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Censure du gouvernement Rajoy, Sánchez nommé Premier ministre sans gagner d’élections grâce au soutien de ceux qui n’aiment pas l’Espagne

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Le gouvernement minoritaire de Mariano Rajoy s’était constituĂ© avec la plus grande difficultĂ© en octobre 2016. Après dix mois de tractations et deux Ă©lections qui avaient Ă©chouĂ© Ă  assurer une majoritĂ© Ă  son Parti populaire ou mĂŞme Ă  une possible coalition du PP avec l’autre parti libĂ©ral-libertaire, de formation rĂ©cente, Ciudadanos (Citoyens), Rajoy n’avait dĂ» son investiture qu’à l’abstention des socialistes, lui qui avait cru Ă©largir l’électorat de son parti en transformant le PP de parti conservateur en parti libertaire et en veillant Ă  maintenir les rĂ©formes progressistes des deux gouvernements successifs de Zapatero. A tel point que le premier gouvernement Rajoy avait Ă©tĂ© surnommĂ© en Espagne « gouvernement Zapatero III Â». Depuis sa dernière investiture, il Ă©tait Ă  la merci d’un rejet du budget qui l’aurait contraint Ă  convoquer de nouvelles Ă©lections, ou d’une motion de censure qui lui aurait donnĂ© le choix entre la dĂ©mission et de nouvelles Ă©lections ou bien son remplacement par un autre. Face Ă  la motion de censure du PSOE, Mariano Rajoy a fait le choix de son remplacement au poste de Premier ministre par le leader socialiste Pedro Sánchez alors que le rĂ©sultat du vote Ă©tait connu depuis que les nationalistes basques du PNV avaient annoncĂ© leur soutien Ă  cette motion.
 

En refusant de démissionner, Mariano Rajoy a montré qu’il préférait être remplacé par Pedro Sánchez plutôt que de risquer de nouvelles élections

 
Ceux-ci venaient pourtant de voter en faveur de la loi budgĂ©taire au Congrès des dĂ©putĂ©s, la chambre basse des Cortes Generales. En optant pour la censure, ils ont rejoint le parti d’extrĂŞme gauche Podemos et ses alliĂ©s communistes ainsi que les sĂ©paratistes catalans et EH Bildu, le parti de l’extrĂŞme gauche nationaliste basque. En rĂ©sumĂ©, l’arrivĂ©e de Pedro Sánchez Ă  la prĂ©sidence du Conseil des ministres a Ă©tĂ© rendue possible par la combinaison de deux facteurs : les deux partis traditionnels PP (ex-droite conservatrice) et PSOE (socialistes) ne voulaient pas d’élections, pas plus que le PNV basque, et les partis qui n’aiment pas l’Espagne (Podemos et les sĂ©paratistes locaux) Ă©taient trop heureux de punir Rajoy et de pouvoir tenir le nouveau gouvernement de Madrid en otage.
 
La motivation officielle avancée pour cette motion de censure – les multiples affaires de corruption du PP, et notamment l’affaire Gürtel qui a mis au jour à un vaste réseau de financement illicite – n’est qu’une mauvaise excuse. Le PSOE doit lui-même répondre de très nombreuses affaires de corruption. Dans ce domaine, les deux partis qui se sont relayés jusqu’ici au pouvoir à Madrid et dans les régions se valent bien, et c’est une des principales raisons de la fin du bipartisme en Espagne, avec l’émergence de Ciudadanos et de Podemos.
 

Le gouvernement ultra-minoritaire des socialistes otage de l’extrême gauche et des séparatistes basques et catalans qui ont voté la censure

 
Le socialiste Pedro Sánchez va donc gouverner l’Espagne « fort Â» de ses 84 sièges sur 350 au Congrès des dĂ©putĂ©s et de ses 62 sièges sur 266 au SĂ©nat. Quels pactes secrets ont-ils Ă©tĂ© passĂ©s, pour obtenir leur soutien, avec cette extrĂŞme gauche et ces sĂ©paratistes qui n’aiment pas l’Espagne ? On le saura bien assez tĂ´t, mais Podemos s’est rĂ©joui après le vote de la censure de ce que le nouveau gouvernement de Sánchez allait permettre de faire avancer encore davantage la cause progressiste en Espagne ; il prĂ©sente dĂ©jĂ  ses premières exigences concrètes.
 
