La rencontre interreligieuse d’Assise « pour la paix », mais sans Marie ?

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La rencontre interreligieuse d’Assise, 40 ans jour pour jour après celle organisée à l’initiative de Jean-Paul II en 1986, se sera déroulée – providentiellement ? – en l’absence du pape Léon XIV, à qui il a été fortement déconseillé de prendre l’hélicoptère pour rejoindre la rencontre à la suite de l’ablation d’une partie du poumon droit qu’il a subie il y a quelques semaines seulement. Il a cependant envoyé un message vidéo pour la cérémonie de clôture, mardi, qui a rassemblé tous les participants à la suite des prières pour la paix qui se sont déroulées le matin, après des rencontres qui se sont tenues depuis dimanche sous le patronage de la Communauté Sant’Egidio, connue pour son progressisme politique et religieux.

Immigrationniste et partisane de la « justice sociale » à travers la redistribution des biens, elle est également clairement inscrite dans le sillage de « l’ouverture au monde » prônée par le concile Vatican II et s’est mise au service d’un renouvellement des rapports de l’Eglise catholique avec les autres religions, ce qui signifie dans l’esprit comme dans la pratique une rupture avec l’approche antérieure résultant du fait que l’Eglise se sait la seule vraie religion.

 

La rencontre interreligieuse d’Assise n’a pas changé en 40 ans

Cette fois comme les précédentes, les prières des différentes confessions se sont déroulées de manière séparée, des espaces ayant été aménagés pour les non-chrétiens… mais où ? Selon les organisateurs, aucune église d’Assise ne devait leur être ouverte à cette fin.

Quant aux chrétiens, toutes leurs dénominations se sont rassemblées dans la basilique inférieure d’Assise, où l’on a vu entrer de nombreux cardinaux et évêques catholiques, des évêques orthodoxes mais aussi des pasteurs et « évêques » protestants qui n’ont pas la succession apostolique. Habillée en archévêquesse, le primat de l’Eglise d’Angleterre (les commentateurs français n’ont pas osé féminiser le nom de la fonction), Mme Sarah Mullally est entrée en procession avec les autres, tout aussi peu évêque que ses homologues protestants masculins. Le baptême que nombre d’entre eux ont validement reçu n’est pas rien ; mais ce déguisement sème la confusion et constitue une usurpation de l’autorité religieuse qui scandalise à juste titre de nombreux catholiques.

Vingt ans après la première rencontre, en 2006, Benoît XVI avait d’ailleurs mis en garde, dans un message adressé à l’évêque d’Assise, contre « les interprétations syncrétiques » de la rencontre voulue par son prédécesseur. A l’époque, alors qu’il était encore le cardinal Ratzinger, il avait refusé de participer à la rencontre. Il devait pourtant le faire plus tard en tant que pape.

 

Prier pour la paix à Assise, mais dans la confusion

Y a-t-il un faux « Esprit d’Assise » qui s’impose jusqu’au sommet de l’Eglise, comme il y aurait un faux « esprit du Concile » à l’origine des modifications liturgiques et de la chute spectaculaire de la pratique et des vocations qui s’en est suivie ? C’est ce qu’exprime Stefano Fontana dans La Nuova Bussola, qui dénonce les images de Jean-Paul II placé au même niveau que des animistes ou des bouddhistes tandis qu’on voyait des symboles païens sur des autels catholiques, tous comportements « risqués » imposés par Sant’Egidio qui a voulu faire de l’événement un lieu prophétique impulsé par le Saint-Esprit pour créer une « Eglise nouvelle », selon une conception encore colportée aujourd’hui.

Il faut bien dire que cet « esprit » a la vie dure et il est impossible de juxtaposer le refus fait au pèlerinage annuel Ad Petri Sedem, créé en reconnaissance pour Summorum pontificum, d’avoir une messe traditionnelle à la Basilique Saint-Pierre samedi ou même d’y entrer en procession pour une prière, comme ses organisateurs l’avaient demandé à la suite de ce refus, avec les bras ouverts à tous marquant la rencontre d’Assise, sans comprendre qu’il y a là une contradiction qui témoigne de la poursuite de la crise dans l’Eglise.

Le pape Léon XIV, dans son message aux participants aux prières pour la paix à l’occasion de la rencontre internationale « Une paix désarmée et désarmante », s’est inscrit dans la continuité de Jean-Paul II, Benoît XVI et François. Il a interprété « l’esprit d’Assise » ainsi : « Le refus de la légitimation religieuse de la guerre, un esprit de médiation et de dialogue, une expérience contemplative et une action créative pour un avenir de paix. »

 

Le message de Léon XIV à la rencontre interreligieuse d’Assise

« Nous devons reconstruire la paix partout, et non préparer d’autres guerres ! La guerre ne peut jamais être menée au nom de Dieu ! Pour nous, croyants, “combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même” », a-t-il ajouté, citant Magnifica humanitas.

Et de conclure :

« Le chemin entamé à Assise dans la recherche commune de la paix est, avant tout, celui de la prière. La prière peut sembler faible face aux puissances du monde, mais elle est la force humble des croyants. Nous nous adressons à Dieu qui donne la paix : qu’Il touche le cœur de ceux qui veulent la guerre et le terrorisme. Et n’oublions pas : on ne prie jamais en vain !

« La prière est une école de dialogue avec Dieu, avec les personnes et avec toutes les créatures. Pensons à saint François, dont nous avons célébré le huitième centenaire de la mort. Le monde a besoin de dialogue. Le parcours d’Assise engage les responsables religieux à favoriser un climat de dialogue entre les fidèles et au sein de la société, afin que le langage de l’arrogance cède la place à celui de la paix, de la négociation et de la compréhension. Cela permettra “d’éloigner progressivement l’humanité de la spirale de la violence” (ibid., n. 221). »

 

Prier pour la paix selon les demandes de Marie

Il n’a pas affirmé l’égalité des religions, se bornant à l’affirmation de paix comme un don de Dieu, mais il n’a pas non plus levé la confusion qui est le fruit visible d’Assise – et non la paix, que nous attendons toujours.

Ce n’est pas le défilé des évêques, bonzes et autres Mullally portant des flambeaux sur fond de musique planante, gênant spectacle de clôture de la rencontre, qui l’apportera.

La Vierge Marie elle-même est venue indiquer à Fatima comment obtenir cette paix… pour le monde entier. Sa demande est simple : la récitation du chapelet, la méditation d’un mystère pendant quinze minutes, la confession, l’assistance à la messe et la communion réparatrice, pendant cinq premiers samedis consécutifs, en réparation des offenses faites à son Cœur Immaculé. Elle est la Reine de la Paix, elle n’était pas l’invitée d’honneur à Assise – y a-t-on seulement parlé d’elle ?

 

Jeanne Smits