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Le Vatican bloque la publication des évêques allemands sur la communion pour les protestants – mais les (bonnes) raisons restent minces

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Plus de trois mois que l’affaire restait en suspens – si tant qu’elle ne l’est plus. Depuis que la Conférence épiscopale allemande avait tenté d’ouvrir la possibilité pour les protestants des couples mixtes d’accéder à l’Eucharistie, de nombreuses voix s’étaient élevées, en particulier celles de sept évêques, pour dire à Rome toute la folie et l’hérésie d’un tel geste présenté comme œcuménique et salvateur. Le Saint-Siège a enfin parlé, par l’intermédiaire d’une lettre officielle du Préfet de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, bloquant la publication d’une telle directive, ce qui est en soi une bonne nouvelle. Mais avec des mots relativement doux, voire ouverts et surtout sans la réaffirmation de la doctrine. La Croix a d’ailleurs titré, hier : « Accès à la communion des conjoints luthériens, le pape penche vers le non ».
 
« Penche » ?! S’il pouvait ne pas tomber…
 

Contre les évêques allemands : un « pas en arrière pour l’œcuménisme » ?

 
Le cardinal Rainer Woelki, évêque de Cologne, l’un des sept évêques allemands fermement opposés à l’intercommunion allemande, avait rencontré en audience privée à Rome le pape François, le 18 mai dernier. Est-ce à la suite de cette entrevue que le Saint-Siège voulut mettre un terme (peut-être malheureusement provisoire) à cette affaire dont les retentissements ont largement dépassé les frontières allemandes ?
 
On ne saura. Quoiqu’il en soit, le 25 mai, le très progressiste cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich, recevait une lettre de l’archevêque Luis Ladaria, chef de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), lui demandant de ne pas publier leur charte pastorale permettant à certains conjoints protestants de catholiques de recevoir la sainte communion sous certaines conditions.
 
L’expert italien du Vatican, Sandro Magister, a rapporté la copie de cette lettre, depuis diffusée. Son premier point est de saluer « les nombreux efforts œcuméniques de la Conférence épiscopale allemande et en particulier l’intense collaboration avec le conseil de l’Église évangélique d’Allemagne ». Son second apporte la réponse romaine et ses raisons, malheureusement introduites par ces mots : « ce document n’est pas mûr pour être publié ».
 

Un viol de « la foi catholique et l’unité de l’Église » qui ne rencontre pas de franche condamnation

 
Il semble donc que sa validité, sa probante vérité soit juste trop en avance sur son temps. Pourtant, la lettre affirme bien, et c’est la première des raisons invoquées, que la question de l’admission à la communion de chrétiens évangéliques dans des mariages interconfessionnels est un thème qui touche à la foi de l’Église et qui concerne l’Église universelle. Mais sans bien rappeler quelle est la position de l’Église, gardée comme telle, sur le sujet.
 
Elle prend le prétexte des « autres communautés ecclésiales qu’il convient de ne pas sous-estimer », et qui pourraient s’en trouver lésées… Enfin, elle concède que « dans certains secteurs de l’Église, il y a des questions ouvertes sur ce sujet », qui gardent donc encore leurs nombreux points d’interrogation.
 
Une suspension de la question allemande, en somme, liée à une « une réflexion plus approfondie » à venir, que fourniront éventuellement les dicastères compétents du Saint-Siège qui en ont la charge. Et puis, comme le stipule le Code de Droit Canonique de 1983 que rappelle Mgr Ladaria, les évêques diocésains ont toujours le pouvoir de juger, dans le cas de l’accès à la communion de protestants, de l’existence d’une « grave nécessité »…
 

La communion des couples mixtes protestants ? Non… pas pour l’instant…

 
On est heureux de voir reconnu que la question de la libéralisation des règles concernant les époux protestants et leur possible accès à la Sainte Communion est d’une importance capitale, doctrinale, et que cette décision dépasse de beaucoup les simples églises d’Allemagne.
 
Le pape François lui-même y a fait allusion hier, lundi, en recevant une délégation de l’église luthérienne allemande : il a appelé à poursuivre le dialogue œcuménique, mais « non en courant fougueusement vers des buts ambigus » : « certains thèmes, je pense à l’Église, à l’Eucharistie et au ministère ecclésial, méritent des réflexions précises et bien partagées ».
 
Et, comme le soulignent Kath.net et OnePeterFive c’est la deuxième fois, finalement, que Rome se prononce contre la controverse de la Conférence allemande.
 

« Ne pas bousculer les équilibres atteints dans le dialogue œcuménique »

 
Mais on réussit à nous garder dans ce chewing-gum pastoral absolument non prometteur. Pour une affaire qui vit monter bien haut les réprobations, comme celles des cardinaux Willem Eijk et Gerhard Müller et de l’archevêque Charles Chaput, pour un document que le professeur Karl-Heinz Menke, membre de la Commission théologique internationale, qualifiait de « défectueux » et d’« illégal », on attendait un ton plus énergique et surtout dépourvu de toute ambivalence.
 
Kath.net le rapporte, le cardinal Marx a d’ailleurs publié une déclaration sur le site Web des évêques allemands, indiquant qu’il a été « surpris » (l’inverse n’était donc pas si inenvisageable) de la réponse de Rome, mais qu’il a toujours l’intention de discuter de la question avec ses collègues évêques, avec les dicastères romains et le Saint-Père lui-même.
 
Un article de l’agence officielle du Vatican, Vatican News, résume parfaitement l’état d’esprit de la lettre de la CDF. « La missive se veut soucieuse, en substance, de ne pas bousculer les équilibres atteints dans le dialogue œcuménique ». Le principal souci n’est pas tant que la doctrine que la préservation, et de l’œcuménisme, et de la collégialité. Pire, pointe le sentiment qu’en allant trop vite, on risque de perdre les acquis, s’aliénant trop fort cette part de l’Église qui s’escrime à poser des dubia et s’interroger sur le sens de la politique bergoglienne. Comme s’il fallait éviter, finalement, de demander trop fort de clarifier trop bien les choses
 
Ainsi donc, l’effet est heureux, mais les raisons sont loin d’être parfaites.
 

Clémentine Jallais