Une récente étude publiée par le Peabody Journal of Education, une revue scientifique à comité de lecture dont le bureau comprend des représentants de nombreuses universités américaines, mais aussi originaires de Chine, de Taïwan ou du Chili, s’intéresse à la réussite scolaire des élèves ayant été scolarisés à la maison. Le but est de comparer leurs résultats par rapport à la moyenne des enfants passés par des écoles institutionnelles aux Etats-Unis, en tenant compte du statut socio-économique et de l’ethnicité des jeunes pour pondérer les résultats. L’étude a la particularité d’avoir interrogé les parents qui ont fait ce choix sur les raisons pour lesquelles ils ont opté pour la scolarisation à domicile.
Les résultats sont sans appel. Les jeunes issus de l’école à la maison obtiennent des résultats nettement supérieurs à la moyenne nationale en lecture, en maîtrise de la langue, en mathématiques et en études sociales (histoire du monde et des Etats-Unis, enseignement civique, économie, philosophie et assimilés). Peu d’autres facteurs expliquent ces bons scores.
L’école à la maison produit des résultats « nettement meilleurs »
C’est la première étude de cette ampleur depuis plus de 15 ans et, parmi celles qui existent, peu ont pris en compte des facteurs ethniques et socio-économiques, soulignent les auteurs Brian D. Ray et Braden Hoelzle. Le contexte est celui d’une progression continue du homeschooling aux Etats-Unis, ce qui justifierait une attention plus précise, et ce alors même qu’il existe une façon simple d’évaluer la réussite scolaire à travers les tests standardisés d’évaluation des résultats scolaires, même si la pertinence de ceci est « débattue », rappellent les auteurs.
Certains Etats, cependant, exigent la réussite à ces tests pour pouvoir continuer l’école à la maison.
Celle-ci, souligne l’étude, était la norme avant 1900 environ, mais avait quasiment disparu vers les années 1970. C’est au cours des années 1980 que le phénomène est redevenu très important pour atteindre plus de 3 millions d’enfants, à partir de la maternelle et jusqu’à la fin du secondaire, au printemps 2022. Aujourd’hui, il y a davantage d’enfants scolarisés à la maison que dans l’ensemble des écoles catholiques, et ils représentent 6 %, soit environ 3,5 millions de jeunes, du total des scolarisés aux Etats-Unis.
Une large étude aux Etats-Unis qui compte 3,5 millions d’enfants instruits à domicile
La première observation que fait l’étude au sujet de ces enfants, c’est qu’ils se révèlent atteindre un développement social, émotionnel et une faculté de s’adapter à l’âge adulte au moins aussi élevés que ceux scolarisés de manière institutionnelle.
Si des études universitaires de moindre envergure ont abouti à des conclusions différentes quant à la réussite académique, les études empiriques tendent à affirmer qu’en tant que groupe ces jeunes ont des résultats corrects.
Aujourd’hui, ayant eu accès aux données concernant un nombre inédit de jeunes à travers les Etats-Unis, la nouvelle étude de Ray et Hoelzle montre que « les résultats sont clairs et sans appel : les élèves scolarisés à domicile continuent d’afficher de bons résultats, avec des scores supérieurs de 25 à 29 points de centile à la moyenne nationale », écrit Marlee Newman dans The New American : « L’élève moyen se situe au 50e centile. Le Dr Ray a constaté que l’élève scolarisé à domicile obtient en moyenne des scores compris entre le 75e et le 79e centile. »
C’est un résultat qui a surpris les chercheurs à mesure que le nombre de raisons invoquées pour faire l’instruction à domicile a progressé, attirant donc des types d’enfants de plus en plus différents. Alors que jusqu’ici on avait tendance à dire que des parents ayant de meilleurs revenus et une culture plus étendue devaient naturellement obtenir une meilleure réussite chez leurs enfants en les instruisant eux-mêmes, cette étude montre qu’il n’y a pas de relation significative entre le revenu du foyer et le niveau d’éducation des parents. L’ethnicité ne fait quasiment pas de différence elle non plus, pas plus que l’intervention gouvernementale.
L’école à la maison donne des résultats meilleurs toutes catégories sociales confondues
C’est l’exact inverse de ce qui se passe à l’école, censée éliminer les différences de statut social ou d’origine, alors que la recherche montre qu’aussi bien dans le système public que privé, les facteurs économiques et ethniques jouent un rôle important quant aux résultats scolaires.
Sans préjuger de ce que donnerait une étude comparable en France, il est clair que la question se pose là où la mixité sociale, le fait de faire se côtoyer des jeunes de toutes origines, est devenue une sorte de dogme de l’Education nationale, au nom, sinon de l’égalité parfaite, du moins de l’égalité des chances.
Brian Ray a commenté les résultats de son étude en ces termes :
« Lorsque l’on bénéficie d’une attention plus individualisée, d’un programme scolaire plus personnalisé, d’un environnement où le harcèlement est moins présent, plus sûr, où l’on consacre davantage de temps aux activités scolaires, et où les relations sont plus bienveillantes et enrichissantes – tous ces éléments, d’après les recherches en sciences sociales sur les relations humaines et l’expérience, contribuent généralement à une meilleure éducation.
« Et tous ces éléments que je viens de mentionner sont, de manière systémique, davantage présents dans l’éducation à domicile que dans l’éducation institutionnalisée. »
Ce serait donc la nature même de la scolarisation à domicile qui entraînerait l’obtention de meilleurs résultats, même si, de l’avis des auteurs, leur étude ne prouve pas que l’école à domicile est la meilleure solution pour chaque enfant, ni que chaque enfant ainsi scolarisé aura des résultats supérieurs à la moyenne, ni même que l’école à la maison est la cause des tests réussis avec une note supérieure aux moyennes nationales. Cela, notamment en raison des manquements des évaluations nationales : les réussir ne signifie pas qu’on a obtenu une éducation réussie, soulignent les chercheurs.
Ils insistent aussi sur le fait que l’école à la maison demande un vrai engagement qui ne tolère ni la paresse ni l’imprécision. Cela exige des efforts solides, souligne le Dr Ray, qui a lui-même fait l’école à la maison à ses huit enfants, avant d’insister sur l’entraide que peuvent et doivent se fournir les parents qui font ce choix.
L’école à la maison donne des résultats meilleurs, mais l’étude ne sait pas dire pourquoi
Il évoque aussi les « limites » de l’étude, qui n’explique pas pourquoi on observe ces meilleurs résultats, et insiste sur la nécessité de faire des études plus poussées dans ce domaine – un défi qu’il lance surtout à ceux qui peuvent en décrier les résultats, sans argumentation.
Il est évident qu’en France, on ne pourrait mener une étude de cette envergure vu le régime de suspicion mis en place par des lois de plus en plus hostiles à la scolarisation à domicile : l’échantillon ne cesse de rétrécir.
Cela dit, la France possède un réseau de plus en plus serré d’écoles indépendantes, et il serait intéressant d’évaluer leurs résultats à la fois par rapport aux établissements publics ou privés sous contrat, et par rapport aux enfants instruits à domicile.
Mais ces formes d’instruction soustraites à l’Education nationale ne produiraient-elles que des génies, il y a fort à craindre que l’idéologie pousserait tout de même les pouvoirs publics à en entraver l’essor.











