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Charlie Hebdo soigne sa Une pour son sanglant anniversaire : c’est le Dieu chrétien qui en pâtit…

Charlie Hebdo Une Dieu chrétien anniversaire
 
Charlie ne voulait pas manquer son anniversaire : la commémoration du sanglant attentat djihadiste qui décima sa rédaction le 7 janvier 2015, en l’amputant de huit de ses collaborateurs (une re-naissance aussi, la confidentielle publication ayant multiplié ses tirages par plus de huit, du jour au lendemain…). Et dans un hebdo satirique, ça se commémore d’abord par un dessin. Riss est l’auteur de la Une du numéro spécial qui paraîtra mercredi : une caricature de couards de mauvaise foi, qui ont la dernière audace de stigmatiser et d’accuser un Dieu universel et plus particulièrement, en y regardant bien, le Dieu des chrétiens…
 
Une défausse magistrale.
 

La Une d’anniversaire : pas Mahomet qu’il-ne-faut-plus-représenter

 
En fait, rien de très étonnant. L’hebdo semblait, en effet, en avoir fini avec Mahomet. Fin avril, Luz, auteur de la Une du « numéro des survivants », avait annoncé que le personnage ne l’intéressait plus. Et six mois plus tard, en juillet, c’était le dessinateur Riss, nouveau directeur de publication, qui confessait sa résolution de ne plus toucher au Prophète du bout de son crayon…
 
Certains ont gagné la partie visiblement. Charlie a baissé son froc.
 
Mais qui croquer dès lors, pour ce jour anniversaire hautement symbolique, si l’on s’interdit de viser l’étendard des tueurs de janvier ?!
 
La Religion, et la plus symbolique, la plus caricaturée par ce canard, celle des chrétiens…
 

C’est Dieu chrétien qu’il faut tuer dans le cœur des hommes

 
« 1 an après, l’assassin court toujours », annonce la couverture. On y voit un personnage qui s’enfuit.
 
Il a du sang sur lui – et il porte une kalachnikov. C’est le Dieu assassin, c’est le Dieu fauteur. On fait porter le sceau de la violence à la Religion, dans son essence – l’islam n’est qu’un de ses accidents. Le sceau de la violence, mais aussi celui de la bêtise : son regard torve suffit. La religion est extrémiste par nature : c’est Dieu qu’il faut tuer dans le cœur des hommes – et avant tout le Dieu chrétien.
 
Car, avec sa tunique et ses sandales, sa longue barbe, son auréole en forme de triangle orné d’un œil en son centre – symbole éminent de la Sainte Trinité bien qu’il ai été ravi a posteriori par la Franc-Maçonnerie – il se réfère davantage à Dieu le Père qu’à tout autre et surtout pas à Mahomet qu’il-ne-faut-plus-représenter…
 
Un peu facile pour Charlie qui se défausse gentiment sur des victimes dont les mains jointes ne saisiront pas de kalach’ pour éradiquer les derniers restes de la rédaction… Jean Sévillia pointe le « refus de penser et de nommer le drame survenu il y a un an ».
 

Charlie Hebdo revoit sa copie

 
Charlie a donc revu sa copie. Le fanatisme musulman a eu raison de son prétendu « courage ». En même temps, il reste fidèle à lui-même, agressant au final la religion à qui il a toujours consacré la plupart de ses caricatures : celle de Rome. Car c’est la seule discrimination qui soit tolérée et voulue, parce que dans la veine de la Révolution, dans l’héritage des Lumières, du pays de Voltaire et de ses sbires : la religion de l’Infâme.
 
Bien sûr, on nous dira que dans son édito, Riss cite autant les « fanatiques abrutis par le Coran » que les « culs-bénits venus d’autres religions »… Certes. Mais déjà, amalgamer les « grenouilles de bénitiers » et les sanglants djihadistes, des innocents et des tueurs, est un tour de passe-passe incroyable.
 
Au fond, nous sommes tous coupables. D’être croyants, surtout chrétiens, ou de n’être pas assez violemment, despotiquement, totalitairement athées.
 

Symbole français et européen

 
Et cette culpabilité, la République la soutient de fait. La parution de ce numéro spécial, tiré à 1 million d’exemplaires dont des dizaines de milliers expédiés à l’étranger, a été annoncée par le ministère de la Culture lui-même et Fleur Pellerin contribue de sa propre plume à sa rédaction – belle impartialité – à côté d’Isabelle Adjani et d’Elisabeth Badinter…
 
Toute la semaine, il va y avoir des hommages à qui mieux mieux, des « arbres du souvenir » et des plaques commémoratives, des allocutions de nos dirigeants et des dépôts de gerbes. Entre autres, pour ces victimes de Charlie Hebdo qui ont même reçu la Légion d’Honneur à titre posthume, il y a quelques jours.
 
Ainsi, il faut que ce soit un symbole français et européen. Benoît Apparu l’a confirmé sur RMC : « l’ADN de la France, c’est d’accepter ces caricatures. » Mais sans Mahomet. La défausse est de taille : le débat n’est plus celui d’il y a un an.
 
Charlie Hebdo suit le sens de l’Histoire. Et la République a choisi son camp.
 

Clémentine Jallais