43 ans, c’est l’âge moyen aujourd’hui en Europe, et il est au plus haut de tous les continents. En Italie, il est de 49 ans. Dans le monde, seul le Japon dépasse le seuil symbolique des 50 ans et fournit le triste modèle des pays les plus âgés. Parallèlement, le poids des retraites devient, comme ils disent, « insoutenable ». En Europe, les pensions de retraite sont assez confortables pour que la tentation de quitter le travail soit précoce, alors qu’aux Etats-Unis par exemple, les femmes de 70 à 75 ans sont encore plus de 15 % à travailler. Le plus grand journal néerlandais de gauche, De Volkskrant, a consacré un dossier au sujet et sollicité ses lecteurs pour que ceux-ci donnent des pistes permettant de remédier à ce qu’il appelle la « gérontonomie », où de moins en moins de jeunes actifs, ayant de moins en moins d’enfants, produisent de plus en plus à la seule fin d’entretenir les vieux de plus en plus nombreux. Parmi les réponses, sans doute sans surprise s’agissant des Pays-Bas, un lecteur suggère de faciliter l’accès à l’euthanasie pour les personnes démentes.
Henk Rang d’Almelo décrit ainsi sa solution, sous le titre (que je traduis librement, mais le sens est bien là) : « L’euthanasie contre la gloutonnerie des retraites. » Elle tient en quelques lignes : « Jonathan Witteman a écrit un excellent article sur la “gloutonnerie des retraites”. Le nombre de personnes atteintes de démence aux Pays-Bas s’élève actuellement à 320.000. Dans vingt-cinq ans, ce chiffre aura doublé. La plupart d’entre elles touchent une pension. Une politique plus souple en matière d’euthanasie pourrait réduire considérablement ce nombre. »
L’euthanasie comme solution au coût des retraites
L’article en question, sans aller jusque-là, utilise de manière répétée le terme « cannibalisme », sous le titre : « Comment les pensions de retraite engloutissent, lentement mais sûrement, l’économie européenne. » Il est dès lors facile d’imaginer que l’euthanasie puisse être une sorte de mécanisme de légitime défense…
On notera (c’est important) que De Volkskrant n’émet pas la moindre réserve quant à cette idée de Henk Rang de faciliter la mise à mort volontaire des personnes démentes. Cela entre dans le cadre d’une revendication aujourd’hui insistante dans les médias néerlandais – une vraie campagne – de la part de personnes en voie de devenir démentes qui se plaignent de devoir demander l’euthanasie avant de perdre la capacité d’exprimer leur volonté du fait de leur état de santé, alors que la plupart des médecins néerlandais se refusent toujours à exécuter une volonté préalablement exprimée comme la loi néerlandaise les y autorise depuis son adoption en 2001.
L’organisation Pro-Life néerlandaise Stirezo.nl, animée par la TFP, publiait lundi une réaction indignée à cette solution mortelle censée régler un problème qui, hélas, existe bel et bien. Elle pose d’emblée la question : « Qu’est-ce qu’un journal décide de publier ou non ? Il y a des déclarations qui franchissent les frontières morales. Où se situent ces frontières chez De Volkskrant ? »
Les Pays-Bas, pionniers de l’euthanasie, priés d’en étendre l’accès
Et de souligner, sous la plume de Stéphane Mertens, que si l’euthanasie est supposée être une décision purement individuelle aux termes de la loi (parfois fortement influencée dans les faits par des pressions familiales, comme le rappelle l’auteur), les Pays-Bas sont arrivés au stade de la pression sociale assumée et acceptée : « On peut parler ouvertement dans un journal d’un assouplissement de la politique en matière d’euthanasie comme solution à la menace du déficit des retraites. »
Stirezo.nl poursuit :
« Une étude menée par l’institut de recherche ZonMw révèle que “le sentiment d’être un fardeau pour les autres” et “les difficultés financières” jouent souvent un rôle dans le désir de mort des personnes âgées. A ce sujet, le médecin Sabine Netters souligne sur le site web dédié aux soins Carend.nl le fait “que l’euthanasie est facile à faire prendre en charge par les assureurs maladie, alors que le remboursement des soins palliatifs est beaucoup plus compliqué”. Et encore : “Aucune participation financière n’est jamais demandée pour l’euthanasie, mais cela peut être le cas pour les soins palliatifs. De nombreux hospices, par exemple, demandent une participation financière à leurs résidents. Et maintenant que des coupes budgétaires importantes vont être opérées, notamment dans les soins infirmiers de proximité, cette forme de soins va être soumise à une pression encore plus forte.” »
Une campagne pour l’euthanasie des déments qui coûtent cher
C’est dans le fait de la dénatalité, couplée avec l’augmentation de l’espérance de vie, que se trouve la source du problème du financement des retraites. Plus la pyramide des âges prend des formes d’« urne mortuaire », pour reprendre l’image très parlante de l’article de Jonathan Witteman, plus la relance de la natalité devient difficile. Une part croissante de la richesse produite par les actifs sert alors aux pensions des anciens et aux soins dont ils ont besoin ; on sait d’ailleurs que c’est la période la plus onéreuse de la vie de ce point de vue. Et il devient d’autant plus difficile pour les familles d’avoir de nombreux enfants avec toutes les exigences de logement, de coût de transport et de scolarisation que cela suppose, compliquée d’ailleurs par une inflation des normes étatiques sans fin.
C’est bien une culture de mort qui s’est installée, qui va du refus de la vie à sa destruction volontaire promue comme un bien.
Aujourd’hui s’y ajoute de plus en plus clairement la promotion d’une nouvelle forme de lutte des classes où les plus jeunes sont de fait poussés à se retourner contre les plus âgés, médiatiquement rendus responsables des difficultés où nous nous débattons.











