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Tennis et totalitarisme : a-t-on le droit de caricaturer Serena Williams ?

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Une caricature de la joueuse de tennis Serena Williams en colère de sa défaite à l’US Open a valu à son auteur australien une vague de reproches sur internet. On n’a plus le droit de rire sous peine d’être accusé de sexisme ou de racisme. Le totalitarisme participatif accélère.
 
Savez-vous à quoi ça sert d’écrire des histoires de sorciers pour enfants ? A devenir juge et procureur au tribunal permanent international de la toile (TPIT). J.K. Rowling, l’auteur de Harry Potter, après avoir regardé la caricature de Serena Williams dessinée par l’Australien Mark Knight en train de piétiner sa raquette, a immédiatement twitté, avec quelque milliers d’autres indignés ironiques : « Bravo d’avoir réduit l’une des plus grandes sportives vivantes à des tropes racistes et sexistes et d’avoir transformé une autre grande sportive en accessoire sans visage ». 
 

Serena Williams battue par Justine Hénin : Austerliz du tennis

 
Tropes. Voilà qui est chic. On peut écrire pour les mômes et être une intellectuelle distinguée, sensible à la fois au style, à la psychologie et à la politique. Et mal connaître aussi, hélas, la caricature. Celle-ci n’est qu’une métonymie : d’un trait il faut suggérer un homme. Par convention immédiatement reconnue, certain dessin exprime la colère, de même que les grosses lèvres et la peau foncée indiquent l’appartenance à la race noire.
 
Maintenant de quoi s’agit-il au fond ? Serena Williams, qui est une belle masse sportive, se tient mal sur les courts de tennis, et, en difficulté au dernier tournoi de Tennis de Flushing Meadov, a hurlé, cassé sa raquette et invectivé l’arbitre. Celui-ci lui a donné trois avertissements suivis d’une amende de dix-sept mille dollars, ce qui n’est pas cher payé. Serena Williams n’est pas l’une des plus grandes sportives vivantes (l’un de mes meilleurs souvenirs de tennis est le jour où Melle Hénin l’a écrasée à Roland Garros, ce fut la victoire de l’esprit sur la matière, Salamine, Austerlitz), c’est une caractérielle mal élevée.
 

Le totalitarisme web supprime le droit à la caricature

 
La caricature de Knigth montre un gros paquet de fureur avec de grosses lèvres en train de sauter sur sa raquette tandis que l’arbitre demande à son adversaire : « Ne pourriez-vous pas simplement la laisser gagner ». C’est simple juste et drôle. Cela résume Serena Williams. A moins que l’on n’ait plus simplement le droit de dire et montrer. Pour ne pas essentialiser. Ne pas stigmatiser. Ne pas offenser. Sous couleur qu’une personne est considérée comme appartenant à une communauté protégée, noire, femme, homosexuelle, on n’a plus le droit d’en parler. Notre totalitarisme y vient. C’est flagrant sur internet. Des millions de paires d’yeux et d’oreilles signalent des contenus. Plus besoin de Big Brother, des kyrielles de Little Brothers and Sisters font son travail, indics, flics, greffiers, substituts, jurés, juges, bourreaux. Au moindre écart, on voit se lever les sourcils et s’abaisser les commissures, le soupçon de dérapage est là. A propos de tout, de bottes, de tennis, de caricatures.
 

Ceux qui roulent en sens inverse sur l’autoroute deviennent nombreux

 
Pour remplacer le prolétariat qui lui échappe, la Révolution se sert de catégories dites défavorisées qu’elle a déclarés intouchables. Elle en découvre à chaque minute. L’extension du domaine de ces immunités est sans limite. L’humanité sera demain un saucisson de communautés dont on ne saurait moquer un membre. Si je dis que Serena Williams est une grosse vache, suis-je grossophobe ou boüphobe ? Et si je raconte l’histoire de David et Goliath, suis-je gigantophobe ou anti-Palestinien ? Attention les gars, on arrive bientôt à ce moment chargé d’angoisse où les gens qui roulent en sens inverse sur l’autoroute deviennent les plus nombreux.
 

Pauline Mille