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Un nouvel enregistrement dans l’affaire Kerviel charge la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale

enregistrement affaire Kerviel Société Générale

Jérôme Kerviel.


 
Alors que l’ancien trader de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale, JĂ©rĂ´me Kerviel, entame une semaine lourde de comparutions devant les tribunaux – il y rĂ©clame la rĂ©vision de son procès et, au civil, une baisse des dommages et intĂ©rĂŞts auxquels il a Ă©tĂ© condamnĂ© (4,9 milliards d’euros) – une nouvelle pièce Ă  rebondissement a Ă©tĂ© rendue publique, dimanche, par 20 Minutes et Mediapart. Un enregistrement illicite dans lequel un ancien magistrat dans l’affaire Kerviel, livre ses doutes et estime que la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale Ă©tait Ă©videmment « au courant Â» des pertes abyssales de son salariĂ©…
 

Enregistrement clandestin d’un magistrat

 
A l’origine de cet enregistrement clandestin, le commandant de police Nathalie Le Roy, dĂ©jĂ  auditionnĂ©e, en avril dernier, pour dire au juge son sentiment croissant d’avoir Ă©tĂ© « manipulĂ©e par la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale Â», alors qu’elle Ă©tait chargĂ©e de l’enquĂŞte en 2008. Elle qui n’avait « aucune connaissance boursière Â» et fut largement empĂŞchĂ©e dans ses tentatives d’investigations…
 
Nous sommes en juin 2015. Au bout de la ligne se trouve Chantal de Leiris, ancienne vice-procureur dans l’affaire Kerviel.
 
« Vous avez Ă©tĂ© entièrement manipulĂ©e par la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale Â», reconnaĂ®t l’ancienne reprĂ©sentante du Parquet devant l’ex-policière. « Dans cette affaire, il y a des choses qui ne sont pas normales (…) Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance rigolent, sachant très bien que la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale savait. (…) La SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale savait, savait, c’est Ă©vident, Ă©vident (…) C’est vrai que sur le montant du prĂ©judice, les 4 milliards et quelques [de pertes], il n’y a aucune expertise. Il n’y a rien… Â»
 
Chantal de Leiris confie Ă©galement Ă  Nathalie Le Roy qu’elle a dĂ» classer sans suite deux plaintes dĂ©posĂ©es par JĂ©rĂ´me Kerviel. Elle a dĂ» « obĂ©ir Â», mĂŞme si sa hiĂ©rarchie savait qu’elle « n’était pas favorable Ă  tout ça Â». Son ancien chef Ă  la section financière du parquet de Paris n’arrĂŞtait pas de lui dire : « tu vas pas mettre en dĂ©faut, en porte-Ă -faux, la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale. Ça a Ă©tĂ© jugĂ©, t’as pas Ă  y revenir Â».
 

L’institution judiciaire gangrenĂ©e par l’affaire

 
La porte-parole du bureau du procureur de Paris, Agnès Thibault-Lecuivre, a refusĂ© de commenter le contenu de l’enregistrement. Un enregistrement très partiellement retranscrit et dont on ne sait s’il sera utilisĂ© pour appuyer la demande de rĂ©vision.
 
LĂ  encore, il n’y a toujours pas de preuve tangible de l’implication de la banque, aucun nouvel Ă©lĂ©ment matĂ©riel utilisable… L’avocat de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale, Me Jean Veil a Ă©tĂ© jusqu’Ă  se dire « choquĂ© sur le plan humain Â» par cet enregistrement, fait dans « des conditions extravagantes Â»… !
 
Mais pour l’avocat de JĂ©rĂ´me Kerviel, c’est clair : le « parquet s’est gravement compromis Â». Il demande « Ă  François Hollande et (la garde des Sceaux) Christiane Taubira de mettre un terme sans dĂ©lai aux dysfonctionnements qui affectent ce dossier et gangrènent l’institution Â».
 

Le cadeau fiscal de la Société générale

 
Lundi, la commission d’instruction de la Cour de rĂ©vision a renvoyĂ© au 21 mars toute dĂ©cision sur l’Ă©ventualitĂ© d’un nouveau procès – occurrence qui demeure rarissime. Et Ă  partir de demain, mercredi, un nouveau procès civil Ă  la cour d’appel de Versailles doit Ă©tablir prĂ©cisĂ©ment la rĂ©partition des responsabilitĂ©s dans la perte financière, la banque ayant reconnu avoir failli sur le plan des contrĂ´les (en 2014, la Cour de cassation a cassĂ© le volet civil de la dĂ©cision, qui donnait Ă  payer Ă  l’ancien salaire 4,9 milliards d’euros de dommages et intĂ©rĂŞts).
 
Les consĂ©quences pourraient ĂŞtre lourdes pour la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale qui a touchĂ© quelque 2,197 milliards d’euros en 2009 et en 2010, de la part de l’Etat, au titre d’un rĂ©gime fiscal accordĂ© aux entreprises dĂ©ficitaires et victimes de fraude… S’il s’avĂ©rait qu’il y avait eu « comportement dĂ©libĂ©rĂ© ou carence manifeste des dirigeants de la sociĂ©tĂ© Â», cette petite ristourne fiscale devrait ĂŞtre rĂ©trocĂ©dĂ©e…
 
Kerviel, lui, a toujours soutenu que la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale connaissait les risques qu’il prenait.
 

« Un rapt de la justice par une certaine forme de finance Â»… Me Koubbi (avocat de Kerviel)

 
Cet Ă©nième rebondissement dans l’Affaire illustre Ă  nouveau la part d’ombre immense que revĂŞt la collusion entre les mondes dĂ©cidĂ©ment non Ă©tanches de la justice et de la finance. La hiĂ©rarchie judiciaire du Parquet de Paris a manifestement fermĂ© les yeux et passĂ© outre un certain nombre d’Ă©lĂ©ments.
 
Alors que les preuves indirectes s’accumulent en dĂ©faveur de la banque. Une rĂ©cente Ă©mission de « ComplĂ©ment d’enquĂŞte Â» nous apprenait que tous les anciens du bureau de Kerviel, le Delta One, avaient Ă©tĂ© licenciĂ©s, peu après, pour « insuffisance professionnelle Â». Mais non sans recevoir de coquettes sommes d’argent allant de 521.000 euros Ă  750.000 euros… Ils ont d’ailleurs tous tĂ©moignĂ© contre leur ancien collègue.
 
Dès lors, quelle issue possible ?
 

Clémentine Jallais