Elle a quarante ans, auxiliaire de vie, elle passait à Marseille près d’un « blocage » de lycée. Avisant des jeunes en train de démolir un abribus, elle leur dit : « Mais qu’est-ce que vous faites, allez manifester ! » Une amorce de ce « dialogue raisonnable » qu’on vante tant. Sans transition, un adolescent de seconde, inconnu des services de police, la vise au visage avec un aérosol inflammable et la brûle. Elle se demande toujours pourquoi. Lui, arrêté, a reconnu les faits et a exprimé des regrets. Bally Bagayoko, pour qui la violence peut être légitime (« bien sûr »), et Jean-Luc Mélenchon, qui préconise une « discipline de combat », semblent eux aussi surpris par la démesure entre le prétexte de la grève et l’ampleur de la violence, ils font mine de ne pas savoir d’où vient celle-ci. La chose est si énorme que le Syndicat de la Magistrature tente de l’étouffer sous un édredon d’inversion du réel en attribuant cette violence aux policiers, qui comptent 500 blessés et prennent mal la plaisanterie : leur syndicat attaque en justice le SM !
Les sauvageons eux-mêmes s’étonnent de se voir si sauvages dans le miroir des émeutes. Nos gamins, comme disent les sociologues de gauche, sont ébahis par leurs propres actes. Pourquoi ? D’où ceux-ci viennent-il ? D’une colère légitime, comme on tente de nous le faire croire ? Pas du tout. De cinquante ans de sottise, de lâcheté, de n’importe quoi et de chienlit. Les gamins exterminateurs d’aujourd’hui sont les enfants de 1968 et de l’invasion migratoire, des mineurs plus qu’isolés, vidés de tout ce qui fait un humain, abandonnés à eux-mêmes et à tous les poisons qu’on leur laisse ingurgiter avec ou sans smartphone. Ils ne se rassurent qu’ensemble dans l’allégresse incendiaire d’une saturnale qui est à la fois monôme, crime et révolution.











