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Une cour de Washington juge anticonstitutionnelle la surveillance des Smartphone via les Stingrays

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C’est une claque pour les forces de l’ordre aux Etats-Unis, et un appel Ă  mieux respecter la vie privĂ©e des citoyens amĂ©ricains. La cour d’appel fĂ©dĂ©rale de la capitale Washington DC vient de juger anticonstitutionnelle l’utilisation, en l’absence de mandat judiciaire, de simulateurs de relais de communication mobile, les fameux Stingrays, en vue de tracer les dĂ©placements d’un suspect.
 
Cette décision s’accompagne de la relaxe d’un homme jugé coupable en 2014 de vol et d’agression sexuelle, au motif que la police de la capitale fédérale avait utilisé sa localisation à l’aide de son téléphone mobile pour rassembler les preuves qui avaient conduit à sa condamnation, mais sans disposer pour cela de l’autorisation d’un juge.
 
Selon deux juges sur trois, le recours au simulateur – les très puissants et coĂ»teux « Stingrays Â», outils de surveillance qui permettent de capter les donnĂ©es depuis des relais cellulaires – sans mandat « viole l’intimitĂ© dont on peut raisonnablement estimer disposer Â», et porte ainsi atteinte Ă  la protection contre les fouilles et les saisies « dĂ©raisonnables Â» garantie par le Quatrième amendement de la Constitution amĂ©ricaine
 

Surveillance par Smartphone par les Stingrays : le flicage potentiel de tous les citoyens

 
L’un des juges, Corinne Beckwith, a soulignĂ© que ce type de surveillance « profite d’une faille de sĂ©curitĂ© d’un objet que la plupart des gens se sentent aujourd’hui obligĂ©s de porter sur eux Ă  tout moment Â». « Permettre au gouvernement de dĂ©ployer un outil aussi puissant sans surveillance judiciaire aboutirait certainement Ă  “restreindre le domaine de l’intimitĂ© garantie” bien en-deçà de ce qu’il pouvait ĂŞtre lorsqu’on a adoptĂ© le Quatrième amendement Â», a-t-elle Ă©crit en expliquant sa dĂ©cision. DĂ©cider le contraire, a-t-elle soulignĂ©, consisterait Ă  placer les utilisateurs de portables devant un dilemme : « Accepter le risque qu’à tout moment leur tĂ©lĂ©phone mobile puisse ĂŞtre converti en mouchard ou renoncer Ă  l’utilisation nĂ©cessaire dudit tĂ©lĂ©phone. Â»
 
On pourra dĂ©plorer que cette dĂ©cision rende la libertĂ© Ă  un homme qui, profitant de rencontres arrangĂ©es en ligne, a agressĂ© deux femmes Ă  quelques jours d’intervalle en les menaçant d’un couteau. Les objets volĂ©s avaient Ă©tĂ© trouvĂ©s Ă  son domicile. Alors, oĂą est le problème ?
Il réside dans la solution de facilité adoptée par la police et qui, au bout du compte, expose l’ensemble de la population à un flicage sans précédent. En l’occurrence, rien n’empêchait les forces de l’ordre de mener l’enquête de manière traditionnelle, ni même de faire appel à un juge pour obtenir l’autorisation de se servir du simulateur Stingray pour tracer les déplacements du mobile utilisé par l’homme dans ses communications avec ses victimes.
 

Une cour d’appel de Washington juge anticonstitutionnelle le traçage sans mandat des citoyens

 
The New American observe que les facilitĂ©s offertes par les nouvelles technologies ont un avers sĂ©rieux : dans les affaires oĂą les policiers se servent de moyens illĂ©gaux – comme l’estime un nombre croissant de jugements allant dans le sens de celui de la cour de Washington – leur position est affaiblie devant la justice car ils ne peuvent avouer le recours au simulateur de relais, irrecevable en tant que preuve. Selon le journaliste, il en rĂ©sulte un nombre non nĂ©gligeable d’abandons de poursuites ou de nĂ©gociations prĂ©-judiciaires en Ă©change d’aveux de dĂ©lits moins graves que ceux initialement reprochĂ©s.
 
Si de très nombreux policiers y ont tout de même recours, c’est parce que l’interdiction formulée par le Département de la justice, qui exige un mandat depuis 2015, ne s’applique pas aux Départements de la police des différents Etats. Le problème se manifeste lorsque le policier est appelé à témoigner en justice.
 
Comme le note The New American, il serait sans doute bon que l’exigence de mandat judiciaire soit Ă©tendue de manière gĂ©nĂ©rale. Mais le site ajoute qu’en ces temps de surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e, mĂŞme cela ne suffirait pas Ă  garantir les droits des innocents face Ă  un Etat de plus en plus policier puisque les Stingray rĂ©cupèrent toutes les donnĂ©es sans distinction des dĂ©placements de tous les portables de citoyens honnĂŞtes.
 

Anne Dolhein