De difficiles négociations de paix en Ukraine, des opérations de guerre tout aussi difficiles au Proche-Orient, conduisent Donald Trump, forcé à patienter, à une diplomatie louvoyante semée ça et là de déclarations tonitruantes, parfois contradictoires et souvent sévères pour ses alliés de l’OTAN. Par un phénomène surprenant, dont on ignore s’il est concerté, ces mêmes alliés s’alignent sur ce vocabulaire et ces manières, provocant une véritable trumpisation de la diplomatie mondiale. De récents échanges entre Trump et Merz, d’autres entre Trump, Charles III d’Angleterre et Emmanuel Macron en portent trace.
A une gorafisation de l’actualité répond une trumpisation de la diplomatie
On parle de « gorafisation de la réalité » pour exprimer ce que chacun peut constater : certaines actualités prennent un tour si surprenant et pour tout dire si tristement loufoque qu’elles semblent tirées du site parodique le Gorafi. En matière de laxisme vis à vis de l’immigration, par exemple, ou de genre. De même, dans un domaine, la diplomatie, où l’hypocrisie est la première règle, la discrétion la deuxième, et les manières compassées une seconde nature, la nouvelle manière lancée par le président des Etats-Unis peut-elle à bon droit être baptisée trumpisation. Parce que, justement, elle ne se limite pas à Donald Trump, mais déteint sur les alliés qu’il reçoit, et avec qui, ou dont, il parle.
Quand Merz fait son saint Jean Bouche d’or
Un exemple : décontenancé par les propos successifs et variables du président US sur l’Iran, la victoire totale, les négociations, le détroit d’Ormuz et autres lieux découvrant à marée basse, le pourtant très sérieux et pâlichon chancelier d’Allemagne Friedrich Merz a lancé aux étudiants de Marselberg : « Les Américains n’ont clairement aucune stratégie. Les Iraniens laissent les Américains voyager jusqu’à Islamabad pour au final qu’ils ne repartent avec aucun résultat. Une nation entière est en train d’être humiliée. » Trump n’a donc pas le monopole que la presse européenne lui prête des paroles désagréables à l’emporte-pièce. Il a répondu dans l’heure que « Merz ne sait pas de quoi il parle », et menacé en rétorsion d’alléger le dispositif militaire US en Allemagne (ce qui est d’ailleurs cohérent avec sa politique anti-OTAN). Le chantage a toujours constitué le cœur de la diplomatie, mais traditionnellement on soignait un peu l’emballage : la trumpisation est aussi une simplification.
Trump provoque la trumpisation de Charles III
Autre exemple du processus de trumpisation, le match à rebondissements entre Trump, Charles III et Macron à propos des langues. Premier shoot au but, Trump : au sommet de Davos en janvier, pour justifier son appétit sur le Groenland, il affirmait que le Danemark avait « perdu au bout de six heures de combat » contre l’Allemagne, puis, s’adressant à tous les Européens, il lançait : « Sans les Etats-Unis, tout le monde parlerait allemand, et peut-être un peu japonais. » Une diplomatie qui est apparemment restée en travers de la gorge de certains. Sous couleur d’humour britannique, Charles III reçu en dîner de gala à la Maison Blanche a renvoyé la balle : « Vous avez récemment déclaré, Monsieur le président, que sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserais-je dire que sans nous vous parleriez français ? » Il faisait ainsi allusion à la désastreuse guerre de Sept Ans terminée par le non moins désastreux traité de Paris en 1763, qui fit entre autres passer l’Amérique du Nord de la domination française à la domination anglaise.
Macron chic, pas très choc et nul en histoire
Reprenant la balle au bond, Emmanuel Macron a commenté sur X la saillie royale : « It would be chic. » Ce serait bien. Et d’ajouter : « Rendez-vous au sommet de la francophonie. » Il y a un côté potache dans cet échange de grosses blagues, potaches de la classe globale. La trumpisation de la diplomatie ne nuit pas au mondialisme, au contraire. Et un côté obséquieux chez Macron derrière ses airs d’indépendance. Récemment mis en cause par le président américain de la manière la plus cavalière à propos de ses rapports avec sa femme, il aurait pu être un peu plus piquant. Noter par exemple que sans la France, vainqueur de l’Angleterre sur mer et dont le contingent était majoritaire à Yorktown, les Etats-Unis parleraient l’anglais d’Oxford, sous le sceptre de sa Majesté Charles III.











