Les protestations ont repris en Iran, les quatrièmes de cette importance depuis les soulèvements de 2019, 2022 et 2023 : réprimées dans la violence (on compte 8 morts à la suite de tirs à balles réelles par les forces de l’ordre), elles ont changé de visage. On n’en est plus, observe Mani Basharzad dans The Spectator, à la dénonciation du régime tyrannique des mollahs. Naguère, on scandait : « Mort au dictateur ! » Désormais, on réclame un changement de régime, et plus encore une personne, à travers le retour de la monarchie : le nom du prince héritier Reza Pahlavi résonne clairement. « Pahlavi reviendra ! », « Javid Shah ! » (« vive le roi ») sont les slogans du moment. Le peuple en a assez de l’islamisme, de ses exactions et de son sectarisme, mais aussi de décennies de mauvaise gestion et de désastres économiques.
On note à travers la tribune de Basharzad, qui fait partie de l’Institute of Economic Affairs, que le prince Pahlavi a bénéficié de soutiens internationaux au cours de ces derniers mois. En 2025, le fils héritier du dernier Shah d’Iran a rendu visite au Royaume-Uni où il a rencontré Boris Johnson, David Cameron et Nigel Farage. En 2023, il avait rencontré Netanyahu en Israël. Il appuie sur la réouverture vers cet Occident que le régime de l’ayatollah Khomeiny avait rejeté en 1979… non sans y recevoir, notamment en France, tous les soutiens nécessaires au renversement de Mohammad Reza Shah. La roue tourne…
Le rêve d’un Shah révèle un Iran monarchiste
En proie à une inflation spectaculaire et dévastatrice, l’Iran qui se soulève aujourd’hui n’est pas d’abord celle des étudiants ou des femmes, mais celle du « bazar », selon Mani Basharzad : ce sont les marchands, les petits entrepreneurs, les négociants qui n’en peuvent mais. Autrement, le secteur naturellement le plus conservateur de la société, souligne l’analyste. Mais conserve-t-on la révolution permanente, gauchiste et islamiste ? Ou fait-on le dos rond en attendant le jour où la révolte aura des chances d’aboutir ?
Le Shah, rappelle Basharzad, avait tôt dénoncé « l’alliance impie » entre les islamistes et la gauche, dont les forces réunies devaient en effet aboutir à sa déposition. Roger Scruton devait décrire en 1984 « ses succès dans la lutte contre l’analphabétisme, le sous-développement et l’impuissance, sa politique économique éclairée, les réformes qui auraient pu sauver son peuple de la tyrannie des mollahs malfaisants, s’il avait eu la possibilité de les mener à bien ».
L’Iran manque d’eau, la gabegie des mollahs n’y est pas pour rien
En attendant, la capitale iranienne, construite dans une zone éloignée des bassins d’eau et accueillant près de 9 millions d’habitants, est menacée depuis plusieurs mois de manque d’eau alors qu’une sécheresse persistante se double de l’impéritie des autorités. Téhéran pourrait devoir être évacuée, annonçait début novembre le président Massoud Pezeshkian, alors que les réservoirs et l’eau des barrages n’atteignaient plus que 5 à 10 % de leur capacité. On nous annonçait ce grand déménagement pour les jours suivants. Un mois plus tard, et sans qu’il n’y eût de pluie, la situation est toujours la même. Et les experts parlent de la « viabilité » de la cité comme capitale « à long terme ». Allez comprendre… Est-ce une nouvelle variante du jeu de la peur, comme nous nous le demandions le 20 novembre ?
Pour une fois, il n’est pas avant tout question de « changement climatique ». En recherchant l’autarcie agricole et en multipliant la construction de barrages géants depuis la révolution islamique de 1979 au titre d’une « mission hydraulique » imposée à ce moment-là, on n’avait certes pas tenu compte de la sécheresse inédite, mais c’est aussi une consommation excessive certes liée aux besoins humains, mais dans laquelle le mauvais état du réseau représente 30 à 50 % de pertes d’eau dans de nombreuses villes, tandis que le système multimillénaire de récupération d’eaux des nappes phréatique via les « qanats » a souffert à la fois de sur-exploitation et de défaut d’entretien.
C’est le secteur agricole qui en Iran utilise 90 % des ressources en eau… mais il en perd 60 % pour cause de systèmes d’irrigation défaillants, de manques d’infrastructures et d’investissements.
Le mélange – avec sa part de propagande, aussi – pourrait se révéler explosif, alimentant l’instabilité politique et sociale et mettant à nu la mauvaise gestion du régime des mollahs dans un domaine crucial. Sans eau, pas de vie.











