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L’interview du cardinal Kasper se sert du pape François contre la doctrine catholique

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Le cardinal allemand Walter Kasper.


 
Le cardinal moderniste Walter Kasper a donnĂ© au journal d’Aix la Chapelle une interview portant sur l’élection et le pontificat du pape François, dont il se sert sans mĂ©nagement contre la permanence de la doctrine catholique. Kasper se trouve soutenu dans cette entreprise par d’autres Ă©vĂŞques allemands. Une question est : qu’en pense le pape François, qui sert ici d’autoritĂ© Ă  une hĂ©rĂ©sie et un schisme moral ?
 
Le cardinal Kasper s’est fait connaĂ®tre des grands mĂ©dias et du public non spĂ©cialisĂ© dans les affaires de l’Eglise catholique par son rĂ´le dans le synode de la famille, oĂą il a reprĂ©sentĂ©, avec le soutien du pape François, ceux qui veulent « assouplir Â» la pratique, donc la doctrine, de l’Eglise catholique quant Ă  la communion des divorcĂ©s « remariĂ©s Â». Il se dit, et semble, très proche du pape François. Selon lui et ses collègues modernistes, la dernière exhortation apostolique (qui n’a pas la mĂŞme autoritĂ© qu’une encyclique) du pape François, Amoris Laetitia, confirme ses vues et ouvre la porte Ă  la distribution de l’hostie aux divorcĂ©s « remariĂ©s Â».
 

Un lobby contre la doctrine catholique autour du cardinal Kasper

 
Il se trouve ainsi en concordance avec un autre cardinal allemand, Reinhard Marx, prĂ©sident de la confĂ©rence des Ă©vĂŞques d’Allemagne, lequel prĂ©tend qu’Amoris Laetitia donne la permission de distribuer la communion aux divorcĂ©s « remariĂ©s Â», et que le pape François n’a pas « eu Ă  changer l’enseignement de la doctrine catholique Â» pour cela. C’est un mensonge Ă©hontĂ©, puisque l’enseignement constant des papes et des conciles dit exactement le contraire. Plus grave, un groupe de thĂ©ologiens allemands vient d’écrire une lettre ouverte dans ce sens, oĂą la congrĂ©gation pour la doctrine de la foi est violemment attaquĂ©e – et le site officiel de la confĂ©rence des Ă©vĂŞques d’Allemagne monte cette lettre en Ă©pingle ! Ici, une part important de la hiĂ©rarchie Ă©piscopale allemande se mobilise contre la doctrine catholique et ceux qui maintiennent son enseignement au Vatican, ce qui ajoute Ă  la tendance Ă  l’hĂ©rĂ©sie une tendance au schisme.
 
Mais l’interview que le cardinal Kasper a donnĂ©e va encore au-delĂ , il couvre tout le pontificat du pape François depuis le conclave jusqu’à ses dĂ©clarations sur l’Europe et les migrants et prĂ©tend le mettre au service de la cause moderniste. On retiendra un jugement d’ensemble : le pape n’a pas l’intention de « prĂ©server toutes choses dans l’Eglise comme elles ont Ă©tĂ© par le passĂ© Â». Et l’on relèvera la phrasĂ©ologie classique du modernisme qui va avec. Selon Kasper, malgrĂ© les « freins des conservateurs Â», et leur « peur Â», malgrĂ© la curie « vieille institution Â», le pape François veut donner un « visage plus humain…misĂ©ricordieux de l’Eglise Â», abandonner les dĂ©bats « abstraits Â», le « soupçon Â», pour prendre des « dĂ©cisions humaines Â», poussĂ© par un « vent arrière Â», un « air frais Â». Il s’agit pour lui d’être « spontanĂ© Â», d’ Â« ouvrir des portes Â», bref, de donner un « nouveau ton Â» Ă  l’Eglise catholique.
 

Que pense le pape François de l’interview de Kasper ?

 
Avec la rhĂ©torique caractĂ©ristique du modernisme, le cardinal Kasper minimise les effets de ce changement sur la doctrine catholique. Selon lui, le pape François veut « changer le visage de l’Eglise catholique, pas son ĂŞtre Â», de mĂŞme qu’il entend agir sur les « mentalitĂ©s Â», pas sur la doctrine. Mais c’est une pure illusion : quand on change les mentalitĂ©s, les us, les prières, on change aussi la foi. L’histoire du Concile Vatican II en est une illustration manifeste, entre autres.
 
Le plus grave reste cependant Ă  venir. Mis par le journaliste qui mène l’interview en face de la rĂ©ticence très forte d’un grand nombre de pères du synode sur la famille vis-Ă -vis des thèses modernistes qu’il dĂ©fend, notamment en Afrique, le cardinal donne cette rĂ©ponse (je me suis reportĂ©e Ă  l’original allemand pour traduire) :
 
« Quelque chose peut ĂŞtre vrai chez nous, qui est tenu pour faux en Afrique. Â»
 
Cela prĂ©tend justifier la « libertĂ© Â» et l’autonomie accrue laissĂ©e par le pape François aux confĂ©rences Ă©piscopales des diffĂ©rents Etats. Mais c’est une nĂ©gation de la doctrine catholique, universelle, un dĂ©chirement de la tunique sans couture de l’Eglise : une partie de la foi ne saurait ĂŞtre vraie ici et fausse lĂ . Sans doute, en vieux renard moderniste, Kasper a-t-il noyĂ© le poisson en disant « ce qui est tenu pour faux en Afrique Â» (was in Afrika als falsch gilt). Mais de deux choses l’une, ou ce sont les Africains qui se trompent, ou c’est lui. Il se garde de trancher, car cela ruinerait son travail de subversion molle de la doctrine catholique. Pourtant, il faudra bien, c’est indispensable, c’est urgent, que le pape François tranche. Car avec cette interview le cardinal Kasper a franchi la ligne rouge et se place en hĂ©rĂ©siarque tentĂ© par le schisme : est-il un ami ou un ennemi du pape François ? C’est maintenant au Vatican de parler.
 

Pauline Mille