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La veille de son investiture, Erdoğan purge encore l’État turc de plus de 18 000 fonctionnaires

Erdogan turc purge fonctionnaires
 
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan, réélu le 24 juin dernier, a prêté serment devant le Parlement d’Ankara ce lundi 9 juillet. Et pour bien préparer – et fêter – cette « nouvelle ère » qu’il est persuadé d’ouvrir, après la « parenthèse du kémalisme » comme il s’est plu à le dire, il a eu soin de faire paraître juste avant la levée promise de l’état d’urgence, dimanche, un décret-loi visant à licencier 18 632 fonctionnaires pour « liens avec des groupes terroristes » et a augmenté le nombre d’arrestations pour « insultes envers le président ».
 
Et un dernier coup de purge avant qu’il n’ait les pleins pouvoirs ? Et qu’il n’en fasse tout plein d’autres….
 

Énième purge : tous les secteurs de la fonction publique sont touchés

 
Selon Yeni Safak, un journal turc pro-Erdoğan, on pouvait compter parmi ces fonctionnaires plus de 9.000 fonctionnaires de police et 6.000 membres des forces armées. Les trois mille autres étaient réparties dans le système judiciaire ou académique national. Toutes ces personnes ont été expulsées, manu militari, de leurs postes. Selon Radio Free Europe / Radio Liberty, le gouvernement turc a précisé que ceux qui avaient été démis de leurs fonctions étaient soupçonnés d’avoir des liens avec des groupes « agissant contre la sécurité nationale ». Mais aucune information, ni preuve concrète n’ont été données…
 
Le journal précise aussi que, par ce décret du 8 juillet, trois journaux, un réseau de télévision, ainsi que douze associations ont été fermés, sans préciser lesquels.
 
D’autre part, le journal turc Hurriyet a rapporté lundi que le gouvernement avait arrêté cinq personnes pour avoir tenu des pancartes anti-Erdoğan à la cérémonie de remise des diplômes de l’Université technique d’Ankara. Parmi les affiches « insultantes », il y en avait une, devenue depuis virale, intitulée « Le Monde d’Erdogan » et animalisant le président sous différentes formes, de la vache au serpent, en passant par le singe…..
 
Selon le Stockholm Center for Freedom, ces dessins auraient d’ailleurs déjà été poursuivis par Erdoğan en 2006 alors qu’il n’était que premier Ministre. Mais le tribunal de première instance d’Ankara avait alors rejeté sa plainte, jugeant que le dessin ne pouvait pas être considéré comme « insultant » et relevait davantage de la liberté d’expression… seulement, ça pourrait aujourd’hui changer !
 

18 632 fonctionnaires et trois journaux

 
Il a également été rapporté, dimanche, qu’un universitaire de l’Université d’Aberdeen, en Écosse, avait été arrêté pour avoir publié des opinions « criminelles » anti-Erdoğan sur Facebook et Twitter. L’avocat Hanifi Barış avait déménagé en Turquie seulement l’année dernière pour rejoindre sa famille. Il court à présent le risque d’être condamné à quatre ans de prison pour avoir critiqué le gouvernement…
 
C’est toujours la même ritournelle. Il ne faut être en lien, ni de près, ni de loin, ni avec Hizmet, le mouvement dirigé par le mollah Fethullah Gülen, basé aux États-Unis (apriori soutenu par la CIA) et accusé d’avoir organisé le coup d’État raté contre Erdoğan en juillet 2016. Ni avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation terroriste marxiste désignée comme telle par les États-Unis…
 
Mais il est difficile de s’y retrouver. Comme le faisait remarquer Breitbart, dans le cas du pasteur Andrew Brunson, un chrétien américain pris en otage pour servir de monnaie d’échange à l’extradition de Gulen – selon Erdoğan lui-même – le gouvernement accusait Brunson d’être impliqué à la fois avec l’organisation islamique Hizmet et l’athée marxiste PKK sans pouvoir néanmoins présenter une seule preuve…
 

On tourne la parenthèse de la République kémaliste

 
Dans le système républicain qui jusque-là présidait aux destinées de la Turquie, Erdogan avait dû s’appuyer sur l’état d’urgence décrété en juillet 2016 à la suite du putsch manqué, pour justifier toutes ses purges. Mais dans le nouveau système présidentiel organisé par la réforme constitutionnelle controversée adoptée par référendum en avril 2017, les pleins pouvoirs sont à Erdogan qui gouvernera par décret et n’aura plus besoin de quelque état d’urgence que ce soit…
 
La « stabilité » du pays, comme il a été dit, continuera vraisemblablement de passer par les purges et le contrôle serré de tous les organismes d’État, médias, associations et organisations non gouvernementales. Déjà, au 20 mars 2018, l’ONG Human Rights Joint Platform comptabilisait 112.679 personnes qui avaient été limogées, avec notamment 33.000 personnes au sein du ministère de l’Éducation et 31.000 agents du ministère de l’Intérieur. Plus d’une centaine de médias ont été mis au pas et sous contrôle.
 
La « parenthèse » de la République, créée en 1923 par Atatürk, est maintenant fermée. Place à « l’autocratie institutionnalisée », selon les mots de Marc Pierini, chercheur à l’institut Carnegie Europe. On a d’ailleurs dit la cérémonie de lundi « digne d’un couronnement »… le couronnement du sultan Erdoğan.
 
Clémentine Jallais