De son cĂ´tĂ©, Pedro Sánchez donne dĂ©jĂ  des gages : il a recréé le ministère de l’EgalitĂ© inventĂ© par Zapatero et a donnĂ© Ă  sa titulaire (une ancienne ministre de Zapatero) le rang d’unique vice-prĂ©sidente du Conseil des ministres, c’est-Ă -dire de n° 2 du gouvernement. L’autre signal fort envoyĂ© par le nouveau chef du gouvernement espagnol, c’est la nomination du catalan Josep Borrell, ancien prĂ©sident du Parlement europĂ©en et ancien ministre de Felipe González, au ministère des Affaires Ă©trangères. En nommant ce Catalan partisan de l’unitĂ© de l’Espagne Ă  un tel poste, Sánchez veut sans doute dĂ©montrer qu’il n’a fait aucune promesse aux sĂ©paratistes catalans. Sans leurs 17 voix, il n’a toutefois pas la majoritĂ© absolue au Congrès des dĂ©putĂ©s.
 
Parallèlement Ă  la coalition de gauche et d’extrĂŞme gauche qui a portĂ© Sánchez au pouvoir, il existe une autre coalition plus discrète mise en Ă©vidence par le refus de Rajoy de dĂ©missionner pour empĂŞcher la nomination du leader socialiste : une coalition contre le parti Ciudadanos, qui n’a aujourd’hui que 32 dĂ©putĂ©s (contre 134 pour le PP), mais que les sondages donnent dĂ©sormais grand favori Ă  près de 30 % des voix, tandis que PP, PSOE et Unidos Podemos (coalition de Podemos et des communistes) tournent chacun autour de 20 %. De nouvelles Ă©lections pourraient sans doute dĂ©boucher sur un gouvernement majoritaire Ciudadanos-PP, mais le Premier ministre sortant a donc prĂ©fĂ©rĂ© miser sur une cure d’opposition face Ă  un gouvernement encore plus affaibli que le sien, plutĂ´t que se tourner vers les Ă©lecteurs et sacrifier les intĂ©rĂŞts de son parti sur l’autel du bien commun. Il a annoncĂ© sa dĂ©mission du poste de prĂ©sident du Parti populaire ce mardi.
 

L’Espagne en eaux troubles

 
La motion de censure ne s’accompagnait d’aucun programme de gouvernement puisqu’il s’agissait d’abord et avant tout de renverser le gouvernement de Mariano Rajoy. C’est donc aujourd’hui la confusion qui règne en Espagne alors que la crise catalane se poursuit. Le gouvernement de Pedro Sánchez, europĂ©iste comme celui de Mariano Rajoy, ne pourra pas trop se permettre de revenir sur les rĂ©formes Ă©conomiques de ce dernier ni laisser filer les dĂ©penses. Les seules mesures possibles pour satisfaire ses soutiens hĂ©tĂ©roclites, s’il n’est pas acculĂ© Ă  de nouvelles Ă©lections, concerneront donc les rĂ©formes idĂ©ologiques qui pourraient bientĂ´t faire regretter le gouvernement Zapatero aux Espagnols et aussi le rĂ©tablissement de l’autonomie catalane et une Ă©volution vers un rĂ©gime de type fĂ©dĂ©ral « plurinational Â» auquel Sánchez se disait favorable lors des dernières primaires socialistes.
 
Dans un premier temps, le PP ayant annoncĂ© qu’il allait utiliser sa majoritĂ© absolue au SĂ©nat pour « amĂ©liorer Â» son propre projet de loi budgĂ©taire pour 2018 (toujours pas adoptĂ© dĂ©finitivement) et le renvoyer au Congrès des dĂ©putĂ©s, ce sera Ă  Sánchez et au PSOE de dĂ©fendre avec d’autres le budget contre lequel ils avaient votĂ© en mai.
 

Olivier Bault