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La gauche allemande s’interroge sur l’immigration

Gauche allemande immigration
 
Ce mardi, le lancement d’un tout nouveau mouvement voit la gauche allemande se poser la question de l’immigration. Une interrogation qui amène la réalité quotidienne à bousculer de plus en plus les habituelles et idéologiques lignes de fracture de la vie politique.
 
Le sujet est tabou. Si on l’évoque, ce n’est habituellement que pour tendre la main aux étrangers, quels qu’ils puissent être, et répondre vertement, qu’on soit homme d’Eglise, bénévole associatif ou militant politique, au pléonasme que constitue le racisme d’extrême droite.
 
Nos hommes politiques en ont-ils trop fait ? Du zinc des comptoirs aux marchés de province, il y a longtemps que nos compatriotes et nos voisins ne cèlent plus leur agacement devant la doxa politique qui pourrit leur quotidien, notamment sur la question migratoire, sans pour autant oser l’affirmer aussi nettement, malgré la sécurité de l’isoloir, dans les urnes électorales. Quand, par hasard, cela se produit – voyez l’Italie – ou risque de se produire – voyez l’Angleterre de Corbyn – le tollé politico-médiatique est général. Le peuple, lui, se tait…
 

Interrogation et fracture au sein de la gauche allemande

 
En Allemagne, la fracture est également en train de se produire. Trois ans après l’ouverture quasi systématique des frontières par Angela Merkel, l’AfD n’est plus seule à donner de la voix contre l’accueil systématique des étrangers. Un nouveau mouvement, Aufstehen (ce qui signifie “Debout”), vient de voir le jour, qui préconise, entre autres mesures nécessaires, un contrôle plus méthodique de la question migratoire. Un bouleversement d’autant plus grand pour Berlin que ce mouvement, loin d’être de droite, se revendique de la gauche radicale. Il a en effet été lancé à l’instigation de Sahra Wagenknecht, épouse d’Oskar Lafontaine, ancien ministre de Gerhard Schröder, qui avait claqué la porte du gouvernement pour fonder Die Linke en 2007.
 
Sahra Wagenknecht ne se contente pas de protester contre l’immigration, en dénonçant la « naïveté » de sa famille d’origine sur cette question. Sa volonté de secouer la gauche la pousse à des positions tranchées en bien d’autres domaines : défense de Vladimir Poutine, défense de l’ancienne RDA (où elle fut membre du parti communiste), opposition à l’Union européenne, etc.
 
On le voit, sa ligne est loin d’être celle d’une attirance pour les idées de droite. Ce qu’elle souhaite, au contraire, c’est redonner un certain tonus à une gauche à la dérive, figée dans le conservatisme d’idéologies reçues. Et le message semble passer, puisque “Aufstehen” revendique d’ores et déjà 85.000 sympathisants. On peut, comme le font certains media, dauber sur le manque visible de ténors politiques à s’engager dans une telle démarche. Mais la question essentielle, en ce qu’elle souligne davantage aujourd’hui la fracture politique, est inverse : quel parti politique classique peut se targuer d’attirer autant de citoyens ? Et, de fait, contrairement à la confiscation de la démocratie opérée ces dernières années par une classe politique en désarroi, dans les urnes, la voix du plus humble citoyen vaut autant que celle du patron du plus important des partis. D’ailleurs, d’après un tout récent sondage, Aufstehen serait susceptible de recueillir un tiers des voix des Allemands interrogés.
 

L’immigration n’est pas un tabou politique

 
Sahra Wagenknecht a bien conscience du dilemme qui frappe la politique de son pays. En présentant le nouveau mouvement, elle a tenu à appeler à un « réveil politique » face à l’actuelle « crise profonde de la démocratie ».
 
Ce qui sauve Aufstehen dans l’opinion de ses partenaires ou adversaires politiques, c’est sa volonté affichée de contrer la progression constante, ces dernières années, de l’AfD. On veut bien dénoncer les appareils politiques, mais on n’arrive tout de même pas à s’en détacher totalement !
 
Quoi qu’il en soit, et sans entrer dans le fonds des idées politiques, très à gauche, de Aufstehen, cette nouvelle démarche prouve que le discours politique seriné depuis des décennies se sclérose. Malgré des années de lavage de cerveaux, le bon sens n’a pas totalement déserté l’esprit populaire. Et s’il est mal de détester qui que ce soit à raison de son origine, il est assurément stupide politiquement, et tout simplement idiot, d’équiparer un supposé racisme avec une ouverture totale des frontières. On ne reçoit pas chez soi tous ceux que l’on ne déteste pas, ni, comme l’affirmait Michel Rocard, toute la misère du monde, sous peine de courir à la catastrophe…
 
Hubert Cordat