiée ou non, c’est une autre question –, les Etats-Unis n’en seraient pas là. Telle qu’elle s’est déroulée, elle a pris des allures d’erreur politique et c’est ainsi qu’elle a été présentée à l’opinion. Trump aime à fanfaronner, mais c’est un homme d’affaires dont on peut se demander à quel point il a été mal conseillé, voire conseillé de manière malveillante par les services, alors que la droite radicale américaine veut faire croire en sa soumission à Israël (alors qu’il a pourtant annoncé, mardi, la fin des aides militaires de 4 milliards de dollars annuels à l’Etat hébreu, décidée par Obama en 2019 pour dix ans).
Quoi qu’il en soit, il a déclaré mardi à Fox News que le prix du pétrole a joué un rôle dans cette élection, mais il ne s’est pas dédit sur la guerre elle-même :
« Je pense qu’en ce qui concerne l’Iran, les gens ont également compris l’importance de ce que j’ai accompli avec ce pays. D’un point de vue historique, cela aura bien plus d’importance que ce qui s’est passé ce soir, car on ne peut pas laisser le premier Etat soutenant le terrorisme se doter de l’arme nucléaire. C’est le pays le plus dangereux au monde, et nous l’avons pratiquement anéanti. Nous n’avons pas terminé le travail ; peut-être le ferai-je, peut-être pas. Peut-être qu’ils finiront par se montrer raisonnables, peut-être pas. Mais nous leur avons infligé un coup dur, et ce sont de mauvaises personnes.
« Ils ont tué des milliers de nos soldats, des milliers de personnes, des centaines de milliers. Ils ont tué 75.000 personnes au cours des huit derniers mois, des manifestants, 75.000 à notre connaissance, et ce chiffre date d’il y a deux mois. Ce sont donc des gens malfaisants, et cela aurait dû être fait bien avant mon arrivée. Cela aurait dû être fait par d’autres présidents ou d’autres pays.
« Cette tâche m’a été donnée et je n’avais pas le choix, car ils étaient à deux semaines de disposer d’une arme nucléaire. Le JCPOA, c’est-à-dire l’accord d’Obama, l’accord sur le nucléaire qu’il a conclu, était l’un des pires et des plus stupides accords que j’aie jamais vus. C’était une voie menant à l’arme nucléaire, et on ne peut pas donner à ces fous, on ne peut pas leur donner une arme nucléaire. »
Une grande partie des médias qui lui était acquise a soufflé sur les braises du mécontentement, dénonçant à la fois ses décisions prises sans consulter le Sénat et la Chambre et en ignorant totalement les difficultés qu’elle entraînait dans le quotidien des Américains. Là encore, on peut se demander quel a été le rôle d’influences étrangères ou anti-américaines : ainsi c’est Tucker Carlson, si favorable à Poutine, qui a répandu à deux jours de l’élection que Trump s’apprêtait à utiliser l’arme nucléaire contre un site enfoui d’uranium enrichi en Iran.
Aux Etats-Unis, les médias de droite ont beaucoup lâché Trump
Par ailleurs Trump a déclaré à Fox News que nombre des candidats républicains qui se sont présentés lui étaient opposés.
Sur des dossiers clefs comme sur des dossiers symboliques, Donald Trump et son administration ont cependant obtenu des résultats auxquels on n’oserait même pas rêver en France ou en Europe : un quasi-arrêt de l’immigration clandestine, et la manière forte pour protéger les frontières et renvoyer ceux qui sont entrés aux Etats-Unis en fraude (au grand dam des Latinos qui avaient aidé Trump à gagner en 2024) ; la politique des droits de douane, qui aurait porté plus de fruits sans les effets de la hausse des prix de l’énergie ; la mise hors-la-loi, au moins partielle, des politiques de diversité, équité, inclusion ; la guerre menée contre l’idéologie woke ; le rejet de la politique du net zéro et de la politique de lutte contre le changement climatique ; le choix d’un secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., taillé pour résister aux opérations comme celle du covid ; la sortie ou une forte diminution du rôle contributif des Etats-Unis dans les organisations internationales comme l’ONU et l’OMS…
Il était évident que tout cela ne pouvait qu’irriter au plus haut point l’establishment mondialiste avec sa puissance, sa longue expérience, ses moyens – et sans doute aussi, ses capacités à utiliser les données de plus en plus pointues de la psychologie comportementale. Donald Trump est hors norme. Il affiche une mégalomanie qui n’est sans doute pas entièrement de l’ordre de l’autodérision. En a-t-on joué ?
Trump maniera le veto et fera des « deals » avec les Démocrates
Donald Trump a accepté la défaite, félicité les Démocrates et annoncé qu’il espérait pouvoir travailler avec eux (tout en suggérant que les élections auraient été remportées haut la main s’il avait figuré sur les bulletins). Avant le scrutin, il avait déjà annoncé qu’il manierait l’outil du veto présidentiel à souhait ; il l’a redit dans son entretien avec Fox News alors que la victoire des démocrates au Congrès et au Sénat était déjà donnée pour acquise. Il a promis d’y recourir face aux projets les plus « insensés », en rappelant qu’en ce cas, il y aurait probablement des blocages de quelques mois, suivis d’un « deal » comme toujours, en soulignant qu’il a « beaucoup d’amis chez les Démocrates ».
On peut aussi imaginer que sur ce qui lui tient à cœur, il avancera en force, comme toujours. Mais jusqu’où pourra-t-il aller ?
Quoi qu’on pense de lui, la défaite des Républicains est une très mauvaise nouvelle pour les Etats-Unis. S’il fallait retenir une seule image, ce serait celle-ci : voici que les Etats-Unis ont leur premier sénateur musulman. Abdul El-Sayed a été élu dans le Michigan, alors même que sa rivale démocrate s’était ralliée au candidat républicain soutenu par Trump. Sa victoire a été saluée par les Frères musulmans, souligne Florence Bergeaud-Blackler. Lui-même s’est présenté en prononçant son nom complet en arabe, et il a ajouté : « Vous aurez remarqué que je dis toujours Inch’Allah. Ce soir, nous pouvons remplacer cet Inch’Allah par Alhamdoulilah. » Ce qui veut dire : loué soit Allah. « Il les a tous eus », commente Mme Bergeaud-Blackler.
Pendant ce temps, les Démocrates s’affichent de plus en plus socialistes, voire communistes. Et ce sont les jeunes Américains qui les suivent le plus massivement.











