Immigrants économiques ou réfugiés, les « migrants » de l’Aquarius accueillis par l’Espagne, mais pas ceux du Lifeline. Pourquoi ?

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Pour Pedro Sánchez, le nouveau Premier ministre espagnol qui a pris le pouvoir avec le soutien de l’extrême gauche et des nationalistes régionaux, « le grand danger c’est le populisme ». Le socialiste a mis Madrid sur la même ligne que Berlin et Paris, et en matière d’immigration il estime qu’il faut faire preuve de « solidarité », de « responsabilité » et d’» empathie ». Pour les immigrants clandestins – pardon, les « migrants » – voire les « réfugiés », cela va sans dire. Ceux de l’Aquarius par exemple, accueillis dans le port de Valence avec de grandes banderoles portant l’inscription en cinq langues, dont l’arabe : « Bienvenue chez vous ». 629 immigrants (dont 538 de sexe masculin) récupérés au large de la Libye par le bateau opéré par SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières et dont l’Italie n’a pas voulu. Originaires de 24 pays, majoritairement du Soudan, du Nigeria et d’Érythrée, mais aussi d’Afrique de l’Ouest, de l’Algérie et du Maroc, ils ont débarqué en Espagne habillés à l’occidentale et le smartphone à la main le 17 juin dernier.
 

L’empathie socialiste réservée aux « migrants » et aux réfugiés

 
L’empathie du socialiste Pedro Sánchez a en revanche fait défaut pour les étudiants expulsés avec un préavis de 24 heures de leur résidence universitaire de La Florida de Alicante, afin d’y loger une centaine de ces « migrants » de l’Aquarius, c’est-à-dire tous les mineurs qui s’y trouvaient, âgés de 12 à 17 ans (selon leurs dires, en tout cas). D’après le témoignage de la mère d’un de ces étudiants expulsés manu militari, publié sur le site d’Intereconomia, il aurait été dit aux étudiants qu’il fallait vider complètement la résidence, qui se transforme d’habitude en auberge de jeunesse de juillet à septembre, de crainte que les Africains de l’Aquarius ne soient porteurs de quelque maladie. C’est le gouvernement régional de Valence, aux mains lui aussi de socialistes soutenus par l’extrême gauche, qui a désigné la résidence pour y loger les « migrants ».
 
Mais dans ce cas, comment se fait-il que ces immigrants soient laissés libres de leurs mouvements ? On a même pensé un moment que 28 d’entre eux s’étaient enfuis pour la France alors qu’il s’est finalement avéré qu’ils étaient allés faire la fête toute la nuit dans les rues d’Alicante en cette période estivale. Plus récemment, l’accueil de ces « réfugiés » a encore enflé la polémique en Espagne avec la diffusion mercredi sur les réseaux sociaux de photos de poubelles avec un amoncellement de vêtements offerts par la Croix Rouge aux passagers de l’Aquarius à leur arrivée. Visiblement, les vêtements n’étaient pas de leur goût, même si la Croix Rouge a estimé que ces photos étaient sorties de leur contexte par des personnes mal intentionnées.
 

L’Espagne a déjà accueilli l’Aquarius, pour le Lifeline c’est au tour des autres

 
Toujours est-il que l’Espagne, si généreuse pour les passagers de l’Aquarius, s’est montrée moins accueillante pour ceux du Lifeline récupérés le 21 juin par l’ONG allemande Mission Lifeline dans la zone d’intervention des garde-côtes libyens (et malgré l’interdiction d’intervenir qui leur avait été signifiée dans ce cas précis par Rome et Tripoli). Sur les 234 immigrants du Lifeline débarqués ce mercredi matin à Malte, il y aurait selon le Times of Malta, seulement 14 femmes, un enfant et trois bébés. Drôles de réfugiés que ces hommes dans la force de l’âge qui abandonnent leur famille à leur terrible sort ! Cette fois, le fardeau sera partagé entre Malte, l’Italie, la France, le Portugal et l’Irlande.
 
Y a-t-il des volontaires pour le prochain bateau ? L’Aquarius est déjà reparti il y a une semaine en direction des côtes libyennes, et il y a encore deux autres bateaux d’ONG (le Sea-Watch 3 et l’Open Arms) qui s’efforcent toujours, malgré la reprise en main des opérations de secours par la Garde côtière du gouvernement de Tripoli aidé par l’Italie, de maintenir leur service de navette gratuite entre l’Afrique et l’Europe.
 

Olivier Bault